‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 44 sur 94 · OBSERVATION XXXVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXVI

Fièvre pernicieuse , comateuse, pseudo-continue*—— Au début gastro-céphalite aiguë $ trois jours d invasion à Ventrée j paroxysme comateux , le même jour. Guérison.

Beucker , jeune soldat, fort, bien constitué, n'ayant jamais été malade, entra à l'hôpital militaire d'Alger le 3o juin i833, à six heures du matin, venant de la maison-carrée , poste situé dans la Métidja. Il était malade depuis trois jours-, il n'y avait eu ni intermittence ni rémittenCe dans les accidens qu'il éprouvait. A son arrivée, il offrait les symptômes suivans : céphalalgie des plus violentes , pouls dur , plein et accéléré , peau brûlante, envies de vomir, soif ardente, langue acérée, muqueuse au centre , d'un rouge vif sur les bords et à la pointe, point pleurétique du côté droit. (Diète, eau gommeuse , potion gommeuse , saignée du bras de

DES FJEVRES INTERMITTENTES. 169

vingt onces y soixante sangsues , dont trente àVépigastre, et trente sur le point douloureux).

A là visite du soir, vers trois heures, cet homme était dans le coma. II était donc survenu un paroxysme , et, maigre l'énergie de la médication employée le matin, ce paroxysme était pernicieux. {Saignée du bras dé vingt onces , quarante sangsues sur le trajet des jugulaires, cinquante sangsues disséminées sur V abdomen).

Ier juillet matin \ état voisin de l'apyrexie, intelligence nette. Il ne reste des phénomènes si graves de la veille, que cette accélération du pouls, sans chaleur à la peatt, sans soif, qui persiste toujours pendant quelques heures après la terminaison de l'accès proprement dit. {Diète, eau gommeuse, potion gommeuse, vingt-quatre grains de sulfate de quinine en potion , à prendre en deux fois).

L'apyrexie s'établit tout à fait pendant la journée : dès ce jour il n'y eut plus de fièvre , et la douleur pleurétique, enlevée par la première application de sangsues, ne reparut pas. Le sulfate de quinine fut continué à doses décroissantes pendant quatre jours. Le malade sortit le 26 juillet , après avoir mangé les trois quarts de la portion pendant onze jours.

Il n'existe peut-être pas de faits plus propres à faire saisir la véritable nature des affections pseudo-continues. Un homme vigoureux arrive avec les symptômes d'une gastro-céphalitc suraiguë. Loin de s'amender sous fin-

fluence d'une médication énergique^ ces symptômes s'exaspèrent; mais ils ne s'exaspèrent pas de la même manière que dans les affections continues ; c'est par un coma subit que de nouvelles saignées dissipent en quelques heures , et auquel succède promptement une apyrexie parfaite , que les organes révèlent l'accroissement de leur souffrance. Or, jamais rien d'analogue dans les affections continues; jamais non plus, \e ne dis pas l'indication, mais la possibilité d'administrer le sulfate^ de quinine à une dose aussi élevée. Cette aggravation de symptômes dans la journée du 3o était donc ce qu'on nomme paroxysme pernicieux dans les fièvres rémittentes , et accès pernicieux dans les fièvres intermittentes.

Voyez avec quelle rapidité ont éclaté ces accidens formidable. 5 voyez comme la mort , dans ces affections aussi bien que dans les fièvres intermittentes, est toujours imminente. Sans les larges saignées pratiquées ainsi coup sur coup , cet homme eut été tué par la violente congestion qui s'était opérée sur l'encéphale. Bien qu'une médecine hardie puisse espérer un assez grand nombre de succès semblables, n'est-il pas plus rationnel de prévenir le développement d'accidens aussi redoutables, de conjurer l'orage toujours menaçant? Nous verrons qu'on arrive à ce résultat en prescrivant le sulfate de quinine en même temps que l'on combat les irritations viscérales par les déplétions sanguines , et sans chercher à obtenir soit une intermittence, soit une rémittence que, le plus souvent, on attendrait en vain,

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