‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 55 sur 94 · SUR LES FIÈVRES PSEUDO-CONTINUES · texte numérisé non relu

SUR LES FIÈVRES PSEUDO-CONTINUES

Dans la fièvre sub-continue de Torli, on voit, plus oit moins distinctement les accès s'enjamber , et la fièvre tendre progressivement à la continuité. Nous en avons cité plusieurs exemples. Dans les fièvres pseudo^continues , ce n'est plus la même marche. Dès le début, elles simulent tout-à-fait une affection réellement continue. Livrées à elles-mêmes , ou traitées par les antiphlôgistiques seulement, tantôt, après quelques jours de durée, elles deviennent nettement rémittentes ou intermittentes ) tantôt elles deviennent typhoïdes; et c'est à cette fatale dégénérescence qu'il faut rapporter tout ce qu'on a écrit sur les fièvres putrides, nerveuses, malignes, pestilentielles des pays chauds et marécageux : tantôt enfin, elles révèlent leur nature par l'explosion subite d'accidens que nous savons appartenir exclusivement aux fièvres in=

termittentes pernicieuses -, c'est-à-dire que le coma,le délire, etc., arrivent tout d'un coup, à un très haut degré$ et non graduellement, comme dans les affections continues, c'est-à-dire encore que ces mêmes accidens, combattus par les mêmes moyens que dans les accès pernicieux, disparaissent aussi vite que dans ces derniers.

« Si toutes les fièvres pernicieuses ne sont pas mias- « matiques, dit M. Broussais, il est toujours certain que « les fièvres miasmatiques offrent plus de pernicieuses « que les autres (i). » Il en est de même pour les fièvres pseudo-continues ; et , dans les pays marécageux , elles sont d'autant plus fréquentes que , toutes choses égales d'ailleurs , la saison est plus chaude. J'extrais les citations suivantes des observations de Pringle sur les maladies des Pays-Bas. « La maladie épidémique parut d'abord sous la forme d'tme fièvre ardente, et ce fut la pire de toutes.... Cette fièvre devenait généralement rémittente dès les commencemens, surtout en tirant du sang et en évacuant les premières voies... Dans la plus grande chaleur de la saison, et dans la fureur de la maladie, la plupart de ces fièvres s'accordèrent avec la description du xoeuffoç, ou fièvre ardente des anciens, qu'Iiippocrate ne place jamais parmi les maladies inflammatoires de l'hiver et du printemps, mais toujours parmi les épidémiques de l'été et de l'automne , quoique des écrivains postérieurs aient appliqué ce terme à toutes les fièvres accompagnées d'une grande inflammation. Mais on re-

;i) Cours de patholog. et de tliér. gén., t. 4? P< 44^.

marqua dans les endroits même les plus malsains dé ce pays, que, sur le déclin de l'automne, et dès que le temps vint à se rafraîchir, toutes les fièvres commencèrent à devenir plus bénignes, et à la fin de la saison elles différèrent fort peu des intermittentes communes des autres pays (i).

L'année 1765, dit Lind (2), fut mémorable par la du* rée extraordinaire du vent d'est et la chaleur excessive. . . Portsrnouth et presque toute l'île de Portsey furent désolés par une fièvre alarmante du genre des continues ou rémittentes qui porta l'effroi jusqu'à Chichester... L'universalité de cette fièvre ainsi que ses symptômes extraordinaires furent d*abord effrayans -, mais peu de personnes en moururent quand on eut renoncé à la saignée, et qu'on se fut déterminé à faire prendre le quinquina en grandes doses. Elle diminua avec là chaleur et devint ordinairement quarte pendant l'hiver.

« J'ai déjà indiqué qu'à Rome, les médecins qui sont » appelés à consulter sur une maladie , pendant l'été , » n'agitaient que cette question. Est-ce ou non unefiè^ » vre à quinquina?... Si l'intermittence constituait à » elle seule le fond de la maladie, l'expérience n'aurai* » jamais donné aux médecins qui pratiquent dans les » lieux marécageux , l'idée qu'une maladie dont les » symptômes sont continus , peut cependant avoir le

(1) Pringle, Observations sur les maladies des armées, t. i, p» 128 et 02g.

(2) Lind, Essai sur les maladies des Européens dans les pays chauds, t. 1, p. 27 et 3o.

