CHAPITRE IX
DE LA MORTALITÉ, DU GENRE DE MORT ET T)E l'aNATOMIE PATHOLOGIQUE,
Si Ton juge de la mortalité que donnent les fièvres intermittentes d'après ce qui se passe dans les localités non marécageuses, dans les hôpitaux de Paris par exemple, on sera porté à croire que cette mortalité est à peu près nulle 5 car il est rare de voir , dans les salles de clinique de la Faculté, une fièvre intermittente se terminer par la mort. Mais si nous examinons la marche de ces maladies dans les pays où elles sont endémiques, «t dans ceux où elles deviennent accidentellement épidémiques , nous verrons bientôt qu'il en est peu de plus meurtrières.
Sur 96,001 malades traités à l'hôpital du St. -Esprit , à Rome, on a eu 8879 morts, environ un dixième (1): — M. Coutanceau évalue à près de 3, 000 le nombre de morts sur 12,000 malades pendant l'épidémie qui régna à Bordeaux en i8o5, 1 sur 4 (2) :-— à l'hôpital de Montluel (3), sur i352 fiévreux, traités depuis le mois
(i) V- les tableaux qui font suite au traité des fièvres intermittentes, par E.-M. Bailly.
(2) Notice sur les fièv. pern. qui ont régné àBordeaux en i8o5.
(3) P. -F. Nepple, ouvr. cit., p. 397.
276 TUAïTÉ
de juin 182a, jusqu'au 3i décembre 1826, il y a eu n3 morts , à très peu près 1 sur 12. — A l'hôpital militaire deBone, sur22,33o entrans,du 16 avril i832 au 16 mars i835, on a eu 26 1 3 morts, à peu près 1 sur g. AErcole, dans une épidémie produite parle voisinage d'une grande pièce d'eau qui n^avait pas été curée depuis long-temps, sur cinq cent cinquante malades, cent quinze perdirent la vie (1).
« La vie est courte, dans les pays marécageux ; elle y est, terme moyen, de vingt-six ans, suivant M. Sausset et le docteur Price ;de dix-huit ans, suivant Condorcet. En Géorgie , en Virginie , en Egypte , ceux qui vivent auprès des marais ne dépassent pas leur quarantième année. Jackson assure même qu'à Péterboroughen Virginie, un indigène atteint rarement vingt-et-un ans..... L'habitant de ces tristes lieux souffre dès sa naissance et montre, pendant les premiers jours de sa vie, la profonde empreinte de l'insalubrité du climat. A peine a-t-il quitté la mamelle, qu'il languit et maigrit ; une couleur jaune teint sa peau et ses yeux , ses viscères s'engorgent ; il meurt souvent avant d'avoir atteint sa septième année. A-t-il franchi ce terme , il ne vit pas, il végète ; il reste cacochyme, boursoufflé, hydropique , sujet à des fièvres d'automne interminables, à des hémorrhagies passives , et à des ulcères aux jambes qui guérissent difficilement. (2). »
(») Journal gén. de méd., t. XLI.
(2) J.-B. Monfaîcon, ouvr. cit., p. 128 et 56.
DES FIEVRES l JNTElUMITTEK TES. 273
On voit donc, d'après ces docuniens , que nous pourrions multiplier à l'infini, que les fièvres intermittentes qui, au premier abord, paraissent si bénignes, font souvent de la vie une lente et douloureuse agonie , et donnent une mortalité beaucoup plus considérable que d'autres affections généralement réputées bien plus dangereuses.
Je ne sais comment surtout a pu s'établir l'opinion que les fièvres intermittentes pernicieuses sont facilement curables, et que l'art les maîtrise presque toujours à coup sûr. Mais depuis que Lautter a dit que, dans ces maladies , le médecin est l'arbitre de la mort et de la vie , on a traité fort légèrement le pronostic de ces terribles affections , et l'on n'hésite pas à proclamer que leur traitement est le triomphe de la médecine. Sans doute, il est beau d'arracher à une mort imminente, de retirer presque du tombeau. Un homme frappé d'un accès pernicieux : le danger était si pressant qu'on a peine à croire au salut du malade alors que déjà il est guéri ; mais trompé par l'éclat même de semblables succès , on en a exagéré le nombre à son insu, on s'est laissé entraîner par son enthousiasme et l'on n'a plus cru à la possibilité d'un revers ; car l'on a à peu près dit que Ton était arrivé à une certitude mathématique dans le traitement des maladies dont nous parlons. Mais à cet entraînement que nous avons long-temps partagé , à cette exaltation que nous aimerions à conserver encore, opposons la sévère impartialité des chiffres.
Sur 886 fièvres pernicieuses observées, en i8i8eten 1819, dans les hôpitaux du St. -Esprit et de St. -Jean de
Latran , à Rome , on indique 545 guérisons , par conséquent 34i morts, c'est-à dire un sur 2 et un quart (1). — Sur 58i fièvres intermittentes, M. Nepple a eu 14 fièvres pernicieuses dont six ont été mortelles, 1 sur 2 à peu près (2). MM. Antonini et Monard ont eu 9 morts sur trente-neuf comateuses ou apoplectiques : sur 86 fièvres pernicieuses encéphalitiques , ils n'ont eu que 8 morts ; et c'est , sans contredit, le plus beau résultat que Ton puisse présenter, si , sous ce titre , ils ne désigne nt que des accès délirans (3).
Pour ma part, voici ce que j'ai observé. Sur 186 accès et paroxysmes ou comateux , ou délirans , ou aîgides , dont j'ai tenu note parmi ceux qui se sont présentés dans mes salles, du ier juin i834 au ier mars i835, j'ai eu 38 morts ; 1 sur 5 à très peu près : 77 comateux ont fourni 14 morts: 61 délirans, 12 morts ; 4$ algides , 12 morts.
Suivant les types , la mortalité a varié de la manière suivante: i° les fièvres quotidiennes pernicieuses , au nombre de 60, ont fourni i5 morts, savoir: 3o comateuses , 6 morts ; 21 délirantes , 5 morts; 9 algides , 2 morts : 20 les fièvres tierces pernicieuses , au nombre de 27, ont donné 6 morts, savoir: 9 comateuses, 2 morts -, i4 délirantes, 3 morts 5 4 algides , 1 mort : 3° les paroxysmes pernicieux des fièvres rémittentes et pseudo-
(1) E.-M. Bailly, ouvr. cit., appendice, p. 10 à i3.
(a)^P.F. Nepple, ouvrage, cit , p.5oo.
(5) Recueil de mém. de méd, mi!., t. XXXIII.
DFS FIÈVRES IJNTERMÏTTEJNTFS. 279
continues, au nombre de 99, ont donné dix-neuf morts, savoir: 38 comateux , 6 morts -, sôdéiirans, 4 morts; 35algïdes, 9 morts.
