‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 50 sur 94 · OBSERVATION XLIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLIII

Fièvre pernicieuse, algide i pseudo- continue.— Gastrocéphalite aiguë. Six jours d'invasion à Ventrée;

paroxysme algide le huitième. Mort.

Roux , soldat au 59% âgé de vingt-deux ans , d'une forte constitution , n'ayant pas encore été malade en Afrique, entra à l'hôpital de Bone , le 21 juin i834> le sixième jour d'une -gastro-céphalite contractée au camp. A son arrivée, vers deux heures après-midi, il offrait les symptômes suivans : peau chaude , sèche , brûlante ; pouls dur, fort 5 céphalalgie atroce, tendance au délire, soif ardente, langue acérée , rouge sur les bords et à la pointe, muqueuse au centre -, fréquentes envies de vomir, épigastre douloureux. Depuis l'invasion de la maladie , il n'y avait eu aucune, rémittence appréciable. (Diète , limonade , saignée du bras de dix-huit onces , cinquante sangsues à V épigastre.)

22 malin, la céphalalgie a presque entièrement cédé, mais les signes de la gastro-entérite, ainsi que la fièvre, persistent à peu près au même dçgre. (Diète, limonade, quarante sangsues à V épigastre.) Retour de la cépha-

lalgiedans la journée, exaspération de la gastro-entérite; crampes très douloureuses dans les mollets. [Cataplasme à Tépigastre , fomentations froides sur la tête , un quart de lavement amylacé avec cinquante grains de sulfate de quinine. )

a3 matin, rémission générale des symptômes, excepté dans la violence des crampes qui arrachent des cris au malade ; plus de céphalalgie, peu de soif. (Diète, limonade , seize grains de sulfate de quinine en potion.)

Bans l'après-midi , réapparition de tous les accidens avec une violence égale à celle des jours précédens. (Saignée du bras de quinze onces , quarante sangsues à Tépigastre , seize grains de sulfate de quinine, à prendre pendant la nuit,)

24 matin , crampes moins douloureuses 5 langue plate , humide , chargée de mucosités jaunâtres ; peau froide 5 pouls petit, presque imperceptible ; facultés intellectuelles intactes , plus de soif. Cet état était pour moi un paroxysme algide ; le danger était imminent ; j'espérais cependant sauver le malade si, par une médication active , je parvenais, après avoir maîtrisé les symptômes actuels , à prévenir l'invasion d'un nouveau paroxysme. (Diète, limonades, quarante grains de sulfate de quinine en potion, à prendre dans la matinée ; deux sinapismes aux jambes et aux bras; deux vésicatoires aux cuisses.)

Mort à neuf heures du matin.

OUVERTURE DU CADAVRE

(Vingt-deux heures après la mort.

Tête, L'arachnoïde et la pie-mère offrent des plaques d'un rouge vif très étendues. La substance cérébrale, ferme et résistante , est généralement injectée 5 la substance blanche l'est plus que la grise.

Moelle épini ère. Injection excessivement fine et vermeille de l'arachnoïde et de la pie-mère. La substance médullaire elle-même est , au contraire , fort peu injectée.

Thorax. Cœur, dans l'état naturel. Poumons, parfaitement sains; adhérences légères et anciennes de la plèvre gauche.

Abdomen. Ramollissement général de la membrane muqueuse de l'estomac, qui est d'un gris roussâtre^ dans plusieurs points , une rougeur poîntillée très serrée ; veines dilatées et variqueuses» Ce sont là les traces d'une surexcitation aiguë entée sur une chronique. L'intestin est sain dans sa partie supérieure : inférieurement, dans l'étendue de trois pieds environ, la membrane muqueuse est ramollie, avec tuméfaction des follicules isolés, et sans rougeur, soit striée, soit poîntillée. Dans la même portion du tube intestinal , on rencontre une douzaine de taches formées par un pointillé noir, et qui sont sans doute les vestiges d'anciennes plaques gaufrées , liées à une dothinentérie antérieure. Rate volumineuse, ramollie , d'une couleur de pâte de chocolat à l'eau. Le

foie est congestioné ; incisé par tranches , ii laisse suin ter une grande quantité de sang.

Malgré la seconde application de sangsues pratiquée le 22, le mieux observé le matin ne se soutient pas; et^ contre toute prévision, les accidens morbides empirent pendant la journée. Pourquoi cette exaspération? Cette exaspération survient parce que nous n'avons pas affaire à une affection réellement continue , parce que ce n'était pas une simple exacerbation que nous devions chercher à prévenir, mais bien un paroxysme. C'est inutilement que de nouvelles saignées sont hardiment pratiquées : la mort arrive -, mais elle n'arrive pas comme dans les affections continues ; il n'y a ni ataxie , ni adynamie , ni coma, ni délire, ni symptômes typhoïdes. La circulation se ralentit d'abord, et puis cesse ; la peau se refroidit, la langue devient plate, les lèvres pâles , et le malade expire sans douleur , sans agonie. Tous ces phénomènes se passent en quelques heures , et , chose bien remarquable , succèdent , sans intermédiaire , à des signes d'une réaction violente. Exceptez le choléra, vous chercherez en vain dans les affections continues un état analogue à celui dont je parle. Ce paroxysme durait peut-être depuis trop long-temps , pour être combattu avec succès, lorsque je le reconnus le 24 matin; du reste , le traitement que je lui opposais , n'était pas assez actif. Depuis , par une médication beaucoup plus énergique , j'ai plusieurs fois sauvé des hommes , chez lesquels la circulation était entièrement suspendue , chez

lesquels , du moins , il était impossible de reconnaître aucune pulsation artérielle. Ferai-je remarquer l'injection si étendue, si fine, des enveloppes de la moelle épi— nière, et qui explique très bien les crampes douloureuses des derniers jours de la maladie } les plaques rouges des membranes du cerveau, et enfin le ramollissement chronique de la muqueuse digestive ? Ces faits sont trop importans pour ne pas avoir fixé l'attention. Il en est de même, je pense, de ce pointillé rouge de l'estomac, qui, anatomiquement, ne dénote qu'une irritation naissante, tandis que les symptômes , observés pendant la vie , annonçaient une violente gastro-entérite.

Page 1