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3 S..., soldat au 16° d'artillerie, entre à l'hôpital militaire de Constantine le 9 septembre 1880 pour fièvre intermittente. La fièvre cède facilement au sulfate de quinine. Le 92 septembre le malade présenteles premiers symptômes d’une fièvre typhoïde qui suit son cours régulier et qui se termine par la guérison. Il y avail au moment de l'entrée de S... à l'hôpital plusieurs typhoïdiques dans mes salles,
4° Lar.., soldat au 8e escadron du train, entre à l'hôpital militaire de Coustantine le 1* octobre 1881 pour fièvre intermittente bien constatée ; le malade prend ensuite la dysenterie. Le4 novembre la fièvre a reparu. Je crois d'abord à une rechute de fièvre intermittente, mais l'examen du sang ne révèle l'existence d'aucun élément parasilaire, La fièvre ne cède pas cette fois au sulfate de quinine, et le malade fait une fièvre typhoiïde régulière très bien caractérisée, qui se termine par la guérison.
9° Vi..., soldat au 3° escadron du train, entre à l’hôpital militaire de Constantine le 3 décembre 1881 pour cachexie palustre. A l'entrée à l'hôpital, anémie profonde, hypersplénie très marquée,le malade a eu à l'hôpital de Tébessa plusieurs atteintes de fièvre intermittente ; apyrexie le 3 décembre et les jours suivants. Le 8 décembre je constate qu'il existe de la fièvre, je crois à une rechute de fièvre intermittente, mais l'examen du sang ne révèle l'existence d'aucun élément pigmenté. La fièvre ne cède pas au sulfate de quinine, le malade fait une fièvre typhoïde régulière très bien caractérisée, qui se termine par la guérison.
6 Taieb ben si Lakdar, soldat indigène au 3° tirailleurs, RL # à l'hôpital militaire de Constantine le 3 décembre 1882 pour Sa
cachexie palustre et fièvre. La cachexie palustre es évidents nm. Eh dE
f 4 rate, dure, fibreuse, descend jusqu’à l’ombilic. L'examen du sang MA ne révèle l'existence d'aucun élément pigmenté, je prescris
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néanmoins le sulfate de quinine. La fièvre ne cède pas et lemalade fait une fièvre typhoïde très régulière et très bien caractérisée, qui se termine par la guérison.
7e T..,soldal au 3° zouaves, entre à l'hôpital de Constantine le 24 janvier 1888 pour une fièvre intermittente de récidive; je constate l'existence des microbes du paludisme dans le sang, La fièvre cède au sulfate de quinine. Le 8 février le malade est repris de fièvre et cette fois l'examen du sang est négatif, la fièvre ne cède pas au sulfate de quinine, et le malade fait une fièvre typhoïde régulière très bien caractérisée (observation LVIIT). Pendant la convalescence de la fièvre typhoïde il y a une rechute de fièvre intermittente ; l'examen du sang révèle de nouveau la
présence des microbes du paludisme et la fièvre cède au sulfate
de quinine.
8 L'observation LV est encore plus probante que les précédentes, puisque cette fois le malade, entré à l'hôpital pour cachexie palustre, a pris dans les salles une fièvre typhoïde et qu’il a succombé à une péritonite par perforation ; on verra que, dans ce cas, l’autopsie a permis de constater les lésions de la fièvre typhoïde à côté de celles du paludisme. L'événement a trop pien prouvé ici qu'un organisme affaibli par la fièvre pa-
ustre était très propre au développement de la fièvre typhoïde.
Depuis 1869, j'ai toujours eu soin de recueillir les cas intérieurs de fièvre typhoïde qui se produisaient dans les services dont j'étais chargé; j'ai réuni ainsi vingt-sept cas de fièvre typhoïde contractée à l'hôpital par des malades entrés pour d’autres affections ou par des infirmiers employés auprès des
typhoïdiques (1). Sur ces vingt-sept malades on vient de voir
(1) A. Laveran. De la contagion de la fièvre typhoïde, Archives de médecine militaire, 1884, t, III, p. 145.
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FIÈVRE TYPHOIDE 975 que huit, c'est-à-dire plus du quart, étaient entrés à l'hôpital pour fièvre intermittente, et si je ne tiens compte que des faits observés en Algérie, je trouve que huit fois sur douze les cas intérieurs se sont produits chez des paludiques.
La fréquente coïncidence de la fièvre typhoïde et des fièvres palustres chez les mêmes malades a été signalée par M. le D' Frison. : Pendant l'été de 1866, M. le D' Frison observait à à Ténès une petite épidémie de fièvre typhoïde qui coïncidait avec l'endémo-épidémie palustre annuelle. Sur trente-neuf malades qui eurent la fièvre typhoïde, huit avaient été atteints précédemment de fièvre intermittente. M. Frison conclut ainsi : « Non seulement l'intoxication marématique n’a montré aucune action préservatrice de la fièvre typhoïde, mais elle est venue aggraver la maladie et la compliquer parfois d’une manière fà cheuse. » (Contrib. à l'histoire de la fièvre typhoide en Algérie. Rec. mém. méd. militaire, 1867. Voyez aussi : Sorel, Documents sur la fièvre typhoide en Algérie. Société méd. des hôpitaux, 93 juillet 1880.)
Il est certain que la fièvre continue palustre a souvent avec la fièvre typhoïde une ressemblance symptomatique frappante ; il est certain aussi que dans des cas, très rares à la vérité, on peut observer chez un même sujet les lésions de la fièvre typhoïde à côté des lésions du paludisme. Peut-on en conclure que le paludisme a le pouvoir de faire naître la fièvre typhoïde Je ne le pense pas.
