OBSERVATION LU
Fièvre intermittente pernicieuse cérébrale , sinon cor mateuse. Mort pendant ou après le premier accès . Autopsie : — Injection du cerveau et du cervelet qui étaient mous. Gastrite , engorgement de la rate.
« Le nommé Baismé, grenadier au 27e de ligne, entra à l'hôpital le 8 août 1829, se disant malade depuis 5 jours. Il avait une sorte d'embarras dans l'épigastre, et habituellement des envies de vomir depuis ce temps. Il n'avait point et n'avait point eu de fièvre. La langue différait peu de l'état naturel. Cet homme, âgé de 23 à 25 ans , bien constitué, paraissait peu malade. Je le mis à la diète et à l'usage de la limonade gommeuse pour l'observer,
» Le lendemain matin (9 août), il me dit qu'en revenant des lieux d'aisance , il était tombé à l'entrée de la salle , ce que les infirmiers me confirmèrent. Il avait éprouvé comme une faiblesse ou un tournoiement de tête qu'il ne savait définir.
» Le soir, il avait la face animée , les yeux brillans , avec mal de tête , chaleur, soif, fièvre évidente. Je lui prescrivis une saignée du bras, de douze onces ( à trois heures). Il parait que le soir il fut pris d'un frisson et mourut de neuf à dix heures.
» Autopsie. Une once et demie de sérosité couleur de petit-lait dans chaque ventricule latéral. Deux à trois onces à la base du crâne. Cerveau et cervelet mous, injectés. Poitrine saine.
» Estomac d'une couleur rouge livide à l'intérieur, -ce qui annonçait une ancienne excitation habituelle de cet organe. Rate au moins deux fois plus grosse que dans l'état naturel, engorgée , friable , mais non tombant en deliquium comme on le voit quelquefois. Intestins offrant à l'intérieur peu de traces dephlogose. Cependant quelques glandes -du mésentère sont légèrement engorgées.
» Chez cet homme , il n'y avait pas eu de fièvre évidente avant son entrée à l'hôpital ; mais l'affection du cerveau était réelle depuis quelques jours , comme le prouvent la sérosité trouvée dans les ventricules latéraux, l'injection et la mollesse du cerveau et du cervelet. Sous l'influence de cette lésion cérébrale et de la fièvre qui se manifesta 3 l'estomac et la rate ont pu s'affecter davantage et concourir à leur manière à hâter la mort qui a été évidemment produite par l'affection du cerveau. Ce qui prouve que le génie de cette affection était celui de la constitution régnante, c'est que ce fatal dénouement n'a pu être prévenu par une saignée qui aurait eu sans doute ce résultat, si l'affection du cerveau et celle de l'estomac eussent été franchement inflammatoires. Bien loin de là, ce qui semblait devoir conjurer tous les accidens phlogistiques, paraît avoir hâté la mort que le sulfate de quinine aurait pu éloigner, s'il ne l'avait empêchée. Dans ces circonstances, il devint facile de distinguer le genre de lésion qui attaquait la vie dans son principe, c'est-à-dire dans le système nerveux. Certes ,
n'est pas de cette manière que les maladies inflammatoires tuent ordinairement de jeunes sujets. »
Le talent avec lequel sont exposées ces observations et les réflexion s. qui les suivent, fait vivement regretter que M. Faure n'ait pas eu le loisir de se livrer plus souvent à ce genre de recherches. On aura sans doute remarqué ces altérations chroniques de l'estomac que , de notre côté, nous avons presque constamment signalées. Ces faits donc, ence point, confirment ce que nous avons dit plus haut sur la nature de ces colorations de la membrane muqueuse gastrique. Si M. Faure avait indiqué combien de temps s'est écoulé entre le moment de la mort et celui où Ton a procédé à l'ouverture des cadavres, peut-être eussions-nous trouvé la raison de lacmollesse du cerveau, qui cependant était injecté. On conçoit, en effet, la prompte et forte influence sur les désordres cadavériques , d'une température élevée comme l'est celle de la Morée , au mois d'août. Du reste , dans une de nos fièvres comateuses ( observation XXXIXe), où l'autopsie avait été faite dix-neuf heures après la mort, au mois de j uiilet , nous avons eu à noter cette même particularité , la mollesse de la substance cérébrale coiii? cidant avec une forte injection.
L'examen auquel nous venons de nous livrer embrasse à peu près tous les faits imporlans que la science possède sur le sujet qui nous occupe. Une circonstance qui a dû fortement frapper l'attention , c'est l'extrême fréquence des altérations chroniques de la membrane muqueuse digestive que l'on rencontre dans les cadavres des sujets qui succombent à des fièvres pernicieuses. J'avais cru d'abord qu'elles formaient un des élémens essentiels de h perniciositeï mais j'ai abandonné cette manière de
voir, parce que Jes faits m'en ont démontré la fausseté. Aujourd'hui,, je leur attribue une influence plus grande sur la léthalité que sur le développement des fièvres pernicieuses. Ce qui m'a conduit à cette opinion , c'est que depuis que je traitais très activement les accès pernicieux, je ne perdais plus guère que des hommes porteurs de ces lésions^ ce qui n'est pas dire que je perdais tous ceux qui étaient dans ce cas, car j'ai vubeaucoup de malades, atteints de vieilles affections du tube digestif, guérir de fièvres pernicieuses. Je pense que les altérations chroniques de la membrane muqueuse gastro-intestinale concourent ici à donner la mort en enrayant les réactions, et en s'opposant à Faction des fébrifuges.
Dans cet exposé de Fanatomie pathologique des fièvres intermittentes, je n'ai rapproché de mes observations que des faits qui ont été recueillis de nos jours. A quoi bon, en effet, citer les documens que les anciens nous ont laissés sur cette matière ? Ils ne nous apprendraient rien : ils ne renferment guère que Fanatomie pathologique des accidens consécutifs , à peine celle des complications. Rapporter ce que nos prédécesseurs ont écrit à ce sujet, ou exposer des observations semblables à celles qu'ils nous ont transmises , ce serait décrire les altérations que l'irritation chronique peut développer dans les principaux viscères, le foie , la rate, l'estomac , les intestins -, ce serait faire aussi Fanatomie morbide des membranes dans lesquelles se forment les collections séreuses dont nous avons déjà parlé ; mafs ce serait faire peu de chose pour éclairer Fhistoire des fièvres intermittentes.