Voilà la mortalité moyenne que les fièvres pernicieuses m'ont donnée àBone.Dans des localités où les causes morbides sont moins puissantes, peut-être arrive-t-on àdes résultats plus avantageux, mais, à part cet'e circonstance, j'ai lieu de croire, d'après les recherches auxquelles je me suis livresque des proportions beaucoup plus heureuses que celles que j'indique n'ont jamais été obtenues qu'accidentellement. Il en est de même d'un fait que j'ai déjà consigné ailleurs, etque-je rappelîeraiencore ici sans pouvoir me l'expliquer : c'est que, pendant le mois de février i835, on apporta dans mes salles 9 hommes atteints d'accès pernicieux dont 8 étaient dans le coma et 1 dans le délire, et que sur ces 9 malades je n'en perdis qu'un seul; mais ce qui rend ce fait encore plus remarquable, c'est que je trouve en relisant mes notes, que, à la même époque , les accès pernicieux qui se déclaraient chez des hommes à l'hôpital depuis plusieurs jours, fournissaient la mortalité ordinaire.
Si maintenant nous cherchons à déterminer comment la mort arrive dans les fièvres intermittentes, nous verrons, ou que les malades sont emportés par des accès pernicieux , ou que les accès ss prolongeant beaucoup au-delà du terme ordinaire et s'entrecroisant , les congestions viscérales périodiques liées aux accès se fixent dans les tissus ; d'où inflammation des organes sur lesquels elles s'opèrent; d'où gastrite, encéphalite, pneumo-
nie , d où des fièvres typhoïdes. Voilà pour l'état aigu. Lorsque la mort n'arrive pas de la sorte, et que des récidives se succèdent coup sur coup \ lorsque surtout on les laisse marcher, et que Ton attaque mollement les irritations, il survient des affections chroniques du tube digestif, des engorgemens des viscères abdominaux , des diarrhées incoercibles , des bronchites chroniques 3 des hydropisies , etc. J'aurais voulu pouvoir déterminer, d'après de nombreux documens, les proportions exactes dans lesquelles les fièvres intermittentes deviennent mortelles par l'une ou l'autre des manières que nous venons d'indiquer; mais je n'ai trouvé nulle part les matériaux propres à faire un semblable travail. M. Bailly s'est cependant procuré sur ce point quelques renseignemens, qui, bien que 'très incomplets, ne laissent pas que de jeter quelque jour sur cette question, a En 1812, » par exemple , dit-il , le nombre des malades admis à » l'hôpital du Saint-Esprit a été de g3i6, et celui des ■» morts a été de 11 35, ce qui fait plus d'un huitième » pour la mortalité \ mais si nous consultons le détail » des maladies auxquelles ont succombé ces 11 35 maj) lades, nous avons les résultats suivans :
Fièvres intermittentes pernicieuses
— putrides nerveuses
— gastriques
— malignes
JFïydropisies
Ascites
Coliques
Gangrènes
DES FIÈVRES INTEKMiTTfcKTLS. 281
)) Je donne cette liste telle quelle a été imprimée par > l'administration de l'hôpital de Rome. On y voit dé- » signées sous des noms de maladies différentes des af- » féctions qui, telles que les fièvres putrides nerveuses, » malignes, et ensuite les hydropisies , lesascites, les » coliques , etc., , sont évidemment des formes diffé- » rentes d'affections inflammatoires des intestins ; en- )> fin, après rénumération de quelques autres maladies » en petit nombre , telles qu'épilepsie , anthrax , ma» )> rasme sénile, etc., cette liste se termine par un bloc » général de maladies non caractérisées et désignées » sous le nom à* incertaines 1 elles sont au nombre de )> 58s. On peut facilement conjecturer combien d'affec- » tions abdominales latentes sont enveloppées dans cette » série des incertaines. On peut donc, sans se tromper, » conclure que la plus grande partie des malades qui )) meurent à cet hôpital succombent à des inflammations » de l'abdomen , soit coexistant avec des fièvres perni- » cieuses, ou au moins avec des fièvres aiguës, soit à » l'état chronique (1). »
Voici l'indication des affections auxquelles ont succombé les i35 hommes qui sont morts , à Bone , dans mon service, sur les 3,765 malades que j'y ai reçus dans l'espace de quatorze mois: i° les fièvres quotidiennes , au nombre de 1682, ont donné 4o morts, savoir: 8 accès délirans, 8 comateux, 3 algides , 1 ictérique, 5 dans un état typhoïde, 1 3 de colite chronique, 1 de colite ai-
(1) Ouvr. cit., p. 554.
guë, les accès étant enrayés , i dans un état anémique 5 20 les fièvres tierces, au nombre de^So, ont eu 12 morts : 3 d'accès délirans,2 d'accès comateux, 1 d'accès algides, 3 de colite chronique , 1 de bronchite chronique , • 1 de pneumonie chronique, 1 dans le marasme : 3° les fièvres quartes n'ont pas donné de morts; faune double tierce a. eu une issue funeste; îe malade, sauvé d'un accès comateux, a été entraîné six semaines après par de vastes escharres au sacrum; 5° les fièvres rémittentes, au nombre de 79, ont .fourni 2 morts, l'un d'un paroxysme comateux, l'autre d'un paroxysme délirant -, 6° les affections continues, au nombre de i332, ont donné 80 morts, savoir : 5 paroxysmes délirans, 7 comateux, ioalgides, 1 ictérique, 3i colites chroniques, 3 colites hémorrhagiques aiguës, 6 colites foîliculeuses aiguës dont une postérieure à l'entrée, 1 gastro-colite aiguë, 3 fièvres typhoïdes, 1 encéphalite, 1 irritation encéphalique suivie de paralysie, î apoplexie, 1 bronchite aiguë, 2 bronchites chroniques, 3 pneumonies chroniques , 1 cardite aiguë , 2 affections chroniques du cœur, 1 marasme.
En somme donc, la mort est arrivée 5i fois dans des accès ou des paroxysmes pernicieux \ 8 fois dans un état typhoïde ; i5 fois par des maladies qui ont suivi la marche habituelle aux mêmes affections dans des pays non marécageux ; 61 fois par des affections chroniques dont 47 colites.
