DIABÈTE
PALUDISME ET DIABÈTE. — Nous avons vu que M. Burdel (de Vierzon) avait appelé dès 1859 l'attention sur la glycosurie passagère qu'on observe parfois pendant les périodes de frisson et de réaction des fièvres intermittentes. M. Burdel paraît avoir été particulièrement heureux dans ces recherches qu'il a reprises en 1871, car il dit avoir constaté la glycosurie quatrevingt-douze fois sur trois cent quatre-vingt-deux cas de fièvre palustre, soit environ vingt-six fois sur cent.
On devaitnaturellement se demander si cette glycosurie n’était pas quelquefois Le point de départ d'un véritable diabète.
Griesinger a trouvé que sur deux cent vingt-cinq cas de diabète la maladie s'était produite onze fois chez des malades atteints de fièvre intermittente rebelle ou de cachexie palustre (Archio. der Heilkunde, 1859).
Dans ces derniers temps M. le professeur Verneuil a repris la question et il a réuni des faits déjà nombreux qui tendraient à
faire croire que le paludisme doit être rangé parmi les causes du diabète, (Verneuil, Divers cas d'affections chirurgicales
ches des sujets paludo-diabétiques, in Bulletin de l'Acad. de méd., 1881. — Du même: Glycosurie et paludisme. Gazette hebdom., 1882.)
Il est certain que les fièvres palustres figurent assez souvent dans les antécédents morbides des diabétiques ; j'ai eu moimême l’occasion de noter plusieurs fois cette coïncidence. En 1872, alors que j'étais détaché à l'hôpital militaire thermal de
Vichy, j'ai recueilli les observations de huit officiers diabéti-
ques ; dans quatre cas les fièvres palustres figuraient dans
les antécédents morbides (1), plusieurs malades accusaient
(1) Ces observations ont été publiées par M. le D' Barudel dans un vpuscule
intitulé: Recherches cliniques sur la goutte et la gravelle, Paris, 1873.
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même le sulfate de quinine pris à haute dose pour combattre la fièvre palustre d’avoir provoqué l'apparition du diabète.
La fréquence du paludisme en.ève à ces faits et aux faits analogues beaucoup de leur importance; l'observation dans les pays où règne la malaria est du reste très peu favorable à l’idée d'un diabète d'origine palustre.
En Algérie le diabète n’est pas plus commun qu'en France, je n’en ai constaté pour ma part aucun exemple sur les nombreux paludiques qui ont passé dans mon service, il est vrai qu’il s'agissait de soldats et que le äiabète est rare chez les sujets de cet âge et de cette condition, mais si le paludisme par lui-même pouvait occasionner le diabète, on ne voit pas pourquoi les soldats seraient plus épargnés que les officiers.
Il me paraît très douteux que le paludisme joue un rôle important dans l'étiologie du diabète (1).
…. PALUDISME ET scorBuT. — Le paludisme n’engendre jamais le scorbut par lui-même et de toutes pièces, pour ainsi dire, mais il constitue une cause prédisposante très puissante de cette dyscrasie.
Les dangers de la complication des fièvres palustres par le scorbut ont été signalés à plusieurs reprises par les médecins d'armée, notamment en Crimée. Les troupes qui avaient campé près de la Tschernaïa et qui avaient été éprouvées par les fièvres palustres eurent fort à souffrir du scorbut.
Au mois d'octobre 1878, j'ai eu l’occasion d'observer une petite épidémie de scorbut qui régnait sur les détenus du pénitencier
(1) Voyez à ce sujet: Le Roy de Méricourt. Paludisme et diabète, in Bulletin de l’Acad. de méd. 1881. — Sorel, Recherche de la glycosurie chez les paludiques. Guzette hebdom. 1882.
avaient eu nent une ou Aa atteintes de fièvre intermittente, et chez deux de ces malades, il y eut à l'hôpital une rechute de fièvre. Cette petite épidémie avait été occasionnée, comme c’est la règle, par l'absence presque complète de végétaux et de fruits frais dans l'alimentation.
