‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 40 sur 94 · OBSERVATION XXXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXII

Fièvre rémittente i gastrite aiguë (1)»

« Mollard , âgé de vingt-cinq ans , d'une bonne constitution , établi depuis peu dans les pays d'étangs i comme pionnier , est atteint , dans le mois d'août 1822, en défrichant des bois , d'une fièvre continue , avec des rémissions en tierce » caractérisée ainsi : légers frissons avec nausée , douleur épigastrique , puis chaleur ardente, céphalalgie frontale , langue rouge, alongée ,un peu sèche , soif vive , grande amertume du goût , constipation , pouls très accéléré , rémission tous les deux jours sans moiteur.

« A son entrée à l'hôpital ( sixième jour), je prescris , suivant la routine , un grain d'émétique qui provoque quelques vomissemens bilieux : le malade n'en parait pas fatigué immédiatement, mais le lendemain le paroxysme est plus intense. (Diète , limonade. )

« Huitième jour. Pendant la rémission, un laxatif produit deux selles accompagnées de beaucoup de coliques ; quelques heures après, invasion du paroxysme, sans frisson ni refroidissement, mais par une chaleur sèche et ardente, une soif inextinguible avec langue très rouge et aride j ventre douloureux et brûlant, céphalalgie frontale intense , stupeur et prostration. ( Limonade.)

(1) P. F. Nepple. Ouvr. cit., p. i52,

TRMTE

<c Neuvième jour. Les symptômes s'aggravent. (Dixhuit sangsues sur îépigastre j hémorrhagie considérable sans soulagement. )

« Dixième jour. Huit autres sangsues qui donnent un écoulement pendant dix heures. Après, et pendant îhémorrhagie , la fièvre tombe complètement avec les symptômes de la gastro-entérite. La figure devient pâle et la faiblesse très grande.

« Onzième jour. Il survient , le soir , sans fièvre , ni frissons , une céphalalgie frontale violente , qui décline dans la nuit, est peu sensible le lendemain matin, et reparait tous les soirs : il y a d'ailleurs un grand affaissement, une chaleur plus élevée dans la nuit , l'appétit est nul. (Bouillon gras.)

Quatorzième et quinzième jours. Six grains de sulfate de quinine par jour : la céphalalgie disparait , un peu d'appétit.

« Cependant les forces ne reviennent pas 5 malaise vague, sueurs nocturnes. ( Potages , point de médicament. )

«Au bout de huit jours, retour de la douleur de tête , avec frissons légers , chaleur modérée , peu de soif et de sueurs. Cette fièvre simple revient tous les jours , et présente des intermissions complètes : les jambes deviennent œdémateuses. Quelques doses de sulfate de quinine arrêtent ces accès au cinquième.

Des fièvres intermittentes. Î4$

u Un traitement stimulant , en aggravant la phiegmasie, dénature de suite le type de la fièvre ; il fait tellement dominer le mouvement continu de réaction , que l'intermittent est absorbé; mais telle est la nature decelui-ci , et son indépendance de la phlegmasie , qu'il reparaît au moment où celle-ci est produite. Ceci nous prouve que la nature première de la maladie était la périodicité -, car jamais une fièvre primitivement continue n'est remplacée aussi subitement par une fièvre à type intermittent. Je sais que, dans les pays marécageux , cette transformation du type continua ' l'intermittent est fréquente dans une inflammation quelconque :mais ce passage ne se fait alors jamais brusquement , comme dans les observations que je cite. »

Je crois que c'est avec raison que M. Nepplé attribueau traitement la mutation d'une affection nettement rémittente en une affection continue , et le passage d'une simple irritation gastro-céphalique à un état bien voisin de l'état ataxo^adynamique des fièvres graves. Pour exprimer franchement et entièrement mon opinion sur cette observation , je dirai que le traitement a empiré la maladie de deux manières , d'abord par une irritation directe , puis indirectement , en ne prévenant pas le retour des paroxysmes. J'ai la conviction qu'administré le jour de Tentrée à l'hôpital, et précédé ou accompagné d'une application de sangsues à Tépigastre, le sulfate de quinine aurait non seulement prévenu tous les accidens. graves qui ont failli être mortels, mais encore décidé l'apyrexie en quelques heures.

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