‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 51 sur 94 · OBSERVATION XLIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLIV

Fièvre pernicieuse algide, pseudo- continue. — Gastrocéphalite aiguë. Quatre jours a" invasion à P entrée; paroxysme algide le sixième ; mort le huitième.

Un soldat, âgé de 24 ans , parfaitement constitué , jouissant habituellement d'une bonne santé, entra à l'hôpital de Bone, le 10 juillet i834, le quatrième jour d'une gastro-céphalite des plus aiguës , annoncée par une céphalalgie violente,, une vive douleur épigastrique, revenant par intervalles, des vomissemens , une soif ardente, une langue sèche et d'un rouge de sang, une peau brûlante, un pouls plein , fort, fréquent et dur. (Diète, limonade, saignée du bras de dix-huit onces . soixante

et dix sangsues, dont quarante à Tépigastre , et trente sur le trajet des jugulaires.)

il matin , la douleur épigaslrique conserve la même acuité et le même caractère de mobilité \ soif vive , nausées j il y a cependant beaucoup moins de fièvre. (Diète7 limonade, un quart de lavement amylacé avec soixante grains de sulfate de quinine , qui est conservé environ une demi-heure.)

La journée se passe sans aucun changement notable ,. soit en bien, soit en mal.

12 matin , toujours la même douleur épigastrique : langue couverte de mucosités sèches et noirâtres, aride, et comme racornie ; pouls lent , obscur -, chaleur de la peau beaucoup au-dessous de la température naturelle. Ces deux derniers phénomènes (l'état du pouls et celui de la peau) furent pour moi l'indice d'un paroxysme algide ; mais en considérant l'aspect si gastrite de la langue, je n'osai pas administrer le sulfate de quinine parlabouche. [Diète, limonade, soixante grains de sulfate de quinine dans un quart de lavement-, deux grains d'extrait gommeux d'opium, à prendre par quart de grain dans la journée', vésicatoire àFépigastre.) Je me déterminai à donner l'opium parce que la douleur , d'après sa marche , me paraissait être du genre des névralgies; celte considération me fit aussi prescrire un vésicatoire à Tépigastre, dans l'espérance de la déplacer, et de la fixer à l'extérieur. Cette médication paraîtra sans doute bien extraordinaire ; mais il faut avouer aussi que les maladies dont nous parlons ressemblent bien peu à ce que nous avons coutume d'observer en France»

Ce malade fut recommandé spécialement au chirurgien de service , qui , voyant , à midi , que le refroidissement était extrême , administra une potion de vingtquatre grains de sulfate de quinine avec un gros d'éther. Et trois heures après la langue s'était humectée et largement épanouie ! Mais le pouls était presque insensible, mais la peau était glacée.

1 3 matin, refroidissement toujours le même ; plus de pouls 5 langue plate et humide, pâle 5 lèvres décolorées 5 intelligence entière. (Diète, limonade, quarante grains de sulfate de quinine avec addition d un gros déther dans quatre onces d eau, à prendre en une fois}, unquart de lavement avec deux gros déther $ sinapismes aux cuisses.) Rien ne put ranimer ni la circulation ni la chaleur de la peau : cet état algide se prolongea , sans relâche , jusqu'au moment de la mort, qui arriva le i/f? à cinq heures du matin.

OUVERTURE DU CADAVRE

(Dix heures après la mort.)

Tête. Vaisseaux de la périphérie de l'encéphale fortement congestionnés. Substance cérébrale injectée, ferme : sérosité sanguinolente dans les ventricules.

Moelle épinière. Injection de la pie-mère. Substance

médullaire généralement injectée, moins ferme que dans

l'état naturel ; ramollissement rougeâtre dans l'étendue

de huit à dix lignes au niveau des dernières vertèbres

dorsales; le ramollissement est si prononcé que la matière

nerveuse s'écoule comme un liquide aussitôt que les

membranes sont incisées.

Poitrine. Poumons sains : quelques anciennes et légères adhérences des deux côtés. Le cœur n'offre rien de particulier.

