OBSERVATION XXII
Fièvre quotidienne devenue mortelle par la rupture de la rate,
Guillet , soldat aux chasseurs à pied , fortement constitué, ayant eu, depuis son séjour en Afrique, plusieurs
(?) Rapport sur les maladies qui ont régné épidémiquement à Alger de 1 83*2 à i855, par MM. Antonini et Monard (frères). Recueil des mémoires de médecine , chirurgie et pharmacie militaires, tome 35, p. 56.
récidives de fièvres intermittentes , entra à l'hôpital d'Alger, le 29 octobre i83a. le quatrième jour d'une fièvre quotidienne. îl arriva dans l'après-midi -, il était dans une anxiété extrême ; il se plaignait d'une douleur atroce qu'il rapportait au côté gauche, et principalement à la hase de la poitrine; il y avait delà toux, sans expectoration -, la respiration était fort difficile , entrecoupée ; le pouls et la chaleur de la peau n'étaient nullement en rapport avec la douleur et l'anxiété, car il y avait peu de fièvre ; je diagnostiquai une pleurite diaphragmatique. ( Diète, eau gommée, saignée de dix-huit onces, quarante sangsues sur le point douloureux. )
3o matin, persistance de là douleur et de la toux 5 il y a eu un accès pendant la nuit, et ce fut alors seulement que le malade nous dit qu'il en avait eu trois avant son entrée à l'hôpital. {Diète, eau gommée, saignée du bras, de quinze onces , trente sangsues sur le point douloureux, vingt grains de sulfate de quinine, à prendre dans la journée. ) Dans la soirée, même intensité de la douleur. (Six ventouses scarifiées.)
3i matin, il n'ya pas eu d'accès pendant la nuit; la douleur persiste au même degré; elle se fait sentir maintenant tout- à-fait dans l'hypocondre gauche ; il n'y a pas de tension du ventre , mais la pression est très douloureuse. (Diète, eau gommée, douze grains de sulfate de quinine, trente sangsues sur le point douloureux.) A la visite du soir, mêmes symptômes , même application. Mort à dix heures du soir.
OUVERTURE DU CADAVRE
(Dix-huit heures après la mort,)
Poitiine, Sérosité roussâtre dans la plèvre gauche , anciennes adhérences. Poumons sains. Cœur dans l'état naturel.
Abdomen, Tous les replis du péritoine et le paquet intestinal sont couverts d'une couche de sang ; en essuyant ce sang , les intestins sont d'un beau blanc ainsi que le péritoine 5 il n'existe aucune trace d'adhérences, soit anciennes , soit récentes. En soulevant la masse des intestins , on voit plusieurs onces d'un sang noir, poisseux, d'une consistance sirupeuse, dans le petit bassin. La rate , très volumineuse , présente à sa face externe une rupture de trois pouces d'étendue : cette rupture , beaucoup plus longue que large, est recouverte par un énorme caillot fibrineux, très résistant; il ne reste rien de la texture ordinaire de cet organe qui estréduit en une bouillie couleur de lie-de-vin. Le foie ne présente rien à noter.
La membrane muqueuse de l'estomac, sans ramollissement, d'une teinte grisâtre, offre quelques traces de rougeur pointillée.
Les grands centres nerveux n'ont été pour rien dans ces accidens pernicieux qui relèvent directement de la rupture de la rate , lésion par laquelle la mort est arri-
vée. Je n'ai recueilli aucune autre observation de cette nature. Pourquoi donc y en Italie, ce fait pathologique est-il beaucoup plus commun ? Cela tiendrait-il à ce qu'on n'y combat pas aussi activement que nous le pratiquions en Afrique, les réactions circulatoires, surtout dans la période de chaleur, à cette époque de la fièvre où les battemens violens et précipités du cœur impriment à tout le système sanguin un choc si vif, dans un climat encore où la chaleur atmosphérique, surajoutée à la chaleur fébrile, donne tant d'expansion aux liquides ? Cet homme était si souffrant au moment de son entrée à l'hôpital, qu'il ne put nous rendre compte de son état, et que ce ne fut que le lendemain qu'il nous dit avoir eu déjà plusieurs accès de fièvre. Je croyais à l'existence d'une affection continue, et je ne pouvais me rendre compte de la discordance que je remarquais entre la fièvre et la douleur violente que le malade accusait. Je ne pense pas , du reste , qu'une administration plus prompte du sulfate de quinine eût influencé en rien la marche des accidens ; la rupture de la rate était déjà probablement opérée avant l'arrivée du malade 5 ce qui me le fait penser, c'est la durée de la douleur qui se prolongeait depuis plus de trente heures ; c'est le caillot fibrineux qui s'était implanté sur la solution de continuité et dont l'organisation révélait un travail de plusieurs jours.