Il existe, au premier abord, une différence immense entre les fièvres intermittentes et les affections continues, sous îe rapport de la léthalité. Mais cette différence n'est qu'apparente. Elle disparait entièrement en
réfléchissant aux circonstances qui rétablissent , et qui deviennent une source d'erreur. En effet, je compte , parmi les morts fournies par les affections continues, toutes les maladies chroniques qui ont eu une issue funeste; mais il est évident que beaucoup d'entre elles étaient consécutives à des récidives de fièvres intermittentes , et qu'à juste titre , ces dernières en réclament une bonne partie. Cela admis , la mortalité, dans les affections aiguës, auxquelles je donne le nom de pseudocontinues, (les gastro-céphalites , les encéphalites, les colites, etc.,) se présente alors dans les mêmes proportions que pour les fièvres intermittentes proprement dites , et ce qui achève de compléter l'identité , la mort y arrive de la même manière : car, ainsi que souvent nous l'avons vu , les accidens , dans lès unes et dans les autres , éclatent avec la même rapidité , marchent avec la même étrange té, et revêtent les mêmes formes.
Il nous reste à rapprocher de ces données le résumé de celles que nous ont fournies nos recherches cadavériques. Parmi les observations que j'ai recueillies moimême et que j'ai rapportées , il en est vingt-huit dans lesquelles j'ai relaté ce que nous a appris l'ouverture des cadavres. Dans tous les cas, les organes digestifs ont été examinés^ dans un seul cas la tête n'a pas été ouverte ; dans uncasauswla poitrine ne l'a pas été; 21 fois l'état de la moelle épinière a été constaté. Les différens appareils ont présenté les désordres suivans :
Appareil digestif. Vingt-sept fois la membrane muqueuse de Y estomac a offert quelque chose à noter; une fois seulement elle a paru dans l'état normal. Les allé-
valions qu'elle a présentées étaient, savoir : ramollissement gris ardoisé , sans injection vermeille 9 cinq fois, (une fois dans les lièvres comateuses , une fois dans les délirantes , trois fois dans les algides) : ramollissement gris ardoisé, avec injection pointillée vermeille , dans un cas de fièvre quotidienne devenue typhoïde -, ramollissement gris sale avec injection vermeille , onze fois, (cinq fois dans les fièvres délirantes, trois fois dans les comateuses, une fois dans les algides , deux fois dans des cas où la mort est arrivée pendant la période de concentration) : ramollissement gris sale, sans injection vermeille , dans un cas où la mort n'est survenue qu'après vingt-trois jours d'apyrexie : ramollissement roussâtre quatre fois , (sans injection vermeille une fois dans les comateuses et une fois dans un cas devenu mortel pendant la période de froid; avec injection dans une fièvre algide, et, dans une autre fièvre algide, avec rougeur pointillée et striée ) : ramollissement rougebrun, deux fois, (dans un cas de mort survenue pendant la période de concentration , et dans une fièvre délirante) : ramollissement noirâtre , sans injection, une fois , (dans un cas de fièvre algide) : dans le cas où la mort est arrivée par la rupture de la rate , la muqueuse de l'estomac n'a présenté qu'une très légère injection récente, avec teinte grSe ; enfin, dans un cas de fièvre typhoïde, elle a offert celte coloration rouge, avec ramollissement, propre aux gastro- entérites aiguës.
Les intestins grêles ont offert les altérations suivantes : Quinze fois un ramollissement avec teinte, ou grise, ou
DES FIÈVRES mTERMITTEJNT.ES. 285
brune 9 ou ardoisée , avec ou sans injection récente ; une fois le ramollissement rouge des entérites aiguës ; douze fois des vestiges de plaques gaufrées dont trois fois sous l'aspect d'une barbe fraîchement rasée : onze fois le développement anormal des follicules isolés ; deux fois des plaques circulaires blanchâtres , déprimées ; une fois seulement des ulcérations ; deux fois des invaginations sans rougeur ; quatre fois il n'y avait pas de lésions ; une fois l'état de cette portion du tube digestif n'a pas été indiqué,
Le gros intestin a , moins constamment que l'estomac et l'intestin grêle, présenté des désordres anatomiques : dans onze cas, il n'a rien offert à noter ; dans trois cas, son état n'a pas été mentionné : ses altérations de texture et de couleur étaient les mêmes que celles de l'intestin grèîe , excepté les plaques gaufrées qui ne peuvent jamais s'y former.
L'état du joie n'a pas été indiqué dans cinq cas : cinq fois aussi, il n'a rien offert 5 neuf ibis, il était congestionné ; trois fois , il se déchirait avec facilité ; une fois, il était cassant -, trois fois , il était jaunâtre , décoloré et peu consistant; une fois, il était d'un jaune verdâtre; une fois enfin, il avait l'aspect d'une pâte de chocolat à l'eau.
Dans cinq cas, l'état de la raie n'a pas été désigné; dans un cas seulement, elle a paru dans l'état normal; vingtet-une fois elle était plus volumineuse que de coutume, dont une fois sans changement de couleur ni de texture; treize fois, elle était couleur lie de vin ; sept fois, couleur chocolat à l'eau; dans un cas, elle était rompue et réduite en bouillie lie de vin ; dans un des cas enfin où elle res-
semblait à une pâte de chocolat à l'eau ,«sa membrane fibreuse se détachait avec la plus grande facilité, et résonnait comme une feuille de parchemin.
Poitrine. Dans un cas , la poitrine n'a pas été ouverte; dans un cas aussi , elle n'a rien offert à mentionner ; treize fois , les plèvres ont présenté d'anciennes adhérences , mais les poumons étaient sains ; dans un cas, il y avait hépatisation du sommet du poumon droit, et , dans un autre , quelques cuillerées de sérosité roussâtre dans la plèvre gauche.
Le cœur, dans six cas, était flasque et décoloré ; une fois , flasque avec coloration jaunâtre ; une fois , flasque avec dilatation de ventricule gauche ; quatre fois , il y avait hypertrophie des parois du même ventricule.
Système nerveux. i° Membranes du cerveau. Cinq fois, V arachnoïde était généralement opaque, (une fois, cette opacité générale coïncidait avecle développement des glandes dePacchioni ; une fois avec la même altération, des adhérences à la dure -mère et une infiltration géîatiniforme sous-arachnoïdienne) ; trois fois, (dans deux délirantes et une algide), l'opacité était bornée à l'intervalle de quelques circonvolutions ; dans un cas de fièvre ictérique algide, l'arachnoïde avait une teinte jaunâtre ; dans un cas de fièvre quotidienne passée à l'état typhoïde , il y avait , dans la cavité de l'arachnoïde , collection de sérosité purulente. Dans onze cas, la piemère était plus ou moins vivement injectée, l'arachnoïde ne l'étant pas ; dans six autres cas , ces membranes étaient simultanément le siège d'une injection ver-
DES FIEVPiES INTERMITTENTES. 287
meille -, dans la plupart des cas , les vaisseaux qui rampent à la périphérie de l'encéphale étaient fortement congestionnés ; plusieurs fois l'injection des diverses enveloppes était assez fine pour former des plaques plus ou moins étendues , d'un rouge vif et éclatant.
