OBSERVATION XXXIII
Fièvre rémittente avec gastro-duodénite et engorge* ment sanguin dufo ie ( i ) .
ftUn enfant de douze ans, fortement constitué, berger dans la même ferme, était, en août 1824, malade depuis douze jours , d'une fièvre rémittente bilieuse avec diarrhée, et privé de tout secours. A son entrée à l'hôpital , il présentait les symptômes suivans ; tous les soirs il survenait un frisson léger , bientôt remplacé par une ehaleur générale, sèche et acre, et par une céphalalgie frontale stupéfiante. La face était rouge, avec teinte jaunâtre ; cette couleur était surtout marquée sur la sclérotique , et se laissait entrevoir sur toute la peau. La langue était sèche , comme racornie , la soif inextinguible , le ventre plat, douloureux, surtout à la région supérieure-, le malade se perdait dans des paroles sans suite ; les selles étaient fréquentes,très-liquides et d'un jaune brun. Une rémission assez faible et sans moiteur commençait dès le matin.
« Le lendemain , je fais appliquer huit sangsues sur l'épigastre: le sang coule abondamment pendant douze heures ; la face devient très-pâle et altérée 5 il survient des défaillances et une accélération extraordinaire du pouls, avec un caractère misérable. Il y a moins de soif,
(1) P. F. Nepple, Ouvrage cité,
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mais les autres symptômes se soutiennent à peu près au même degré. Le froid du paroxysme suivant est plus prononcé et plus long. Dans le stade de chaleur, délire tranquille, moiteur au déclin. La diarrhée est toujours fréquente dans la rémission, pouls moins accéléré. {Limonade gommée.) Soif moindre , face d'un jaune pâle. (Six grains de sulfate de quinine et dix gouttes de laudanum dans deux onces d1 eau gommée.) Le soir, à la même heure, frisson avec tremblement de deux heures, puis chaleur modérée, délire, cris et plaintes, pouls petit et très fréquent; ventre ballonné; assoupissement profond , vers le matin : l'enfant est en supination , les bras étendus, les yeux ouverts, immobiles, ternes, la pupille dilatée et respirant péniblement. Bientôt l'agonie se prononce et la mort survient dans la nuit.
NÉCKOSCOPIE.
« Cerveau moins consistant qu'il ne l'est ordinaire ment , mais sans aucune trace de lésion ; tous les vaisseaux sont vides de sang.
« Estomac rouge et à rides très-prononcées sur toute la surface muqueuse, contenant de la bile verte-, surface muqueuse du duodénum, d'un rouge pointillé; mésentère farci de glandes dures et blanches ; intestins grêles contenant beaucoup de bile et des vers lombrics ; foie très-volumineux , gorgé de sang , moins consistant que dans l'état normal 5 vésicule distendue par une bile brune et épaisse.
(( Dans cet exemple de gastro-duodénite et d'engorgement sanguin du foie., avec sécrétion abondante de la bile et résorption de la matière jaune , l'évacuation sanguine fut employée trop tard, et n'eut en conséquence, pour résultat , qu'une forte déplétion du système sanguin, excepté dans la partie phlogosée ; ce qui produisit la perte des forces , sans diminuer la gastro-entérite , augmenta l'influence du système nerveux, c'est-à-dire, la force des concentrations intermittentes.
« Le sulfate de quinine déposé sur une surface profondément enflammée ne pouvait s'opposer à rien et devait au contraire tout aggraver. Aussi la concentration suivante est des plus violentes-, la vitalité se réfugie dans les voies gastriques, et l'enfant succombe promptement. »
On trouve la membrane muqueuse de l'estomac généralement rouge , parce que , à douze reprises différentes, les paroxysmes, non combattus, ont activé l'irritation gastro-intestinale dont la persistance faisait une affection rémittente d'une maladie , qui , sans elle , eût été intermittente. Ce fait , sous ce point de vue , vient confirmer nos propres observations, et donner une nouvelle valeur aux conséquences que nous avons cru pouvoir en déduire. D'après l'analyse des symptômes , ce jeune malade a succombé à une irritation cérébrale , et l'on a lieu d'être étonné de trouver le cerveau sans autre lésion qu'une moindre consistance; ceci est un cas exceptionnel et que je crois devoir être fort rare. Quoi qu'il en soit, je veux faire remarquer que, sous l'influence de la déplétion sanguine pratiquée le treizième jour , la rémittence est devenue bien plus manifeste , et que les
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derniers paroxysmes, au lieu de n'être précédés, comme les autres , que d'un frisson léger, s'annoncent , le dernier spécialement , par un frisson avec tremblement de deux heures. C'était un acheminement à l'intermittence.