» fond des fièvres à quinquina; car j'aimerais mieux î) employer celle dernière dénomination qui exprime » mieux le phénomène physiologique constitutif de la » maladie , que d'appeler intermittente une affection » qui peut ne pas l'être. )> (Baiily , p. 524»)

Lorsque l'été a été brûlant et sec , rapporte M. Nepple qui a recueilli ses observations dans la Bresse , les fièvres rémittentes ne paraissent qu'à la fin du mois d'août, aussitôt que les nuits deviennent fraîches et humides, ou après quelques jours de pluie: elles sont alors d'une grande violence. L'irritation gastro-céphalique est d'une intensité effrayante. Dans les trois ou quatre premiers jours , on croirait avoir affaire à une fièvre continue, grave 5 mais bientôt soit spontanément, soit plutôt à la suite d'évacuations sanguines , le type rémhv tent se prononce. C'est alors que les paroxysmes ne sont presque jamais précédés par le frisson, mais simplement par une chaleur progressive et par une anxiété, par une angoisse inexprimables, qui ne se montrent jamais dans la fièvre continue (1).

On voit d'après ce qui précède que, dans des circonstances déterminées , les fièvres intermittentes peuvent , dans les climats les plus tempérés aussi bien que dans les pays chauds, affecter, dès le début, une marche continue. J'insiste sur ce point, parce que je crois qu'on ne lui accorde pas généralement assez d'importance. Si parmi les fièvres pseudo-continues de nos contrées, il en est beau-

(r) Ouvrage cité, p. i3o.

eoup qui, sous l'influence des déplétions sanguines, passent au type rémittent, il en est aussi qui , poursuivant incessammentleur marche insidieuse, deyiennenttyphoïdes; et c'est une fâcheuse dégénérescence que Ton prévient, presque à coup sûr, en les attaquant hardiment dès les premiers jours parle traitement des fièvres intermittentes, sans jamais temporiser, sans courir après une rémission pour le faire. On doit d'autant plus s'attacher à éviter ce passage à l'état typhoïde , que les affections pseudo-continues , arrivées à ce point , sont presque constamment mortelles. Indépendamment de cette fatale tendance à se terminer par la mort^ elles ont encore un caractère spécial : elles marchent avec une rapidité beaucoup plus grande que les affections typhoïdes qui reconnaissent une autre origine. J'ai cherché à me rendre compte de cette double condition , et je me suis arrêté à l'idée qu'elle tient à. ce que ces maladies, malgré l'apparence de la plus complète continuité, sont toujours sujettes à des redoublemens périodiques : et ces redoublemens, revenant tous les joursou tous les deux jours, suivant le type de la fièvre au début, il en résulte, chaque fois, un surcroît d'irritation qui exaspère tous les accidens dans des proportions étrangères aux exacerba? lions des affections continues,

« Les fièvres intermittentes, dit M. Broussais, peuvent » se prolonger en gastro-entérites continues, surtout les » quotidiennes et les rémittentes ; et vous en concevez » la raison : comme il y a presque toujours une » phlegmasie résidant dans les voies gastriques , si on » ne l'enlève pas , et à plus forte raison , si on l'exaspère

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» par un traitement inconvenant , elle devient continue. » Ce sont les rémittentes qui sont les plus près de » devenir continues , ensuite les quotidiennes r les » tierces, les quartes. Il est possible que, sous l'influence >> d'un mauvais traitement , la fièvre quarte se change » en tierce, la tierce en quotidienne, la quotidienne en » rémittente, et celle-ci en continue. Une fois qu'elle » est continue, la gastro-entérite qui l'accompagne peut » devenir typhoïde »(i).Eh bien, ce sont ces phlegmasies secondaires , et résidant presque toujours dans les voies gastriques, qui font perdre, pendant l'été, aux maladies des pays marécageux, le caractère nettement intermittent qu'elles ont dans les saisons froides et pluvieuses. Le type continu est à peu près étranger aux affections de ces localités, et on les ramènerait toutes à l'intermittence la plus complète, si l'on parvenait à détruire ces inflammations. Mais lorsqu'on s'attache à ne combattre celles-ci que par les antiphlogistiques , de nouveaux paroxysmes ne tardent pas à survenir et à rappeler tous les accidens que les saignées avaient ou amendés ou fait disparaître. En employant de concert les antiphlogistiques et les fébrifuges, au contraire on les arrête en peu d'heures. C'est d'après ces principes que j'ai traité les affections aiguës portées au tableau n. a* J'ai exposé ailleurs le changement que cette médication avait imprimé, en i834, aux maladies de Bone; changement non moins important ni moins prompt que celui

(i) Cours de path. et de thér gén., t. 4> P- 4^3.

signalé par Lind. J'ajouterai ici que, continuée à Bone depuis cette époque , cette manière de voir et de faire donne les mêmes résultats.

En somme donc , les fièvres intermittentes , rémittentes et pseudo-continues sont trois degrés divers de la même affection ; et celles-ci sont des fièvres intermittentes dans lesquelles l'intermittence et la rémittence sont entièrement masquées par la continuité accidentelle , et à un degré élevé de la réaction circulatoire : et cette réaction est entretenue ici, comme dans les rémittentes, par la permanence des irritations liées aux accès.

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