‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 36 sur 94 · SUR LES OBSERVATIONS PRECEDENTES · texte numérisé non relu

SUR LES OBSERVATIONS PRECEDENTES

En allant du simple au composé, nous avons vu des fièvres intermittentes dont les accès s'accompagnaient de symptômes peu tranchés d'abord et qui , s'élevant progressivement , aboutissaient à une céphalalgie plus ou moins vive , au coma , au délire \ trois ordres de phénomènes qui, bien que différens par la forme, ne dénotent cependant que des modifications du même état pathologique, l'irritation de l'encéphale.

Nous avons cherché à isoler la fièvre intermittente , proprement dite , de ses complications ; à faire ressortir le rôle de ces dernières, à démontrer comment elles viennent, en s'adj oignant aux phénomènes fondamentaux , constituer les différentes espèces de fièvre intermittente. Essayant ensuite de saisir comment les fièvres intermittentes deviennent pernicieuses, nous avons d'abord rapporté des faits, où elles nous ont paru le devenir par l'exagération des phénomènes ordinaires des accès, sans irradiations sympathiques ; et nous avons vu alors les symptômes d'une violente congestion cérébrale. Nous avons cité ensuite des exemples où les viscères gastriques annonçaient un degré de souffrance non moins élevé que les centres nerveux ,, et nous avons alors tâché de démontrer , que , complications plus ou moins graves ? ces irritations gastro-intestinales ne constituaient en aucune manière la lièvre pernicieuse^ que c'était toujours le coma, le délire, oul'algidité, quifaisaient ie danger. Nous avons enfin décrit des fièvres pernicieuses dont lessymp-

tomes caractéristiques n'étaient plus fournis par le système cérébro-spinal , telles la cholérique et la pneumonique.

Nous avons fréquemment appelé l'attention sur la marche singulière de ces affections : nous n'avons cessé de faire voir comment aux accès les plus simples succèdent , dans les pays chauds et marécageux , des accès pernicieux , souvent mortels : d'où nous avons déduit la conséquence qu'il faut toujours attaquer très activement les fièvres intermittentes de ces localités,, et surtout s'attacher à prévenir le retour des accès. Nous avons démontré aussi que les lésions des différens viscères, d'abord légères et très-mobiles, deviennent d'autant plus graves, et tendent d'autant plus à se fixer , qu'on laisse les accès se renouveler un plus grand nomhre de fois. Ainsi., nous avons vu des fièvres intermittentes simples, ou s'accompagnant d'une faible irritation gastrique au premier accès , s'entourer bientôt des complications les plus graves 5 nous avons vu ces irritations gastro-intestinales secondaires passer rapidement au degré de l'inflammation la plus vive, la plus tranchée, malgré les déplétions sanguines les plus larges : d'où nous avons tiré encore la même conclusion

Par l'analomie pathologique., nous avons voulu reconnaître le point de départ des accidens, à la détermination duquel les symptômes avaient semblé nous conduire. Dans les fièvres pernicieuses terminées par îa mort, cette démonstration a été possible. Nous avons étudié d'abord les désordres cadavériques chez les sujets qui avaient succombé directement à des fièvres devenues perni-

cieuses par l'affection des centres nerveux , et qui, pendant la vie , n'avaient présenté, dans les autres appareils, aucun malaise : nous avons trouvé pour expliquer les accidens une profonde et intime congestion cérébrale :, la membrane muqueuse digestive ne nous a offert que des lésions anciennes, sans aliération récente, ou, tout au plus, avec une ro geur pointillée, très-peu serrée , qui, probablement, était liée au dernier accès, et qui n'avait eu, ainsi que déjà je l'ai fait remarquer, ni assez de durée ni assez d'intensité pour se révéler, pendant l'existence, par des signes particuliers. Passant ensuite à des cas où la mort était arrivée évidemment encore par lesystème"nerveux, mais dans lesquels cependant on avait observé les signes d'une violente gastro-entérite, nous avons trouvé les mêmes injections de l'axe cérébro-spinal, et, de plus, dans la membrane muqueuse gastro-intestinale , une rougeur pointillée , très fine , très serrée , qui dénotait le début d'une vive surexcitation.

Quelle qu'ait été la forme de la fièvre pernicieuse , nous avons toujours trouvé une congestion plus ou moins forte de l'axe cérébro-spinal et de ses enveloppes. Par l'analyse des symptômes , il nous a été facile de suivre les degrés divers de l'irritation des grands centres nerveux, depuis le coma le plus profond jusqu'à la céphaigie la plus légère, mais Fanatomie pathologique ne peut faire connaître les altérations propres aux nuances les plus faibles de cet état morbide , parce qu'elles ne sont jamais mortelles 5 ce n'est donc que par induction qu'on peut y arriver. Serait-ce aller trop loin que de penser que la congestion cérébro-spinale, si prononcée dans les

cadavres des hommes qui succombent à un accès comateux , délirant ou algide , beaucoup moindre déjà dans les fièvres où il n'y a plus qu'une vive céphalalgie , va successivement en décroissant , comme les symptômes par lesquels elle se traduit au dehors , et arrive enfin , par des degrés infinis, à ne plus exister que comme vestige dans les cas, par exemple, où elle n'a plus d'autres moyens d'expressions que des frissons et une simple pesanteur de tète ? C'est un fait qui peut-être ne sera pas de îong-temps encore démontré directement , mais qui paraît infiniment probable.

Une circonstance caractéristique , et qui forme l'un des élémens fondamentaux des fièvres intermittentes , c'est , d'une part, la rapidité avec laquelle tombent les symptômes qui annoncent, pendant les accès, les irritations viscérales même les plus violentes • c'est, d'autre part, leur tendance à reparaître non moins brusquement, à des époques fixes. Tantôt, d'après ce que nous avons vu,, l'apyrexie la plus franche, la plus complète, sépare les accès 5 tantôt , et c'est ce qui arrive le plus souvent, les viscères conservent , dans l'intervalle d'un accès à l'autre, quelques restes de souffrance. B.enfermés dans certaines limites, ces restes d'irritation n'empêchent pas qu'il, y ait apyrexie proprement dite ; les accès sont nettement séparés ; la fièvre est toujours intermittente dans la rigueur du mot. Mais si ces irritations qui survivent aux accès sont assez intenses pour entretenir la réaction circulatoire , il n'y aura plus d'apyrexie 5 l'affection changera de type : d'intermittente elle deviendra rémittente $ et c'est ce que nous allons chercher à démontrer *

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