L'analogie symptomatique ne prouve rien ; on sait du reste que l'état typhoïde est commun à un grand nombre de maladies très différentes ; et d'autre part la coexistence dans quelques cas des lésions du paludisme et des NE de-a-fièvre typhoïde
s'explique très bien par la coïncidencé des deux maladies ; lors
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qu'on observe les lésions de la variole à côté de celles du paludisme, personne ne songe à soutenir que le paludisme a déterminé l'éclosion de la variole.
Pendant la durée de mon séjour en Algérie j'ai fait plus de quatre-vingts autopsies de fièvre typhoïde et plus de vingtautopsies de fièvre palusire (en tenant compte des autopsies des sujets morts dans d'autres services que le mien) ; je n'ai constaté que deux fois la coexistence des lésions de la fièvre typhoïde et des lésions du paludisme ; dans tous les autres cas il n’y avait aucun doute possible sur la nature de la maladie cause de la mort; les plaques de Peyer étaient absolument intactes quand on trouvait dans les autres organes les lésions du paludisme, et inversement, quand l'intestin grêle présentait les altérations des plaques de Peyer caractéristiques à la dothiénentérie, on ne trouvait pas les lésions de la mélanémie palustre. J'ajoute que j'ai examiné bien souvent le sang des malades atteints de fièvre typhoïde et que je n’y ai jamais conslaté la présence des éléments paracitaires du paludisme, ni des leucocytes mélanifères.
On lira plus loin (observations LV et LVT) la relation des deux faits dans lesquels j'ai observé la coexistence des lésions du paludisme et de celles de la fièvre typhoïde; dans le premier cas, il s'agit évidemment d'un cachectique palustre qui a contracté la fièvre typhoïde à l'hôpital, et c'est seulement pour le malade qui fait l'objet de l'observation LVT qu’on pourraitsoutenir qu'il y à eu transformation d'une fièvre palustre en fièvre typhoïde.
L'étiologie de la fièvre typhoïde est moins bien connue que celle du paludisme, on peut cependant admettre comme une chose très probable que la fièvre iyphoïde est produite par des microbes qui se développent dans l'intestin, déterminent l'alté-
FIÈVRE TYPHOIDE 377 ralion des plaques de Peyer, et s'introduisent dans les lymphatiques puis dans le sang. (A. Laveran et J.Teissier, Nouveaux éléments de pathologie médicale, t. 1, p. 37.) La fièvre typhoïde ne naît pas spontanément, mais les microbes capables de la produire sont très répandus, comme le sont ceux de la putréfaction, et il suffit que ces microbes trouvent un organisme bien préparé à les recevoir pour qu'ils produisent la fièvre typhoiïde.
Que le paludisme, en diminuant la force de résistance de l'organisme, joue à l'égard de la fièvre typhoïde, comme à l'égard de beaucoup d’autres maladies le rôle de cause prédisposante, je l'admets volontiers et j'ai cité plus haut des faits qui tendent à le démontrer; mais que sous l'influence de l’altération des sécrétions, une fièvre continue palustre puisse se transformer en quelques jours en fièvre typhoïde, je ne saurais le croire.
La fièvre typhoïde n’est pas une intoxication, c’est une maladie miasmatique, qui présente une période d’incubation, des prodromes et qui ne détermine les ulcérations des plaques de Peyer qu'à la fin du premier septenaire. Si une fièvre continue palustre en déterminant une altération profonde des sécrétions gastro-intestinales, pouvait provoquer l'éclosion d’une fièvre typhoïde, la continue palustre serait en tout cas guérie au MOment où éclaterait la fièvre typhoïde. Comment admettre qu'un individu qui succombe au bout de huit à dix jours de maladie à eu d’abord une fièvre continue palustre, laquelle aurait provoqué l’apparition d'une fièvre typhoïde, qui elle-même aurait eu le temps d'évoluer jusqu'à la période d'ulcération des plaques de Peyer?
Il m'est arrivé une fois de voir la fièvre intermittente se déve-
jopper pendant la convalescence d’une fièvre typhoïde bien caractérisée (observation LVITI); ie malade affirmait n'avoir jamais eu la fièvre intermittente avant son entrée à l'hôpital de Constantine pour fièvre typhoïde ; le paludisme était indéniable : le sang renfermait un grand nombre d'éléments parasitaires. Fallait-il admettre que la fièvre typhoïde s’était transformée en fièvre intermittente ? Évidemment non. [l est probable que le malade était sous le coup du paludisme quand la fièvre typhoïde s'est développée chez lui, que le paludisme est resté latent pendant l’évolution de la fièvre typhoïde et que pendant la convalescence de cette maladie, les microbes du paludisme se sont développés dans le sang d'autant plus facilement que l'organisme était plus affaibli par la maladie antérieure.
L'observation LVIIT montre que la fièvre typhoïde survenant chez un individu atteint de fièvre intermittente, peut faire disparaître temporairement les accès de fièvre, mais que pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, les malades sont très exposés à une rechute de fièvre intermittente ; il est intéressant de constater aussi que les microbes du paludisme qui se cachent, pour ainsi dire, pendant le cours de la fièvre typhoïde, reparaissent dans le sang au moment où la rechute de fièvre intermittente se produit.
En résumé : le paludisme et la fièvre typhoïde constituent deux entités morbides bien distinctes, qui relèvent de causes absolument différentes et qui ne peuvent pas se transformer l’une dans l’autre ; ces deux maladies loin de s’exclure, comme le croyait Boudin, s'appellent, au contraire, et se succèdent souvent chez un même individu, ce qui permet de comprendre qu'on rencontre quelquefois les lésions de la fièvre typhoïde à côté de celles du paludisme. |