OBSERVATION L
Irritation encéphalique , paralysie , mort.
Lebreton , âgé de i5 ans , soldat au 59e ; petit, trapu, d'un tempérament sanguin, d'une forte constitution y n'ayant jamais été malade , entra à l'hôpital de Bone , le 9 juillet i834, le quatrième jour d'une irritation encéphalique , sans rémittence appréciable. Une céphalalgie violente , une fièvre forte , avec dureté du pouls , et chaleur sèche de la peau , sans trouble des fonctions digestives ou respiratoires, tels étaient les symptômes que îe malade présentait à son arrivée. Ces accidens cédèrent du jour au lendemain à une saignée du bras ; et , pour en prévenir îe retour } vingt-quatre grains de sulfate de
quinine furent administrés dans les deux premiers jours, Dès le onze matin , j'accordai un vermicelle à cet homme ; et comme l'estomac n'avait pas participé à l'affection , j'élevai rapidement le régime alimentaire. Mais bien que les principaux organes parussent avoir repris leurs fonctions, bien que la digestion se fit parfaitement, bien qu'il n'y eût ni soif, ni chaleur , ni fièvre , ni diarrhée , la convelescence n'était ni rapide , ni franche , comme dans presque tous les cas de cette nature. Le malade éprouvait une faiblesse extrême 5 les extrémités supérieures étaient agitées de tremblemens nerveux. Ces phénomènes s'aggravèrent, et, dans les derniers jours de juillet, le bras droit fut entièrement paralysé. Ce fut en vain que je promenai des vésicatoires le long de la colonne vertébrale , qui , du reste , n'était le siège d'aucune douleur; ce fut en vain que j'administrai le sulfate de quinine associé à l'opium et à l'éther, médication qui réussit presque constamment. La paralysie gagna successivement le bras gauche, puis les extrémités inférieures ; l'émission des urines devint involontaire ; la respiration d'une gêne extraordinaire -, les mouvemens de la poitrine hauts, difficiles , précipités. La face et les extrémités ne changèrent pas de coloration -, pendant les deux derniers jours le pouls fut filiforme., la sensibilité de la peau s'éteignit, la température du corps baissa considérablement; et le malade expira , le 3 août, à dix heures du soir, en conservant toute son intelligence.
OUVERTURE DU CADAVRE
(Dix heures après la mort.)
Tête. Substance cérébrale , d'une densité et d'une fermeté naturelles, offrant à la coupe un aspect légèrement sablé.
Moelle épinière. Injection très fine et d'un rouge vermeil de la pie-mère. La moelle elle-même est très fortement congestionnée : l'injection de la substance grise, plus considérable que celle de la substance blanche , est surtout très prononcée au renflement cervical , et au niveau des dernières vertèbres dorsales où existe un ramollissement rouge de six à huit lignes. La substance qui avoisine ce ramollissement est congestionnée au plus haut degré.
Thorax. Poumons sains : adhérences anciennes de la plèvre gauche.
Abdomen, La membrane muqueuse de l'estomac , d'une teinte grise uniforme, est généralement ramollie i Supérieurement, l'intestin grêle est sain; dans son tiers inférieur , il offre un assez grand nombre de vestiges d'anciennes plaques gaufrées , avec ramollissement de la membrane muqueuse. Le gros intestin , sans altérations , soit de couleur, soit de texture , contient une grande quantité de matières fécales bien moulées; ce qui atteste que les digestions s'opéraient encore , et que cet homme n'avait pas observé la diète absolue qui avait été prescrite, du moment où les accidens étaient devenus si graves, La rate est dans l'état naturel.
L'irritation de l'encéphale dissipée , tout devrait promptement rentrer l'ordre , mais il n'en est rien. Une faiblesse extrême, des tremblemens, puis une paralysie qui envahit successivement les membres , et porte le désordre dans les fonctions respiratoires, dans celles de la vessie et de la partie inférieure du tube digestif, voilà une série d'accidens que nous avons à observer dans l'espace de quelques jours ; et, pour les expliquer, nous trouvons dans le cadavre une forte et générale injection de la moelle épinière avec un ramollissement partieh Car c'est évidemment à ces altérations qu'il faut rapporter les désordres fonctionnels remarqués pendant la vie; c'est par elles qu'il faut expliquer la difficulté de la respiration, la rapidité et la petitesse du pouls , l'excrétion involontaire des urines, l'accumulation,des fœces dans le gros intestin, l'abolition des mouvemens volontaires et de la sensibilité de la peau , et le refroidissement général. Mais d'où vient que , avec ce trouble si grand de la respiration, la face et les extrémités ne se soient pas violacées; d'où vient que les poumons ne se soient pas engoués comme dans les asphyxies ? Ne pourrait^on pas rendre compte de ces faits en disant que le trouble de la respiration ne portait que sur les phénomènes mécaniques, que sur ceux confiés aux parois thoraeiques qui reçoivent directement leurs nerfs de la moelle épinière, et que les phénomènes chimiques , les phénomènes essentiels de l'hématose ont continué à s'effectuer par l'action propre et persistante des poumons eux-mêmes, sous l'influence nerveuse que leur apportent le pneumogastrique et le trisplanchnique ?
DES FîÈVIlES INTERMITTENTES. 255