i° Cerveau. Vingt-deux fois, le cerveau était plus ou moins fortement injecté ; généralement d'une densité et d'une fermeté qui nous ont paru beaucoup plus prononcées que dans l'état naturel. Le plus ordinairement, il offrait une coloration rouge sablée à points trèsrapprochés : dans quelques cas de fièvres comateuses et délirantes , la masse cérébrale était si fortement congestionnée que, en la comprimant après l'avoir divisée , le sang en sortait comme en nappe ; huit fois , nous avons noté une coloration foncée de la substance grise, qui, cinq fois même, était portée jusqu'à une teinte noirâtre j six fois , les plexus choroïdes étaient d'un rouge foncé 3 dix fois, les ventricules contenaient une sérosité sanguinolente. Dans une fièvre comateuse ,, le cerveau était mou ,, quoique fortement injecté 5 dans un cas de fièvre algide ictérique, il était légèrement injecté, d'une consistance ordinaire et coloré en jaune ; dans trois autres cas , il était légèrement injecté aussi , mais sans changement de couleur ni de consistance.
3° La matière nerveuse du cervelet a moins souvent que ses membranes présenté des altérations analogues à celles du cerveau et de ses enveloppes. L'observation XL VIIe présente un cas fort remarquable de développement de concrétion ossiforme au milieu d'une substance saine.
4° Membranes de la moelle épinière : i4 fois, ia piemère rachidienne était le siège d'une injection, vermeille ( 2 fois dans les comateuses , 5 fois dans les délirantes , 4 fois dans les algides , i fois dans le cas de fièvre tvphoïde où le canal vertébral a été ouvert, 2 fois enfin dans les deux cas où la mort est arrivée après une longue apyrexie) ; 5 fois l'arachnoïde et ia pie-mère étaient simultanément injectées ; dans un cas de fièvre aîgideictérique, toutes deux avaient une coloration jaunâtre ; dans un autre, leur état n'a pas été indiqué,
5° Substance médullaire. Dans 4 cas, la moelle était généralement injectée et d'une fermeté plus qu'ordinaire 5 dans un cas, elle était moins ferme que dans l'état naturel ; dans un cas , l'injection éîait très- légère 5 3 fois elle a présenté une consistance normale sans injection ; dans 2 cas , l'injection était générale , mais elle était beaucoup plus marquée aux régions cervicale et lombaire 5 dans un cas, elle était d'une teinte jaunâtre sans aucune autre altération 5 dans l\ cas , il y avait injection générale avec ramollissement rouge dorsal ( 1 fois dans les comateuses , 2 fois dans les algides , 1 fois dans les typhoïdes) : dans 3 cas, le ramollissement, dorsal aussi, était blanc ; dans un autre cas, le ramollissement blanc avait son siège dans la région cervicale -, dans un dernier casenfinj l'injection de la substance grise, généralement plus forte que celle de la substance blanche , était très prononcée au renflement cervical , et portée jusqu'au ramollissement rouge dans la portion dorsale; ce qui fait que nous avons compté 5 ramollissemens rouges et [\ blancs.
Bans toutes ces observations, la mort est arrivée dans la période aiguë des fièvres intermittentes. Deux cas seulement servent , pour ainsi dire , de transition entre les altérations qui appartiennent à cette période d'acuité et celles qui tiennent à la période de chronicité. Dans ces deux observations, nos i4 et 5o , la mort n'est pas arrivée , comme dans les autres , pendant.la durée d'un accès ou d'un paroxysme pernicieux-, mais par les lésions que l'investigation cadavérique y a rencontrées, ces deux faits se lient tellement aux autres, que j'ai cru devoir les placer ici ; ils me paraissent des plus propres à faire apprécier la valeur et la nature des injections et des ramollissemensque nous avons eu occasion de signaler à peu près constamment dans les cadavres.
Cependant , bien que je n'expose, comme je viens de le dire, que l'anatomie pathologique de la période aiguë des fièvres intermittentes, il est facile de voir que, sauf quelques cas , nous avons toujours rencontré des altérations chroniques } soit dans le tube digestif, soit dans les membranes du cerveau , sans parler de quelques cas où nous avons noté une hypertrophie du cœur; mais il est évident que , tout en accordant à ces lésions une grande part dans la léthalité des fièvres intermittentes, ce n'est pas là qu'il faut placer le point de départ des accès.
Lorsque, dans une série d'observations particulières,
qui présentent toutes des phénomènes identiques ,
comme ici ceux de froid, de chaleur et de sueur, on
veut déterminer, par l'anatomie pathologique, la source
de ces phénomènes , on recherche naturellement quels
sont les organes qui présentent le plus souvent , sinon toujours, des altérations dont le degré et le genre concordent avec l'apparition, la durée et la forme des symptômes morbides observés pendant la vie. Or, si nous faisons à nos observations l'application de cette règle générale, que trouvons-nous ? Dans tous les cas , la maladie ne datait que de quelques jours 5 dans tous les cas , par conséquent , pour nous rendre compte des symptômes , il nous faut des altérations récentes 5 et comme toujours, indépendamment des phénomènes accidentels, variables , il y a eu un groupe de symptômes identiques, invariables, il nous faut aussi, indépendamment des altérations anatomiques accidentelles , des lésions invariables, ou au moins analogues , dans tous les cas.
Quels sont donc les organes qui , dans tous les cas à peu près, nous ont offert des lésions récentes? Est-ce l'appareil digestif? Non, car je ne compte que 16 fois dans l'estomac une rougeur vermeille , soit pointiliée^ soit striée. Dans tous les cas à peu près sa membrane muqueuse était ramollie 5 mais ce ramollissement coïncidait avec une teinte d'un gris foncé , avec une coloration ardoisée, brune, noire. Ces colorations attestaient évidemment un travail ancien; et je ne sais qui pourrait voir une corrélation entre ce ramollissement chronique et les symptômes aigus , fondamentaux, de la fièvre intermittente. Ces remarques s'appliquent directement aux intestins qui, bien moins souvent encore que l'estomac, ont offert une de ces rougeurs qui révèlent une irritation récente. Le foie et la rate nous ont présenté des altérations qui attestaient que , pendant la durée des
accès, ils avaient été violemment congestionnés ; mais il faut avouer que les symptômes que peuvent fournir ces* viscères n'ont aucune analogie avec ceux dont nous cherchons le point de départ.
