OBSERVATION XX
Fièvre pernicieuse algide (1).
« La fille du sieur D.... fut atteinte, le 9 août i832 , d'un accès fébrilequi dura huit ou dix heures ,, et se ré-
(1) Aug. Bonnet, Ouvrage cité, p. ioi,
f 1 O TRAITE
péta ensuite chaque trois jours, puis chaque deux jours. Elle était dérangée à peu près depuis un mois et demi, lorsque la fièvre, qui avait jusque là été très-bénigne, prit le caracère le plus alarmant. Le 2 3 septembre, en effet , il se manifesta un accès qui fut marqué par un froid glacial des extrémités, une face cadavéreuse , un langue brune et sèche, un état de stupeur très prononcé ; les yeux étaient fixes et à demi-fermés , le front couvert d'une sueur visqueuse, le pouls petit et concentré. Du reste, il n'y avait ni diarrhée, ni suppression d'urine, ni douleurs abdominales. Je fis sur-le-champ appliquer des sinapismes aux pieds , on mit plus tard des vésicatoires aux jambes , et Ton pratiqua des frictions sur la peau , le tout dans le but de déterminer une réaction vers la périphérie , et d'y rappeler la chaleur. Mais ces divers moyens ne me réussirent qu'incomplètement. Le pouls se releva, la malade sortit de l'état de stupeur où elle était plongée, mais les membres se réchauffèrent à peine , et l'on pouvait considérer l'accès comme terminé , que la peau était pour ainsi dire aussi froide qu'auparavant. Conformément aux préceptes des plus grands maîtres, je me hâtai de recourir aux fébrifuges : j'en prescrivis vingt grains dans une potion gommeuse; malheureusement ce remède ne prévint pas l'accès dont je craignais le retour, et la mort eut lieu dans la soirée du 25. — Ouverture du cadavre. Tous les vaisseaux du cerveau et de îa pie-mère étaient gorgés de sang, l'arachnoïde présentait une injection assez prononcée, et de loin en loin on remarquait à sa surface une matière visqueuse et verdâtre. Les poumons et le cœur
étaient sains, Le tube digestif, au contraire, offrait une rougeur foncée et en quelque sorte continue depuis l'estomac jusqu'à l'anus. La rate était fortement distendue par un sang noir et poisseux. Le mésentère et les épiploons étaient injectés dans plusieurs points de leur étendue ; mais le foie , le pancréas et la vessie me parurent dans l'état normal. »
Evidemment, il y a ici autre chose encore qu'une fièvre aîgide. C'est une fièvre algide , plus un accès comateux, plus une violente gastro-entérite. Ce sont des cas semblables qui, sans doute, ont fait attribuer la fièvre algide à la violence des phlegmasies abdominales -, mais enlevez le coma , mais détruisez la gastro-entérite , et la fièvre algide n'en persistera pas moins.