‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 47 sur 94 · OBSERVATION XXXIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXIX

Fièvre pernicieuse , comateuse, pseudo-continue.— Au début gastro-céplialite ,• paroxysme comateux le cinquième jour, Mort,

Devos, soldat au 5c/% d'une forte constitution, jouissant habituellement d'une bonne santé , entra à l'hôpital de Boue le 4 juillet, le quatrième jour d'une gastro-céphalite aiguë fort intense , et sans rémission appréciable depuis l'invasion : la céphalalgie était atroce, la langue sèche et d'un rouge de sang, la soif inextinguible, l'épi— gagtre douloureux , la peau sèche et brûlante, le pouls dur et fort. (Diète, limonade, saignée du bras de quinze

onces , soixante sangsues, dont trente à V épigastre et trente sur le trajet des jugulaires).

5 matin, apyrexie, disparition totale des phénomènes morbides, soit du côté des voies digestives, soit du côté de l'encéphale ; pas même de soif. (Diète , limonade , vingt-quatre grains de sulfate de quinine, à prendre en deux fois, seize grains à sept heures du matin, et huit une heure après.)

A dix heures, frissons, froid, tremblemens : à midi, coma-, à deux heures, mort dans l'état soporeux, quatre heures après l'invasion de l'accès.

OUVERTURE DU CADAVRE

(Dix-neuf heures après la mort.)

Tête. L'arachnoïde conserve sa transparence ordinaire , et laisse voir sous elle la pie-mère qui est vivement injectée. Tous les vaisseaux de la périphérie de l'encéphale sont fortement congestionnés.

Substance cérébrale, molle et très injectée, coloration foncée , noirâtre de la substance grise \ sérosité sanguinolente dans les ventricules ; plexus choroïdes d'un rouge vif. Le cervelet est également mou et injecté.

Moelle épinière. Injection fine et vermeille de la piemère : substance médullaire, généralement injectée, et, comme celle du cerveau, légèrement ramollie: ramollissement blanc, fluide, de six à huit lignes, à la hauteur des dernières vertèbres dorsales.

Poitrine. Poumons crépi tans, sains; quelques légères

et anciennes adhérences à la plèvre droite. Le tissu musculaire du cœur est décoloré , mollasse ; ses cavités renferment une grande quantité de sang très liquide et très noir.

Abdomen. La membrane muqueuse de l'estomac, d'un gris sale , est ramollie et s'enlève par le plus léger grattage: une injection pointillée , vermeille, généralement répandue, indique une irritation récente, entée sur un fond de gastrite chronique. Dans le duodénum, on voit quelques follicules tuméfiés, mais on n'y observe aucune rougeur , soit ancienne , soit récente. Dans la partie supérieure du jéjunum, la muqueuse est d'une teinte gris foncé , avec ramollissement et amincissemens des parois du tube digestif; dans l'étendue de deux pieds environ, de nombreux follicules isolés ont le volume d'un grain de millet. La muqueuse est saine ensuite dans une grande étendue, mais aux environs de la valvule iléo-cœcale elle offre les mêmes altérations de couleur et de cohésion qu'à sa partie supérieure , c'està-dire que supérieurement et inférieurement elle était malade depuis long-temps , et que ces deux portions ainsi altérées étaient séparées l'une de l'autre par une grande étendue de membrane restée saine. Les intestins grêles contiennent un grand nombre de lombrics 5 les gros intestins ne présentent rien à noter.

Voilà, ainsi que nous l'avons vu dans les fièvres franchement intermittentes, un de ces cas où la mort frappe comme la foudre. Malade depuis quatre jours seulement,

cet homme offre , à son arrivée , les symptômes d'une gastro-eéphalile aiguë. De larges déplétions sanguines , indiquées par la violence du maj , sont pratiquées , et sont suivies dès le lendemain de l'apyrexie la plus complète. Ce n'était pas là la marche d'une affection continue : c'était évidemment une fièvre p s eudo- continue devenue intermittente. On devait alors s'attendre à un accès, soit pour le jour même, soit pour le lendemain ; l'indication était précise. On administre donc le sulfate de quinine dans le but de prévenir le retour des accidens observés la veille; mais c'est en vain. Il survient un accès à dix heures du matin, et, malgré les déplétions sanguines faites à l'arrivée du malade , cet accès est des plusviolens; une forte et brusque congestion s'établit sur le cerveau et tue en quelques heures. Cet exemple démontre de la manière ia plus évidente que, malgré leur continuité apparente , les affections dont nous parlons conservent toujours ce qu'il y a de spécial dans les affections intermittentes , c'est-à-dire la double tendance à l'apyrexie et à la périodicité. La mort est arrivée ici comme dans les fièvres pernicieuses comateuses à merche franchement intermittente; et, comme dans ces dernières , nous rencontrons, à l'autopsie cadavérique, une vive injection des membranes et de la substance du cerveau, de la sérosité sanguinolente dans les ventricules; une injection non moins manifeste de la moelle épinière et de ses enveloppes ; enfin , un ramollissement blanc partiel, genre d'altération que nous avons eu occasion de signaler aussi dans des cas de fièvre intermittente terminés par la mort.

Et comme pour compléter la similitude, nous retrouvous, de même encore que dans ces derniers , une rougeur vermeille pointiliée sur une membrane muqueuse malade depuis long-temps. Le chirurgien major du corps m'apprit que cet homme, avant de venir en Afrique, avait eu une gastro-colite très-intense.

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