L'examen des organes de la poitrine ne nous aide en rien à résoudre le problème : nous ne trouvons, dans les poumons, que des altérations anciennes, et se Bornant presque toujours à de vieilles et légères adhérences. Il est peu ordinaire de rapporter un aussi grand nombre d'ouvertures de cadavres sans avoir à indiquer des traces de pneumonie chronique : pour s'expliquer ce fait, il suffit de remarquer d'abord que les pneumonies aiguës sont très rares en Afrique, puis que, dans les bataillons de guerre, on ne laisse que les hommes valides, et que, par conséquent, les catarrheux et les phthisiques restent à peu près tous au dépôt. Le cœur a présenté six fois une décoloration et une flaccidité vraiment remarquables : si c'est là un point d'anatomie pathologique à étudier, il ne fournit, du reste , aucune donnée pour la question qui nous occupe.
Mais si les lésions des organes thoraciques et abdominaux ne sont pas constantes, si, de plus, elles' ne correspondent qu'à quelques faits toujours secondaires , toujours -accidentels, dans le développement des phénomènes qui constituent la fièvre intermittente, évidemment elles ne sont pas ce que nous cherchons. Poursuivons donc notre examen , et voyons si le système cérébro-spinal donnera 'la solution du problème. Il n'est pas un seul cas où nous n'ayons noté une injection plus ou moins vive, toujours vermeille, soit de la substance, soi£
des membranes des grands centres nerveux : le plus souvent l'injection avait à la fois son siège et dans les enveloppes et dans la matière nerveuse elle-même. Je n'examine pas si ces lésions sont bien en harmonie avec les symptômes; cette question trouvera sa place dans le chapitre suivant. Ici nous n'avons qu'à déterminer si elles sont re'centes , et si , dès lors , on peut voir entre elles et les phénomènes de la fièvre intermittente une corrélation exacte. La couleur, toujours vermeille , de l'injection des membranes; la turgescence de l'encéphale coïncidant avec sa congestion et sa fermeté : tels sont les signes qui me semblent indiquer incontestablement que ces désordres étaient liés à une affection récente. Comparez ce que nous avons trouvé avec les documens fournis par MM. Lallemand, Bouillaud, Ollivier d'Angers, Parent-Duchateîet , etc., et vous verrez que ces savans observateurs donnent les lésions que nous offraient nos cadavres comme les altérations propres , spéciales au premier degré de l'irritation de l'encéphale et de la moelle épinière , comme en marquant le début. On est donc obligé , ou de prouver que ces excellens anatomopathologistes ont erré , ou d'admettre avec nous que , sauf les cas d'arachnoïdite chronique que nous avons fait ressortir, toutes les altérations anatomiques , que nous avons rencontrées dans l'axe cérébro-spinal , étaient la preuve écrite d'un travail récent.
Aussi . voyez comme , sous l'impulsion d'une cause plus énergique , ou dont l'action se prolonge quelques heures de plus, ces altérations anatomiques suivent, dans leur développement, la marche que les mêmes
observateurs ont assignée à l'irritation des centres nerveux. La congestion, portée au summum, infiltre de sang la pulpe nerveuse , et produit le ramollissement rouge \ car on ne peut refuser cette origine aux cas de ramollissement rouge quenousavons rapportés. Je pense que le ramollissement blanc , déliquescent, trouvé chez le sujet de l'observation n° i4, qui a été entraîné par des accidens consécutifs , plusieurs semaines après un accès pernicieux , est du genre de ceux que Ton décrit sous le nom de ramollissement blanc ou crémeux. Mais je ne pense pas qu'il en soit de même des autres ramollissemens blancs, que nous avons signalés. Ceux-ci me paraissent tout-à-fait aigus , opérés en quelques jours, peut-être même en quelques heures , dans la matière nerveuse seule, sans le concours du fluide sanguin. Il est sans doute difficile , avec les idées actuelles , de s'expliquer ce fait ; mais il est constant. Dans ces divers cas , bien certainement , il n'y avait ni pus , ni sang , en combinaison avec la matière nerveuse ramollie. J'ai pensé d'abord que les ramollissemens blancs de cette sorte étaient produits par nos instrumens; je me suis dès lors entouré de toutes les précautions possibles , et j'ai continué à les observer dans les mêmes proportions ; je suis donc autorisé à croire que je n'ai pas été induit en erreur.
Si M. Bailly avait dirigé ses recherches du côté de la moelle épinière, il est infiniment probable que, de même que pour l'encéphale, mes observations n'eussent fait que confirmer les siennes. En établissant, sous ce point de vue anatomique , un parallèle entre les faits.
qu'il cite et ceux que je rapporte, nous trouverons qu'il a constamment signalé une injection plus ou moins vive du cerveau et spécialement de ses membranes, Sur trente-trois observations qu'il a recueillies à Piome, une seule fois la tète n'a pas été ouverte (i). Dans les fièvres comateuses et délirantes, les injections dont nous parlons étaient une chose prévue et inévitable ; mais dans sept cas, (dont quatre fièvres algides, une gastro-entérique, une épigastralgique et une gastrique), où la mort est arrivée sans phénomènes cérébraux, sans coma, sans délire, sans céphalalgie, il y avait également une injection vermeille, récente, de l'encéphale; et même, l'analogie des désordres anatomiques , dans ces cas si difîerens par les symptômes, était telle, que M. Bailiy désigne ces désordres , dans deux de ces observations , ( 3c/ et 4 1 e) ? sous les noms â'arachnitis , gastrorentérite , splénite , absolument comme ceux des observations neet 21% qui étaient, la IIe une fièvre comateuse-hépatique-convulsive, et la 21e une délirante. Cette constance de lésions cérébrales, quelle qu'ait été d'ailleurs, pendant la vie , la forme de la maladie , ne vient-elle pas ajouter un nouveau poids à tout ce que nous avons dit dans les paragraphes précédens ?
Comme nous, M. Bailiy a aussi trouvé , dans quelques cas , des altérations chroniques de l'arachnoïde ; il a indiqué également que l'injection n'était pas toujours uniformément répandue- que, diverses fois, elie pré-
(1) Ouvr. cit., p. i55 à a53.
dominait dans la substance grise au point de lui donner une teinte noirâtre. Plus on compare les observations de M. Bailly aux nôtres , plus on trouve que les unes et les autres s'accordent dans la détermination des altérations anatomiques que l'on observe dans l'encéphale à la suite des fièvres intermittentes. Congestion des vaisseaux de la périphérie, sérosité dans l'arachnoïde et dans les ventricules, opacité, injections des membranes par ramifications capillaires et par plaques , congestion profonde de la substance cérébrale ; voilà ce que nous avons rencontré tous deux 3 souvent même l'analogie n'est pas moins grande dans les expressions que dans les faits. Aussi cette identité me fait croire que si M. Bailly avait ouvert la colonne vertébrale , il aurait ajouté à ses observations ce qui me parait leur manquer.
