‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 31 sur 94 · OBSERVATION XXIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXIV

Fièvre tierce avec pleur o-pneumonie.

Burgbard , soldat à la légion étrangère , d'une bonne constitution, âgé de vingt-deux ans, ayant eu plusieurs récidives de fièvre intermittente depuis son séjour en Afrique, entra à l'hôpital d'Alger, le 2.5 novembre i833, le cinquième jour d'une fièvre tierce dont les accès revenaient à six heures du soir. Il arrivait, lorsque je le vis à trois heures après-midi ; aidé par ses camarades , il s'était traîné péniblement à l'hôpital, et avait fait environ deux lieues à pied, exposé à une pluie très froide. Le côté gauche de la poitrine, dans une grande étendue, était le siège d'une douleur fort vive qui arrêtait les mouvemens de la respiration ; il y avait de fréquens efforts de toux sans expectoration : pendant le second accès ( l'avant-veille ) , il avait rejeté quelques crachats sanguinolens : le premier s'était accompagné de douleur pleuré tique seulement -, le troisième devait revenir à six heures du soir, l'indication principale était de le

prévenir. Le trajet que venait de faire le malade l'avait tellement refroidi , et son pouls était tellement peu développé , que je ne prescrivis pas de saignée générale. (Diète , eau gommée , quarante grains de sulfate de quinine, à prendre de suite ; cinquante sangsues sur le point douloureux.) Retour del'accèsà l'heure ordinaire : à dix heures du soir, le pouls est devenu plein et large, la peau chaude 5 les crachats sont mêlés de stries sanguinolentes. (Saignée du bras, de dix onces.)

26 matin , fièvre , douleur vive dans le côté , pouls petit et accéléré, mouvemens respiratoires très douloureux. ( Diète, eau gommée, seize grains de sulfate de quinine, vingt-cinq sangsues sur le côté malade.) A trois heures après-midi, continuation de la fièvre, cra^ chats sanguinolens , râle crépitant. ( Saignée de huit onces ). A neuf heures du soir, même état. ( Saignée de dix onces , seize grains de sulfate de quinine à prendre pendant la nuit.)

27 matin , peu de fièvre , douleur obscure dans le thorax , plus de crachats sanguinolens , râle crépitant beaucoup moins fort et moins étendu. (Diète, eau gommée, seize grains de sulfate de quinine.) L'amélioration se soutient pendant toute la journée.

28 matin , apyrexie , plus de râle , plus de douleur dans le thorax. ( Diète , eau gommée, seize grains de sulfate de quinine. ) Accès dans la matinée , douleur pleurétique fort vive , râle crépitant, crachats sanguinolens. (Diète , eau gommée , saignée de douze onces , vingt-cinq sangsues à la hase du poumon gauche, seize grains de sulfate de quinine, à prendre pendant

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la nuit.) Dès ce moment, tous les accidens se dissipent promptement; le sulfate de quinine est continué encore pendant quelques jours, le malade se rétablit parfaite-

ment.

On peut , dans cette observation , saisir avec la plus grande facilité la marche que suivent les congestions viscérales sanguines qui accompagnent les accès. On voit de la manière la plus évidente que leur gravité devient d'autant plus prononcée que ceux-ci se répètent davantage. Ainsi, dans ce cas, on ne remarque,, au premier accès , qu'une douleur pleurétique; le second est accompagné de crachats sanguinolens, et laisse à sa suite une vive douleur dans le thorax, avec gène extrême de la respiration : le troisième et le quatrième enfin , malgré des déplétions sanguines abondantes , eu égard à L'état antérieur du malade , présentent les symptômes d'une véritable pneumonie aiguë. Rien de plus facile à comprendre que la gradation de ces accidens , que leur succession, pour ainsi dire forcée, que leur enchaînement naturel , que cette pneumo nie qui tend à se fixer. Sous l'influence des saignées , les symptômes s'amendent d'abord , mais ils reprennent toute leur intensité avec les accès que ne peut prévenir le sulfate de quinine. Ce qui est arrivé ici prouve que si on s'était contenté de diriger contre cette pleuro -pneumonie des moyens purement antiphlogistiques , ou eût très probablement perdu son malade : au bout de quelques jours , iî serait survenu

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un accès foudroyant , apoplectique ; ou bien on aurait eu une pneumonie continue, sujette néanmoins , tous les deux jours, à un paroxysme plus ou moins manifeste, et qui aurait amené l'hépatisation^ la suppuration du poumon, et enfin la mort.

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