‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 38 sur 94 · OBSERVATION XXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXX

Fièvre rémittente , pernicieuse , délirante.

Pioux , soldat au 59e, âgé de vingt-trois ans , entra , pour la première fois, à l'hôpital de Bone^ le 6 juin i834> le cinquième jour d'une fièvre rémittente avec gastroeéphalite des plus intenses. Les paroxysmes avaient lieu chaque jour dans l'après-midi, duraient une grande partie de la nuit avec une violence extraordinaire. Pendant leur cours , il y avait une céphalalgie atroce j un pouls dur, plein et raide ; la peau était sèche et brûlante; la langue , d'un rouge vif sur les bords , chargée au centre de mucosités jaunâtres, l'épigastre douloureux; les envies de vomir presque continuelles et les vomissemens

fréquens. ( Diète , limonade, saignée du bras de trente onces, quarante sangsues à Tépigastre.)

7 matin , ia fièvre a beaucoup diminué , et les symptômes de gastro-entérite sont bien moins prononcés ; mais il y a eu du délire pendant la nuit, et il reste une céphalalgie assez vive. [Diète, limonade, vingt-quatre grains de sulfate de quinine en potion, à prendre de suite ; trente sangsues au front.) Dans l'après-midi, il n'y a plus de douleur de tête ; la fièvre continue à décroître ; il y a une rémission des plus marquées. ( Huit grains de sulfate de quinine.)

8 matin , fièvre plus forte que la veille au soir -, la nuit a été très agitée ; il^y a de la chaleur, de la soif et de la céphalalgie. [Diète, limonade , seize grains de sulfate de quinine, à prendre de suite ; trente sangsues aux apophyses mastoïdes.) Dans l'après-midi , amélioration notable 5 tendance manifeste à Fapyrexie. ( Seize grains de sulfate de quinine ).

9 matin , plus de fièvre : la langue, qui jusqu'alors était restée muqueuse et effilée, est plate et rosée. [Diète, limonade , seize grains de sulfate de quinine, à prendre la moitié de suite , et le reste dans V après-midi.) Convalescence. Guérison rapide. Sorti le 26.

A son entrée à l'hôpital , cet homme offrait , à de légères nuances près, les mêmes symptômes que le sujet de l'observation précédente. Chez tous deux, une médication vigoureusement antiphlogistique fut employée»

Pourquoi donc chez l'un y eut-il délire, et chez l'autre apyrexie ? Ce délire était le signe d'un paroxysme pernicieux ; il fallait en prévenir le retour , et dès lors le sulfate de quinine devait être donné à haute dose , malgré les signes qui semblaient s'opposer à son administration. C'était là la principale indication ; je ne dis pas la seule, puisque je prescrivis encore deux saignées locales.

C'est évidemment sous l'influence du traitement que l'apyrexie s'est établie ; je n'aurais pas cependant encore recouru, le 7, au sulfate de quinine, sans les aecidens graves de la nuit ; à cette époque , j'attendais assez souvent pour le faire que les aecidens inflammatoires fussent en grande partie tombés : on vpit même, dans l'observation qui précède, que je n'avais pas administré ce médicament , malgré l'état calme et tout-à-fait apyrétique qui avait suivi de si près les déplétions sanguines, et que je ne me décidai à le donner qu'après l'apparition d'un accès.

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