Il est un point sur lequel M. Bailly et moi , nous semblons différer beaucoup; je veux parler de l'anatomie pathologique de la membrane muqueuse digestive. Voyons si cette différence existe réellement 5 et si nous sommes d'opinion divergente, tâchons de déterminer de quel côté est le vrai. A peu près constamment j'ai eu à signaler, dans l'estomac , des altérations qui étaient pour moi les traces d'une affection ancienne : ces altérations s'accompagnaient ou non d'une injection vermeille , que l'on peut , seule , rapporter aux phénomènes aigus de la fièvre intermittente. M. Bailly, au lieu de décrire les altérations de couleur et de texture qu'il rencontrait , se contente de dire , dans plusieurs cas, que ï estomac était enflammé ? sans indiquer quel
était le genre de lésion qui dénotait cette inflammation, sans ajouter si cette inflammation était aiguë t>u chronique. Voilà peut-être d'où vient, en grande partie , la différence qui, au premier abord, paraît, de ce côté, trancher nos observations. Voici, au surplus, le résumé des altérations que M. Bailly a trouvées dans l'estomac. i° Dans six cas, la membrane muqueuse était noire , ou ardoisée, ou lie de vin, (observ. 4> 5., i4> 20, 25, 28) ; 20 fortement enflammée , d'un rouge foncé ou brun , dans sa totalité, ou dans une grande partie de son étendue, seize fois, (observ. 1, 6, i3, i5, 17, 18, 19., 21, 24, 27, 29, 3o, 3i, 39,4^5 41) ? 3° peu enflammée, quatre fois , (observ. 10, 12, 16, 44) î 4° présentant quelques points rosés dans l'observation troisième ; 5° une fois tous les follicules étaient malades (observ- 22) ; 6° une fois (observ. 38) , la muqueuse était pâle et parsemée d'une multitude de petits enfoncemens renfermant une petite tache de sang qui s'enlevait facilement ; 70 dans trois cas, (observ. ï 1, VJ, 26) l'état de l'estomac n'a pas été indiqué 5 mais comme , dans ces observations, il est fait mention des intestins, il est probable que ce n'est pas une omission , et qu'il n'y avait rien à noter -, 8» une fois (observ. 7), l'estomac était sain : 90 enfin , indépendament de ces lésions de couleur et de texture ," M. Bailly a noté dans huit cas (observ. 4? Vh lS' *9> 20' 24> 29? 3l)> une éruption tuberculeuse dont je ne puis me faire une idée, si c'est autre chose que la tuméfaction des follicules, analogue à celle que l'on trouve si souvent dans les intestins. Si nous cherchons à apprécier la valeur de ces dé soi-
DES FIÈVBES INTERMITTENTES. 29T
dres anatomiques 5 et qae nous les comparions à nos propres observations , nous rangerons îes six premiers cas parmi ceux que nous ayons regardés comme l'expression d'un travail morbide ancien : dans onze autres cas, la membrane muqueuse de l'estomac ou était saine , ou présentait à peine quelques traces de cette rougeur pointillée qui est l'altération que nous avons le plus souvent rencontrée. La différence entre les observations de M. Bailly et les miennes roule donc exclusivement sur celles de la seconde série , sur celles qui ont présenté une coloration plus ou moins générale , et variant depuis le rouge vif jusqu'au rouge tirant sur le noir. Ces observations sont au nombre de seize , mais le plus simple examen suffit pour démontrer que \ dans ce nombre , il en est plusieurs dont la coloration était incontestablement le produit d'une simple congestion liée aux accès : c'est ainsi que, dans la treizième observation, « tout le tube intestinal, sans aucune exception, )) présenta, à l'ouverture du ventre, un aspect rouge dû )> à l'injection générale de tous les vaisseaux jusque » dans leurs plus petites ramifications. Il serait difficile » d'injecter aussi parfaitement les vaisseaux soit des » intestins , soit du mésentère , comme ils l'étaient chez » ce cadavre. Le tuî)e intestinal , quoiqu'un peu trans- » parent, était pénétré de cette congestion dans toute » son épaisseur. Il y avait environ deux livres d'eau » dans le ventre : tout indiquait la première période )> d'une vive inflammation , c'est-à-dire la congestion » sanguine j et dans F observation 2jme , l'estomac » présenta des plaques enflammées très-larges , surtout
» vers le pyiore ; outre celles-ci , étaient d'autres plaw ques de la largeur d'une pièce de dix sous, d'un » rouge vif, mais d'un aspect particulier \ on aurait pu )) les comparer à des taches de rouille ou à un; lichen ; » et quand on les examinait avec la loupe , on voyait w qu'elles étaient formées par l'injection des plus petits » vaisseaux^ invisibles à l'œil nu. »M. Bailly aurait pu ajouter qu'en plongeant dans l'eau ces tissus ainsi colorés, ils ne tardent pas à reprendre leur aspect naturel; j'ai fait maintes fois cette expérience, et toujours elle m'a donné le même résultat,
Il est évident 7 dès-lors , qu'on aurait tort de regarder cette rougeur comme la trace anatomique d'une inflammation aiguë 5 sans doute c'est l'indice d'une irritation naissante , mais il y a loin de là encore aux traces fixes d'une inflammation. « Personne , dit M. Nepple(i), ne peut donner le nom d'inflammation à l'appel simple du sang dans les vaisseaux par l'irritation ; M. Broussais en est convenu. Il faut donc, pour constituer une véritable phlegmasie , que non seulement il y ait congestion, mais encore que Imitation qui lui a donné naissance soit fixe, locale et permanente , qu'elle imprime au tissu malade un mouvement ou action spéciale qui retient dans la trame dp ce tissu les fluides sanguins, y développe une espèce de nutrition morbide, en fasse un nouvel organe dont l'état normal ne peut reparaître subitement , mais seulement après avoir passé
(t) Ouvr. cit., p. 226,
DES FJÈVRES INTERMITTENTES. 299
par une série de phénomènes ordinairement réguliers, et circonscrits dans un espace de temps assez constant. Il faut que son développement se fasse successivement , ou que , s'il se déclare brusquement , il ne disparaisse
pas de même une fois qu1 il est formé Mais l'irritation
périodique ou congestive se comporte bien différemment-, elle se manifeste par une irruption soudaine , avec douleur intolérable , lorsqu'elle s'empare d'une partie sous la dépendance du cerveau, avec congestion plus ou moins considérable , suivant la richesse des organes ou vaisseaux capillaires sanguins; et, lorsqu'elle est arrivée à un degré très-éîevé , elle décline sans autre phénomène que sa déclinaison. Si la partie qui en est le siège est disposée à conserver une partie delà congestion, et à se l'approprier, pour ainsi dire, alors l'état inflammatoire lui succède 5 mais , dans le plus grand nombre des cas, on croirait que les organes sont dans une disposition antiphlegmasiqae, pour reprendre leur état normal après l'action répétée d'une irritation congestive des plus violentes, comme dans les fièvres intermittentes fortes. » Aussi ces congestions delà membrane muqueuse gastro-intestinale, qui, pendant les accès, se révèlent par des symptômes si aigus, si tranchés, qu'elles simulent souvent une gastro-entérite des plus violentes, sont facilement et promptement maîtrisées par les déplétions sanguines 5 et il est très-peu rare que, dans l'intervalle des accès, elles se dissipent au point que les organes qui en étaient le siège ne manifestent aucune souffrance. Aussi , dans nos autopsies , rarement nous avons trouvé ces congestions aussi fortes et prononcées , aussi gêné-
