TUBERCULOSE
PALUDISME ET VARIOLE, — J'ai observé en | 1881 à Constantine
plusieurs cas intérieurs de variole ou de varioloïde chez des malades en traitement dans mon service pour fièvre intermit-
tente ; la source de la contagion n'était pas douteuse, le service des varioleux était en effet, à cette époque, très mal isolé des salles communes. Chez piusieurs de ces malades j'avais con-
staté au moment de l'entrée à l'hôpital l'existence dans le sang des microbes du paludisme ; un nouvel examen fail pendant la
fièvre d'i invasion de la variole me montra que les éléments pa-
rasitaires avaient disparu, dans un cas seulement je trouvai encore dans le sang quelques leucocytes mélanifères.
J'ai été frappé de la gravité de la variole dans plusieurs de ces cas, et j'ai cru devoir rapporter deux faits qui sont très caractéristiques à cet égard (observations LIX et LX).
Dans le premier cas, il s’agit d'un paludique qui fut atteint d'une varioloïde discrète. Malgré la bénignité de l’éruption, il se produisit des abcès sur différents points du corps, et le malade fut atteint d’arthrites suppurées multiples notamment au niveau des articulations sterno-claviculaires, qu’il fallut ouvrir.
Le malade guérit, mais après une longue suite d'accidents qui
mirent plus d'une fois sa vie en danger.
Dans le deuxième cas, il s’agit d’un paludique qui succomba très rapidement à une variole hémorrhagique.
On peut admettre, je crois, quel’affaiblissement qui estla € conséquence du paludisme favorise l’éclosion de la variole .et que l’altération du sang des paludiques est une cause d’aggravation
de la maladie.
PALUDISME ET TUBERCULOSE. — Ici encore nous rencontrons la
doctrine de l’antagonisme. Boudin pensait que la phthisie pul-
monaire étaittrès rare dans les localités palustres et qu’au contraire les localités dans lesquelles la phthisie était commune se faisaientremarquer par le petit nombre et le peu de gravité des fièvres intermittentes ; en d’autres termes, que la cause des fièvres palustres déterminait dans l'organisme humain une modification profonde qui le rendait réfractaire à la tuberculose. (Boudin. loc. eit., et De l'influence des localités marécageuses sur la fréquence et la marche de la phihisie, in Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., t. XXXVI, 1846.)
La doctrine de l’antagonisme de la tuberculose et du paludisme est basée principalement sur la rareté de la phthisie en Algérie et dans la Bresse. Mitchell, Folley, GC. Broussais et beaucoup d'autres observateurs ont constaté en effet après Boudin que la phthisie était beaucoup plus rare en Algérie qu'en France, et Nepple a fait la même remarque pour la Bresse.
M. Dubouë a écrit qu'à Pau il n'avait jamais observé la coexistence de la tuberculose et du paludisme chez les mémes sujets (op. cit., p. 115); mais il convient de faire remarquer que les tuberculeux qui sont à Pau ne s’exposent guère à contracter le paludisme.
En Algérie on observe souvent la tuberculose non seulement chez des Européens arrivés récemment en Algérie et pouvant être soupçonnés d’avoir apporté de France le germe de la maladie, mais chez des indigènes présentant tous les signes de la cachexie palustre. (Masse, l’Antagonisme entre le paludisme et la phthisie pulmonaire n'existe pas en Algérie. Rec. de Mém .de méd. milit. 1868, 3e série, t. XX, p.124.)
Pendant les trois années 1880, 1881, 1882, j'ai reçu dans le service dont j'étais chargé à l'hôpital militaire de Constantine,
MT