OBSERVATIONS CLINIQUES
OBSERVATION LI FIÈVhE PALUSTRE. NÉPHRITE AIGUE. GUËRISON
Ré . âgé de vingt-quatre ans, soldat au 3° bataillon d'Afrique, entre à l'hôpital de Constantine le 31 août 1881, Ré... est arrivé en Algérie au mois d'avril 1881; il se dit malade depuis huit jours seulement, mais l’anémie, qui est très profonde, semble attester une invasion plus longue.
31 août. À quatre heures du soir 39,8. Céphalalgie très forte, prostratioa, stupeur. Diarrhée séreuse, dix à douze selles dans les vingt-quatre heures, gargouillement dans la fosse iliaque droi e,t peu de douleur à la pression. La matité splénique mesure 9 ce mètres de haut sur 10 de large.
4 septembre. La fièvre persiste, 39° le matin, 40° ei soir. Hat typhoïde très marqué.
2 septembre. 37*,5 le matin. Le soir l’apyrexie persiste.
Examen du sang fait le 2 septembre à huit heures du matin : corps n° 1, leucocytes mélanifères.
4-5 septembre. L'apyrexie persiste, bien que le malade n'ait pas pris de sulfate de quinine depuis l'entrée à l'hôpital. Anémie profonde, la face a l’aspect cireux qu'elle présente chez lesindividus qui ont eu des hémorrhagies très abondantes, les muqueuses sont très pâles. Langue humide, assez belle, anorexie, diarrhée légère. Examen du sang fait le 5 septembre au matin: je ne trouve que des leucocytes mélanifères. (Sulfate de quinine 15,60 en deux fois.)
6 septembre. L'apyrexie persiste. (Une portion. Sulfate de quinine
0‘",$0. Vin de quinquinà.)
à [U LAVERAN, FIÈVRES PALUSTRES, 25
ee DA Fe"
Du 7 au 15 septembre, le sulfate de quinine est continué à la dose
- de 0,60, pas de rechute de fièvre.
17 septembre. Je constate pour la première fois qu’il existe un peu de bouffissure de la face ; le malade n’accuse, du reste, aucune douleur : l'apyrexie persiste.
-48 septembre. La bouffissure de la face augmente, depuis hieril s'est produit de l’œdème des membres inférieurs. Les urines sont pâles, peu abondantes (un litre environ dans les vingt-quatre heures), par la chaleur et par l'acide azotique, elles donnent un précipité albuminenx (albumince rétractile).
19 septembre. L'anasarque augmente, l'œdème est beaucoup plus marqué aux extrémités inférieures et il a gagné les bourses. (Régime lacté. Chiendent nitré. Quatre pilules de digitale.)
La diurèse augmente rapidement. Le 22 septembre, la quantité d'urine rendue dans les vingt-quatre heures dépasse trois litres ; le 95 elle s'élève à quatre litres. L’anasarque diminue rapidement, elle a disparu en grande partie dès le 26 septembre, État général satisfaisant, pas de rechute de fièvre. (Une portion. Vin de quinquina. Café noir. Chiendent nitré.)
Les urines examinées le 27 septembre ne donnent plus, par la chaleur et les acides, qu'un trés léger nuage albumineux.
30 septembre. L'anasarque a disparu complètement, et il n'y a plus trace d’albumine dans les urines. Les forces reviennent, mais l'anémie est encore très profonde. (Deux portions. Vin de quinquina. Fer réduit.)
.Le malade sort le 9 octobre 1881.