ralement et intimement répandues que dans les cas rapportés par M. Bailly, parce que nous les avions attaquées hardiment, pendant la vie, par d'abondantes saignées générales et locales , tandis que , dans les hôpitaux de Rome , on était timide sur l'emploi des premières, et très-avare des secondes. Aussi, en les combattant activement , nous les empêchions de se fixer, de passer à l'altération anatomique de l'inflammation . et nous prévenions , de la sorte , l'apparition des fièvres continues et des affections typhoïdes. Aussi enfin , comme nous le verrons ailleurs,, nous pouvions recourir avec succès au sulfate de quinine dans une foule de circonstances où il eût été impossible de le faire , en rangeant parmi les inflammations les rougeurs dont il s'agit. Ainsi donc , de toutes les observations rapportées par M. Bailly, ilenestpeuquine viennent se fondre avec les nôtres ; et la différence, qui paraissait si grande d'abord, semble maintenant rouler sur les mots, bien plus que sur les choses. Et encore les faits exceptionnels ne sont-ils pas eux-mêmes susceptibles de discussion et d'interprétation ? Je ne sais , en effet , jusqu'à quel point on peut rattacher aux altérations aiguës ces rougeurs foncées qui occupaient tantôt une grande partie, tantôt la totalité de la surface intérieure de l'estomac : dans quelques cas, il est vrai , l'inflammation est assez intense pour faire passer rapidement la coloration rouge à une teinte brune ; mais alors les symptômes de la plus violente gastro-entérite révèlent l'activité du, travail désorganisateur, et ce n'est pas ce qui est arrivé ici ; car, sans parler de l'absence des autres signes , la langue , d'après
ce que raconte M. Bailly, conservait son aspect naturel (i); mais encore , dans les affections aiguës de l'estomac, la rougeur n'est pas uniformément répandue ; elle existe par stries, par plaques, séparées, les unes des autres, par des portions de membrane restées saines souvent dans une grande étendue. Les colorations générales et uniformes de la muqueuse sont , au contraire , lé propre des affections chroniques ; et l'on sait aussi combien il arrive fréquemment que ces affections chroniques ne donnent lieu à aucune lésion fonctionnelle pendant des années entières. En accordant à ces larges colorations foncées , brunes , une origine ancienne , on s'explique facilement pourquoi , dans les cas dont parle M. Bailly, la langue avait son aspect naturel : il en était ainsi, parce que les accès n'avaient aucun retentissement dans les organes gastriques , et , à l'ouverture des cadavres, on devait trouver ces colorations uniformes, sans rougeur récente, sans injection vermeille. Lorsque, au contraire , les accès influencent les viscères de la digestion , on observe , pendant la vie , des symptômes plus ou moins prononcés d'irritation gastro-intestinale , et , après la mort, pour rendre compte de ces symptômes aigus , une rougeur vermeille poindliée, semée souvent sur un fond chroniquement malade , ainsi que l'atteste une coloration plus ou moins foncée avec ramollissement. Si la mort n'arrive pas par des acciden s pernicieux, et que les accès soient enrayés , les congestions qui les
(1) Ouvr. cit., p. 494 et 495 ,
o02 TU A II É
accompagnaient se dissipent bientôt j elles se résolvent anatomiquement en même temps qu'elles cessent symptomatologiquement ; les organes reviennent promptement à l'état où ils étaient avant l'invasion de la fièvre intermittente , et le silence dans lequel ils rentrent n'est ni plus extraordinaire , ni plus inconcevable , que celui qu'ils avaient gardé jusque-là. Si , au lieu d'être arrêtés dans leur marche , les accès se prolongent indéfiniment, ils chevauchent et s'entrecroisent; en d'autres termes , l'affection passe au type rémittent ou pseudocontinu, puis enfin, comme à un dernier degré, à l'état typhoïde, et alors on trouve dans les cadavres , si la maladie a duré assez long-temps , les traces anatomiques de la gastro-entérite aiguë , ainsi que nous les avons rencontrées chez le sujet de notre 49e observation. Mais notez bien que, dans ce cas , l'altération anatomique s'était révélée par les symptômes qui lui sont propres , et qu'elle avait entretenu , pendant la vie , une réaction circulatoire dont la durée et la violence avaient masqué l'intermittence d'abord , puis , plus tard, la rémittence. C'est dans des circonstances analogues seulement que l'autopsie découvrira dans la membrane muqueuse gastro-intestinale les lésions spéciales à l'inflammation aiguë. /
De ce que nous disons en dernier lieu, on aurait tort de conclure néanmoins que toutes les fièvres pseudocontinues avec gastro-entérite } devenues mortelles , doivent présenter, à l'ouverture des cadavres , les traces anatomiques de l'inflammation aiguë de la membrane muqueuse de l'estomac. Les faits que nous avons
rapportés donneraient un démenti formel à une telle proposition , car , le plus souvent , its ne nous ont offert , pour altérations aiguës , que des rougeurs pointillées. Il devait en être ainsi dans ces cas, parce que la mort y était arrivée par des paroxysmes pernicieux : il était naturel alors de n'y rencontrer que les désordres anatomiques observés dans les fièvres intermittentes qui suivent la même marche. En effet, on conçoit que l'injection pointillée de la membrane muqueuse gastro-intestinale suffit pour entretenir la réaction circulatoire au-delà du terme ordinaire des accès ; on conçoit encore qu'un nouvel accès peut survenir avant la résolution complète de cette congestion, liée au précédent , et qui en reçoit une nouvelle impulsion. Si ce deuxième accès s'accompagne d'une violente congestion cérébrale, et qu'il tue le malade, on ne trouvera , à l'autopsie , dans l'estomac , qu'un pointillé vermeil , récent , parce que l'irritation est à peine fixée. Mais qu'au lieu de se terminer brusquement par la mort, la fièvre pseudo-continue passe à l'état typhoïde, les désordres anatomiques ne seront plus les mêmes 5 et , suivant que la maladie aura duré plus ou moins long-temps , on trouvera que ce pointillé sera devenu une rougeur par stries , par bandes , par plaques; mais aussi, pendant la vie, les symptômes, j£ le répète, auront fait connaître l'extension et la fixation de l'altération anatomique. Il ne faut pas oublier toutefois que ces lésions seront rarement aussi prononcées que dans les gastro-céphalites ordinaires passées à l'état typhoïde , parce que , généralement , les affections dont
nous parlons, ont, ainsi que déjà nous l'avons établi, une marche beaucoup plus rapide.
