‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 45 sur 94 · OBSERVATION XXXVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXVII

Fièvre pernicieuse , comateuse, pseudo -continue. — Irritation gaslro-céphalique au début} six jours d'invasion à Ventrée', le septième jour matin, apyrexie j accès comateux dans V après midi. Gué vison,

Sentenac, artilleur, âgé de vingt-quatre ans, vigoureusement constitué, d'un tempérament sanguin, ayant été atteint quatre fois de fièvre intermittente depuis son arrivée en Afrique , entra à l'hôpital cFAÏger, le 3 septembre i833, le sixième jour d'une irritation gastrocéphalique à peine fébrile. Je le vis dans i'après midi, ii accusait de la soif, de la céphalalgie, et quelques frissons revenant à plusieurs reprises et irrégulièrement dans la journée 5 ii avait la langue un peu effilée et rouge sur les bords, mais humide. {Diète, limonade , cinquantecinq sangsues , dont vingt- cinq à Fépigastreet trente aux tempes).

4 matin ; apyrexie, plus de soif, plus de céphalalgie. {Diète, limonade, potion gommeuse).

À la visite du soir, coma. (Saignée du bras de douze onces-, quarante sangsues sur le trajet des jugulaires $ deux uésicatoires aux cuisses , deux sinapismes aux jambes , trente-deux grains de sulfate de quinine en potion) .

5 matin, il ne reste de l'état si grave de la veille qu'un peu de céphalalgie. ( Trente sangsues aux tempes, trente grains de sulfate de quinine en pilules , le ma-

lade ayant de la répugnance à prendre ce médicament en potion, un quart de lavement amylacé avec soixante grains de sulfate de quinine).

Il n'y a pas d'accès pendant la journée, ni les jours suivans; et le sulfate de quinine est continué à doses décroissantes jusqu'au douze. La convalescence fut très franche, et cet homme sortit le i3 octobre 5 je lui avais fait obtenir un congé de convalescence, mais à sa batterie on le trouva si bien portant , qu'on le retint en Afrique.

Si l'on se refusait à voir dans cette maladie autre chose qu'une affection intermittente mal dessinée , obscure dans sa marche, et qui , très simple d'abord , revêt tout à coup un caractère pernicieux, je demanderais comment expliquer l'apparition subite du coma, comment le succès du traitement par le sulfate de quinine? Tout dans une hypothèse différente delà nôtre, deviendrait obscur, incohérent, insoluble 5 tout contrasterait avec ce que nous savons se passer dans les affections réellement continues. En admettant notre opinion au contraire, tout s'enchaine et s'explique ; c'est le développement connu d'accidens connus. J'insiste sur ce point théorique, parce que, de la solution du problème dans tel sens ou dans tel autre, doivent surgir des résultats pratiques de la plus haute importance. En effet , si vous voyez une affection continue, là où, pour moi, la périodicité forme l'élément fondamental, vous arri-

verez à un traitement mauvais, et vous courrez à des revers inévitables. Dans ies cas où les congestions ne seront pas assez intenses pour emporter le malade dès la premièra attaque, vous maîtriserez bien, je le sais, les accidens pernicieux par les saignées, et vous pourrez arriver assez souvent, je ne le conteste pas, à avoir une apyrexie plus ou moins complète ; mais, continuant à vous borner aux antipblogistiques, vous ne tarderez pas à avoir de nouveaux paroxysmes, et alors, quoi que vous fassiez, vos efforts seront presque constamment inutiles-, vos malades succomberont. Partant au contraire des données opposées, tout en combattant les irritations sanguines, partout où elle se présenteront, vous administrerez de suite le sulfate de quinine, et par là vous préviendrez les redoublemens périodiques, ou du moins ils cesseront d'être graves ; et la fièvre, dont la prolongation n'a d'autre cause que l'irritation entretenue dans les organes par ces paroxysmes, sera arrêtée en quelques heures.

Page 1