OBSERVATION XLII
Fièvre p s eudo~continue avec gastro-colite. Deux jours SU invasion à l'entrée-, apyrexie le troisième matin; accès à dix heures ,• mort sans délire , sans coma.
Ciavel ,, soldat au 69e, âgé de vingl-trois ans, d'une
bonne constitution, n'ayant pas été malade depuis deux
ans qu'il est au régiment, d'une conduite très régulière, entra à l'hôpital de Bone , le i5 décembre i834, au
deuxième jour d'une gastro-colile à symptômes peu intenses,* soif assez vive, enduit légèrement visqueux sur la langue qui est acérée et rouge sur les bords $ peau chaude :. pouls accéléré, sans dureté ni plénitude : huit à douze selles dans les vingt-quatre heures. ( Diète , eau gommeuse , potion gommeuse , trente sangsues à ï épigastre 1 un quart de lavement amylacé avec addition de soixante gouttes de laudanum.}
16 matin, apyrexie , plus de soif, langue plate et humide , rosée ; une seule selle pendant la nuit. ( Diète , eau gommeuse , potion gommeuse.)
À dix heures, invasion d'un accès qui débute par un froid très grand et s'accompagne de beaucoup d'anxiété -r point de selles , point de vomissemens , point de coma , point de délire. Mort à trois heures après-midi.
OUVERTURE DU CADAVRE
(Dix-huit heures après la mort.)
Tête. Les membranes du cerveau sont presque dans leur totalité d'un rouge foncé. Toute la masse cérébrale
<est excessivement injectée 5 lorsqu'on coupe le cerveau, et que l'on comprime la partie divisée , le sang en sort comme en nappe. La substance grise est si fortement congestionnée qu'elle en a acquis une teinte brune tirant sur le noir. Sérosité sanguinolente dans les ventricules.
Moelle épinière. Les membranes sont aussi vivement injectées que celles de l'encéphale. Il en est de même de la substance grise. La fermeté de la moelle est très prononcée dans toute son étendue , excepté à la hauteur des dernières vertèbres dorsales , où existe un ramollissement blanc de six lignes environ.
Poitrine. Les organes de la poitrine sont parfaitement sains, il n'y a pas même d'adhérences dans les plèvres.
Abdomen. Ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac avec une teinte générale d'un rouge brun. La même altération s'observe , mais à un degré moindre, dans toute la longueur de l'intestin grêle. Les follicules isolés sont tuméfiés : il existe aussi des vestiges d'anciennes plaques gaufrées. Rougeur pointillée peu serrée dans le gros intestin. Rate beaucoup plus volumineuse que de coutume, réduite en une bouillie dont l'aspect rappelle celui d'une pâte de chocolat à l'eau j la membrane fibreuse est sèche , se détache facilement , et résonne comme une feuille de parchemin. Le foie est dans l'état naturel.
Cette marche doit paraître bien singulière, et je ne pense pas que personne puisse voir là une affection continue. Rien cependant n'indiquait une fièvre intermit-
tente lorsque le malade entra à l'hôpital, et les symptômes étaient alors si bénins, que je me contentai de prescrire une médication fort simple. Ce fut un malheur, car j'ai la conviction que le sulfate de quinine, donné à haute dose, aurait prévenu cette terminaison funeste. Mais bien que j'eusse par devers moi des exemples non moins malheureux que celui que je rapporte , je n'avais pu encore me décider à appliquer à ces dysenteries la médication que , depuis plusieurs mois déjà , j'opposais aux gastro-céphalites ; et même , plus tard , malgré l'analogie , malgré le raisonnement , malgré le succès de cette thérapeutique, je n'attaquai jamais franchement et hardiment les dysenteries comme ces dernières , tant il est vrai qu'il est bien difficile de se défaire des idées avec lesquelles on a vieilli.
Si l'on se demande comment la mort est arrivée ici , je crois qu'on pourra en trouver la cause dans la secousse imprimée à toute l'organisation par ce raptus subit qui a si universellement congestionné l'axe cérébro-spinal, dans ce ramollissement blanc de la moelle épinière, ramollissement d'une nature particulière , que plusieurs fois déjà nous avons signalé, et dans lequel la matière nerveuse seule est affectée , sans combinaison, soit avec du sang , soit avec du pus. La réaction n'aura pas eu le temps de se faire, elle aura été enrayée aussi par la présence des altérations chroniques observées dans le tube digestif. Je n'ai pas vu le malade pendant l'accès ; mais il est probable qu'il a succombé dans la période de concentration , comme dans certains cas de fièvre intermittente que nous avons cités, ou bien dans un état al-
gide; car cet étataîgide esl assez fréquent dans les affections pseudo-continues pour autoriser cette supposition j et c'est encore par là que ces maladies , ainsi que nous allons le voir, révèlent leur affinité avec les fièvres intermittentes.