Voilà ma pensée pleine et -entière sur les altérations que présente la membrane muqueuse gastro-intestinale dans les fièvres intermittentes. Si je ne m'abuse, il est facile , en admettant cette manière de voir , de s'expliquer les diverses phases que parcourent et ces altérations et les symptômes qui les expriment; on concevra aussi pourquoi , malgré l'absence des signes de gastroentérite pendant les accès , on trouve souvent une coloration ardoisée, brune, noire j pourquoi encore ces signes de gastro-entérite en imposent par leur intensité 5 car si Ton songe que fréquemment ils révèlent une injection récente sur un fond malade depuis long-temps, on comprendra cette discordance entre la violence des symptômes et le peu de gravité de l'altération nouvelle. Dans une hypothèse contraire , tout devient inexplicable ; en admettant, avec M. Bailly, de vastes et vives inflammations glstro -intestinales, vous ne pouvez plus comprendre ni l'intermittence 3 ni l'absence , dans un grand nombre de cas , des signes de gastro-entérite 5 ce qui nous paraît si clair devient toul-à-fait inconcevable ; et l'on est conduit à des conséquences inadmissibles. Si ce n'est pas un vice de langage,, je m'explique d'autant moins l'opinion de M. Bailly , qu'il a consacré lui-même plusieurs pages à exposer une théorie physiologique de la durée nécessaire des inflammations (1), et que, plus d'une
(i)Ouvr.cit., p. 61 à 68.
fois , il a émis des idées fort analogues aux nôtres sur la manière dont les congestions, liées aux accès, s'élèvent, par degrés, de l'altération anatomique de l'irritation à celle de l'inflammation.
En poursuivant l'examen des auteurs qui ont écrit le plus récemment sur les fièvres intermittentes, nous trouverons peut-être des faits propres à éclaircir lés questions importantes qui nous occupent. M. Nepple (i) rapporte six observations terminées parla mort, qui lui appartiennent, et dans lesquelles il a fait l'ouverture des cadavres ; dans deux cas (observ. 16 et 17), la mort est arrivée dans le coma ; dans le premier, V estomac était généralement brunâtre, avec rougeur pointillée des intestins , le cerveau était intact ; dans le second , t estomac et les intestins n'étaient pas altérés-, le cerveau était mou, blanchâtre ; les vaisseaux exsangues. Dans deux autres cas (observ. 14 et 3^) ; où une anàsarque et des épanchemens dans les grandes séreuses s'étaient opérés avec rapidité sous l'influence des accès , la tète rie fut pas ouverte ; une fois la muqueuse gastrique était épaissie et pointillée de rouge, et le duodénum d'un rouge brun 5 une fois, V estomac était dune couleur et d'une consistance naturelles , excepté près du pylore, ou il y avait une vive rougeur avec un épais sissement mou de toutes les tuniques -, enfin , dans les deux autres observations (nos 3o et 43) , V estomac était, dans la première, rouge
(ï) Ouvrage cité.
et à rides très-prononcées sur toute sa surface , avec rougeur pointillée du duodénum ; le cerveau était moins consistant que dans l'état ordinaire , et ses vaisseaux vides de sang; dans le dernier cas , qui n'est devenu mortel qu'après de nombreuses récidives , la muqueuse de F estomac était d'un rouge superficiel; les intestins présentaient plusieurs taches noires et des ulcérations gangreneuses ; l'arachnoïde était enflammée légèrement, et les ventricules cérébraux pleins d'eau. Ainsi, sur six cas , 1 fois l'estomac était tout-à-fait dans l'état naturel °, 4 f°is ses altérations anatomiques étaient du nombre de celles que l'on donne pour appartenir à un travail qui dure depuis long-temps ; et dans la dernière observation , les désordres étaient si généralement répandus dans le tube intestinal et si évidemment chroniques, que l'on est autorisé à supposer qu'il y avait là aussi un ramollissement de la membrane muqueuse gastrique , et que c'est par omission qu'il n'a pas été indiqué.
J'ai déjà signalé ailleurs (1) la différence qui existe entre les observations de M. Nepple et les miennes, relativement aux désordres de l'encéphale ; je ne puis me rendre compte de cette dissidence $ mais ce n'est pas seulement dans les fièvres soporeuses , comme il le dit , que M. Nepple a trouvé le cerveau mou et exsangue, car le sujet de sa XXXe observation, chez lequel le cerceau
(1) Recherches snr les fièvres intermittentes du nord, de l'Aluque. Paris, i835,
était moins consistant et les vaisseaux vides de sang , avait eu du délire pendant les trois paroxysmes qui ont précédé la mort. Si ces faits ne sont pas accidentels, tenant à des conditions fortuites , ils sont en opposition, non seulement avec ce que j'ai été à même d'observer, mais encore avec ce qu'a décrit M. Bailly, dont les recherches offrent, sous ce rapport , la plus complète identité avec les miennes. Aux observations de M. Nepple on peut opposer encore avec avantage les exemples de fièvres pernicieuses que M. Bonnet a recueillis dans sa pratique particulière et qu'il a consignés dans son Traité des fièvres intermittentes ; dans trois de ces cas (observ. 32, 89 et 102), les seuls malheureusement où la tête ait été ouverte , on a trouvé les lésions suivantes : dans le premier , qui était une fièvre apoplectique , les vaisseaux qui se distribuent au cerveau et la pie-mère étaient gorgés de sang ; il s' était fait en outre un épanchement considérable de ce fluide dans T épaisseur de l'hémisphère droit j dans le second, qui était une fièvre aîgide,£0M5 les vaisseaux du cerveau et de la pie-mère étaient gorgés de sang ; l'arachnoïde présentait une injection assez prononcée, et de loin en loin on remarquait à sa surface une matière visqueuse et verdâlre j dans Le troisième enfin, qui était une fièvre délirante, « la lame arachnoïdieiine qui recouvre la partie supérieure et la face interne des hémisphères cérébraux, est intimement unie et confondue avec la pie-mère. Ces deux membranes ayant une et deux lignes d'épaisseur, ont une teinte jaunâtre, due à l'infiltration et à la concrétion dans leur propre tissu d'une couche de matière purulente, L'a-
rachnoïde de la Iface inférieure du cerveau est" épaisse et opaque. La substance cérébrale est saine , mais un peu injectée. »
Je terminerai ces citations et ces rapprochemens en rapportant deux faits que j'emprunte à M. Raymond Faure (i).