‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 61 sur 94 · OBSERVATION LI · texte numérisé non relu

OBSERVATION LI

Fièvre intermittente , pernicieuse , comateuse. MoH au second accès, après il\ heures de séjour à l'hôpital, autopsie: — Injection des membranes du cerveau et du cervelet qui étaient mous. Engorgement de la rate. Gastrite.

« Le nommé Boily ( Adolphe) , boucher de l'armée , âgé de trente ans , habitué à faire des excès de boisson, mais ayant une bonne constitution , demeurait dans sa baraque sur le chemin de Navarin. Il se présenta pour entrer à l'hôpital de Modon le 3 août : le hasard fit que ce jour la il n'y avait pas de place vacante , parce qu'on blanchissait la salle de l'hôpital qui avait été occupée jusqu'alors^ et que la nouvelle salle qui venait d'être mise à notre disposition, était déjà remplie. Mais comme cet homme se plaignait beaucoup de la tête , et que le pouls comportait la saignée , le chirurgien de garde lui tira une livre de sang.

(i) Des fièvres intermittentes et continues , p. 1 32 à 137. Paris, i835.

» Il se sentit tellement Lien après cette saignée, que, malgré la défense qu'on lui en fit , il parut disposé à aller au cabaret avec des amis. C'était l'après-midi. Il passa la nuit. chez des gendarmes français qu'il connaissait à Modon.

» Le lendemain, 4 août -, ces gendarmes l'apportèrent à l'hôpital sans connaissance et sans parole , mais sans aucun signe d'ivresse. Il avait les yeux grandement ouverts et fixes ; le pouls était fréquent et assez fort sans être très développé. A la visite du soir, je lui prescrivis de la limonade gommeuse et une saignée du bras , de douze onces au moins. Il se trouva bien la nuit* Le lendemain matin , à la visite , il avait recouvré la parole 5 mais la face était pâle et défaite -, il n'avait plus qu'un peu de mal de tête } il ne se souvenait de rien, pas même d'avoir été porté à l'hôpital -% il parlait bien 5 la langue était humide , le pouls sans développement , mais sans fréquence remarquable.

)> Un mieux aussi marqué, après un coma-vigil aussi grave , me fit penser à une fièvre intermittente pernicieuse. Je lins le malade à la diète, je lui prescrivis la limonade gommeuse pour boisson, et dix grains de sulfate de quinine en potion,, à prendre avant dix heures du matin, en trois fois. Je ne lui en donnai pas une plus forte dose , parce que cet homme devait avoir l'estomac irrité , et que je craignais de trop agir sur cet organe avec un pareil médicament. Il prit ce remède.

» A trois heures de l'après-midi (à la visite du soir), je le trouvai très mal ; la face exprimait un danger imr minent, elle était terreuse. Il éprouvait un malaise des

plus insupportables, avait de la peine à parler, à respirer, comme s'il eu te' te menacé de la suffocation par un poids placé vers l'épigastre ; il n'avait pas perdu connaissance, mais il avait de la peine à répondre j le pouls était fréquent et petit , les pieds froids ; il avait fait dans son lit. Ce que j'avais voulu prévenir était arrivé ; il était dans un accès de fièvre pernicieuse. Le soir, à neuf heures, la tète s'embarrassa davantage; il ne parla plus, et mourut vers dix heures.

m Autopsie. Les membranes du Cerveau étaient généralement injectées et rouges sur l'hémisphère droit 5 le cerveau était généralement mou et d'une couleur grise cendrée à l'extérieur , ainsi que le cervelet.

» Les poumons n'offrirent rien de remarquable, ni le cœur. L'estomac était, dans tout son intérieur, d'une couleur livide, uniforme, qui indiquait un état habituel d'excitation de cet organe par l'intempérance. La rate avait le double de son volume naturel , était engorgée et friable. Nous n'examinâmes pas le duodénum. L'intérieur des autres intestins offrit peu d'apparences de phlogose. Tous les intestins étaient, à l'extérieur, dans leur ensemble, d'une couleur grise cendrée, analogue à celle dont j'ai parlé à propos des circonvolutions cérébrales.

» Chez ce malade, il y avait une gastrite incontestable et qui paraissait dater déjà de quelque temps. Mais H est également évident que les symptômes auxquels il succomba n'étaient pas ceux d'une gastrite. Nous verrons plus loin que l'affection de la rate ne peut pas être non plus regardée comme la cause principale de sa mort»

Gelle-ci résidait évidemment dans l'affection cérébrale , de nature intermittente , qui avait été développée par l'influence de la saison , chez un sujet disposé , par son affection gastrique, à contracter une telle maladie. Chez lui , l'affection de l'estomac , produite par l'abus des exeitans,a donc pu influencer le système nerveux cérébral , et le rendre plus susceptible d'être dangereusement affecté par l'action solaire. Les signes de l'affection cérébrale ont été évidens pendant la vie , comme ses traces reconnaissants après la mort. Que cette fièvre , dans sa période de chaleur , ait ajouté à la phlegmasie de l'estomac, et que la rate , qui était probablement déjà près d'être affectée à cause de l'excitation gastrique , se soit rapidement engorgée sous l'influence de l'affection cérébrale, on sera conduit à l'admettre après les observations que nous devrons rapporter. Mais il faut convenir que la fièvre intermittente a d'abord été nerveuse, cérébrale, et la maladie principale*, que c'est elle qui a amené la mort, et que l'état de l'estomac et de la rate n'ont fait que concourir à cette issue funeste de la maladie dont leur lésion était d'abord jusqu'à un certain point la cause, mais que leur accroissement rapide a pu suivre comme effet, »

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