Abdomen. La membrane muqueuse de l'estomac est ramollie dans toute son étendue, avec épaississement et couleur ardoisée du grand cul-de-sac. Sur ce tissu ramolli on ne voit aucune rougeur, soit striée , soit pointiilée , soit par plaques , que l'on puisse rattacher à une irritation récente. L'intestin grêle est parsemé de follicules isolés fortement tuméfiés; la membrane muqueuse, d'un gris ardoisé , est moins ramollie que celle de l'estomac Dans l'étendue de trois pieds environ, au-dessus de la valvule iléo-cœcale , on rencontre des traces anciennes de plaques gaufrées, qui sont d'autant plus nombreuses et plus larges qu'on s'approche davantage du gros intestin , dont la muqueuse , également d'une teinte ardoisée, est généralement très ramollie, sans développement des follicules. Du reste, dans les intestins, soit gros , soit petits , on ne rencontre pas plus que dans l'estomac des traces d'irritation récente. Les ganglions du mésentère sont considérablement tuméfiés. Le foie est congestionné et ramolli 5 la rate , très volumineuse , présente au plus haut degré l'aspect lie-de-vin.

On chercherait en vain à trouver , dans ce qu a de spécial cette maladie , quelques analogies avec ce qu'on observe dans les gastro-céphalites continues. Jamais, dans ces dernières , on ne voit l'état aîgide qui est venu si brusquement ici déterminer la mort. Ce sont là de>

faits, à peu près inconnus dans les pays froids et secs , très communs , au contraire , dans les pays chauds et marécageux. Lorsque, d'une part, ces étranges acciclens se multiplient à l'infini et deviennent presque toujours mortels, si l'on n'oppose, dès le début, que les antiphlogistiques aux affections continues de ces dernières localités ; lorsque, de l'autre, ils sont souvent prévenus et enrayés par la médication propre aux fièvres intermittentes, n'est-on pas en droit de les considérer comme étant de même nature que celles-ci, malgré les analogies qui tendent à les ranger parmi les affections continues ? N'eston pas même forcé de le faire > lorsqu'on se rappelle les cas nombreux ou, dans les mêmes conditions, les fièvres intermittentes revêtentles mêmes symptômes pour constituer cette variété connue sous la dénomination de pernicieuse algide ?

On aura sans doute remarqué ici le changement étonnant survenu dans l'état de la langue, après l'emploi de moyens aussi irritans que ceux qui furent mis en usage; on aura sans doute été frappé du peu de rapport que l'autopsie a démontré ensuite entre l'état des organes digestifs et Faspect si fortement gastrite de la langue. "Voici ce que je trouve , au sujet de cette observation, dans mes notes de clinique. « Je ne puis trop m'étonner de l'absence complète de traces d'irritation récente dans le tube digestif, après que , pendant la vie, les symptômes avaient paru si incontestablement et si évidemment annoncer une gastro- enté rite des plus intenses. Notons bien toutefois que , dans ce cas , se trouvent encore des désordres très étendus , liés à une affection chronique

qui peut-être était toujours en progrès , ou bien traces stationnaires et inertes d'une affection qui avait entièrement cessé, au moins sous le rapport des symptômes. Ici donc s'observe encore une fois ce que déjà nous avons si souvent remarqué, une lésion chronique de la membrane muqueuse digestive , qui a empêché la réaction de se faire complète : et, dans un état aussi défavorable , la congestion brusque et répétée de l'appareil cérébro-spinal aura suspendu l'innervation que les excitans diffusibles à l'intérieur et les révulsifs cutanés les plus actifs n'auront pu ranimer. Un refroidissement général, un ralentissement, puis une disparition du pouls, l'absence des signes de gastro-entérite pendant les trente-huit heures qui ont précédé la mort-, et au milieu de ce trouble de la circulation et de la calorification , la conservation complète de l'intelligence; tel fut l'ensem«r Lie des symptômes que nous eûmes à observer dans les derniers jours. »

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