FIÈVRE INTERMITTENTE. PNEUMONIE DU CÔTÉ GAUCHE. RÉSOLUTION LENTE. GUÉRISON
Poch..., âgé de vingt-quatre ans, soldat au 8° escadron du train, entre à l'hôpital militaire de Constantine le 18 décembre 1879. Poch... a pris la fièvre intermittente pour la première fois à Philippeville, au mois de septembre 1818, il a été traité à l'hôpita: de Constan-
DNS N'ES en CHENE Né tr, LR UM RL EE MATE LE ME AE HÈL, AA *E : \ x 4 j 4 HAL APR 7e «'h "48 er] k 4 » . [1 à * \
OBSERVATIONS "97; tine au mois d'octobre 1878 pour fièvre intermittente quotidienne; Ms, depuis cette époque il a eu plusieurs rechutes légères. HS Pre TE ji ge A0 Es AN Le 14 décembre 1879, après s'être refroidi par un temps de ai” "4 ee le malade à éprouvé un frisson assez violent, suivi de chaleur et il |
a ressenti peu après un point de côté sous-mammaire à gauche ; | la fièvre aurait persisté sans interruption notable jusqu’à l'entrée à l'hôpital.
18 décembre, Fièvre vive 40°,6 à quatre heures du soir. Le malade accuse un point douloureux sous-mammaire à gauche, toux assez fréquente, pas d'expectoration, L’auscultation de la poitrine révèle à la partie antérieure et supérieure du poumon gauche un bruit de souffle, pas de râles crépitants. La respiration se fait bien à droite is et dans le reste du poumon gauche.
Le malade est fortement anémié, la rate est notablement aug-
mentée de volume ; les autres organes ne présentent rien d’anormal. Le diagnostic de pneumonie est porté. (Diète. Potion avec tartre stibié 0°", 10, extrait d’opium 0:", 05.) 49 décembre. La fièvre persiste; 39,6 le matin, 40°,1 le soir. Le point de côté persiste. La pneumonie s'est étendue, elle occupe maintenant la plus grande partie du lobe supérieur gauche : souffle tubaire, râles crépitants ; pas d'expectoration caractéristique. (Potion stibiée. Injection hypodermique de chlorhydrate de morphine.)
20 décembre. 39°,4 le matin, 38°,8 le soir. Même traitement.
21 décembre 39,8 le matin, 38°,8 le soir. La dyspnée à augmenté, toux, expectoration peu abondante, crachats adhérents au vase, légerement rouillés. La pneumonie a envahi tout le poumon gauche, matité depuis la base jusqu’au sommet, en avant et en arrière, souffle tubaire, bouffées de râles crépitants. Le poumon droit respire bien. (Potion stibiée continuée, douze sangsues sur le côté gauche.) |
22 décembre. 39°,3 le matin, 38°,8 le soir. Même état du reste. (Potion stibice, on applique de nouveau douze sangsues sur le côté gauche.) #1
23 décembre. 38°,4 le matin, 37°,9 le soir. Les signes physiques persistent : matité dans toute l'étendue du côté gauche, râles cré-
pitants,souffle tubaire, bronchophonie, vibrations thoraciques exagérées : expectoration très peu abondante, crachats rouillés et très adhérents au vase. | |
24 décembre. 35°,8 le matin, 36°,7 le soir. Bien que la défervessence soit complète, le malade n'éprouve pas la sensation de bienêtre qui accompagne d'ordinaire la crise dans la pneumonie; la dyspnée persiste, la toux est très fréquente; les signes physiques persistent; on trouve toujours du souffle et des râles crépitants dans toute l'étendue du côté gauche. Les crachats ne sont plus teintés de sang, mais ils sont toujours visqueux, très adhérents. (Potion stibiée continuée.)
25-31 décembre. L'apyrexie persiste, l'état général s'améliore, l'appétit et les forces reviennent, le malade mange une demi-portion à partir du 27 décembre ; l’état local ne se modifie que lentement. Le 31 décembre la sonorité thoracique a reparu sous la clavicule gauche, râles sous-crépitants ; en arrière on trouve toujours du souffle et des râles crépitants. |
C'est seulement le 10 janvier 1880 que la sonorité redevient normale en arrière et que les râles disparaissent après avoir pris le caractère des râles sous-crépitants.
Etat général satisfaisant, le malade mange une portion à partir du 15 janvier. |
Convalescence lente et difficile, anémie persistante, faiblesse générale ; le malade sort le 31 mars.