‹ Traité des fièvres palustresChapitre 145 sur 166 · MODE D'ACTION DE LA QUININE · texte numérisé non relu

MODE D'ACTION DE LA QUININE

Pringle, le premier, a reconnu les propriétés antiputrides

. du quinquina et a institué quelques expériences destinées à

as

mettre ces propriétés en lumière.

Les naturalistes savent depuis longtemps que quand on veut étudier les infusoires, il faut avoir soin de n’introduire dans le liquide de culture aucune parcelle de quinquina. (A. Chevalier, l'Étudiant micrographe, Paris, 1865, p. 599.)

Il est facile de constater l'action toxique des sels de quinine sur les infusoires : on fait une préparation histologique à l’aide

d'une goutte d’eau prise dans une infusion de foin et on examine

les infusoires qui s’y rencontrent d'ordinaire en grand nombre : monades, vorticelles, paramécies, kolpodes, amibes, etc. :

on ajoute alors une goutte d’une solution faible d’un sel

de quinine ; au bout de quelques instants tous les infusoires

sont détruits.

De là à admettre que la quinine guérissait les fièvres palusres en tuant les parasites du paludisme, il n’y avait pas loin.

En 1867, Binz a publié des expériences tendant à démontrer que le paludisme était produit par des bactéries, et que le sulfate de quinine guérissait la fièvre palustre en tuant ces bactéries (1). (Binz, Arch. de Max Schültze, 1867.)

Les conclusions de Binz ne résistent pas à la critique, comme l'ont très bien démontré MM. Vulpian et Bochefontaine. Les bactéries trouvées dans le sang par Binz n’ont aucun caractère particulier et ne diffèrent pas de celles qu'on peut ren-

contrer dans le sang, même à l’état sain; de plus, ces bactéries

sont très peu sensibles à l’action des sels de quinine.

(4) Baxter a reproduit les expériences de Binz. (The action of the cinchona Alkaloids, ete. The Pract., nov, 1873.)

AR. 2 be sen Ÿ À , *

499 Ci TRAITEMENT

M. Vulpian es 6:

s arrivé à cette conclusion que, pour détruire. les vibrioniens du sang, il faudrait administrer aux fiévreux plus de 30 grammes de chlorhydrate de quinine. (Cours d'anatomie pathologique, 1871.)

M. Bochefontaine a fait des recherches très intéressantes sur ce sujet (Action de la quinine sur les vibrioniens. Arch. de physiologie, 1873, 1r° série, t. V, p. 390), et il a constaté que les vibrioniens sont peu sensibles à l’action de la quinine. |

Ainsi que l’a montré M. Vulpian, il est facile de rendre des grenouilles bactérihémiques en leur injectant un peu de cyclamine sous la peau. Il se produit au niveau de l'injection une violente inflammation, et, au bout de quelques jours, le sang de ces animaux se remplit de bactéries, de vibrions et de spirilles.

M. Bochefontaine s'est assuré que le sulfate de quinine ne détruit pas les bactéries dans le sang des grenouilles ainsi infectées, et qu’il n'empêche pas leur production quand on l’administre d'une facon préventive. (Bochefontaine, loc. cük., D1282

M. Bochefontaine, qui conteste avec raison l’action toxique. des sels de quinine sur les bactéries, n'hésite pas à reconnaître l'action énergique de ces sels sur les infusoires : « Les gros infusoires, paramécies, kolpodes, monades, onttoujours été rapidement détruits par le chlorhydrate neutre de quinine à 4/800° ; quelques instants après qu'ils avaient été soumis à cette solution, on n’en trouvait plus trace dans les préparations. » (Op. cit., p. 404.)

Nous savons aujourd’hui que les parasites du paludisme appartiennent à un ordre plus élevé que les bactéries, et qu'ils se rapprochent des infusoires; on comprend donc très.

j tt # MODE D'ACTION DE LA QUININE 493

bien qu'ils soient rapidement détruits comme ces derniers par les sels de quinine, et les objections que, M pian el Bochefontaine adressaient à la théorie de E in be d'ellesmêmes.

Il est à remarquer que les sels de quinine, qui tuent rapidement les infusoires, n'ont aucune action sur les spores végétales, ni sur les algues et les champignons, quiont été accusés à plusieurs reprises, d'être les agents du paludisme. Les palmelles se développent très bien dans une solution de sulfate de quinine. (Wood, Ameriean Journ.of. med. se., 1868.) Bochefontaine a constaté que le penicilium pouvait vivre et prospérer dans des solutions concentrées de sels de quinine. (Op. cit.) Les bouteilles qui renferment les solutions de sulfate de

quinine et qui ne sont pas nettoyées souvent et avec soin, se

recouvrent presque toujours de champignons à leur face

. interne, je l'ai constaté maintes fois en Algérie.

La théorie parasilicide, qui cependant explique si bien l’efficacité merveilleuse du quinquina dans le traitement des fièvres palustres, a été, en général, assez mal accueillie jusqu'ici.

On a objecté que beaucoup de substances avaient des propriétés antiputrides et parasiticides au moins égales à celles du quinquina, sans être pour cela des antidotes du paludisme. On pouvait objecter surtout qu'on n’avait pas réussi à trouver dans le sang des paludiques ces parasites que le sulfate de

quinine était censé détruire.

Nous connaissons maintenant les microbes du paludisme, nous savons qu'ils disparaissent du sang chez les malades qui sont soumis pendant quelque temps à la médication quinique, nous pouvons suivre à l’aide du microscope l’action des sels de quinine sur ces parasites comme sur les animalcules des infu-

sions végétales ; comment douter encore que si le quinquima guérit les fièvres palustres, c’est parce qu’il tue les microbes du paludisme ?

Faut-il s'étonner si tous les agents parasiticides ne sont pas des spécifiques du paludisme au même titre que les sels de quinine ?

Chacun sait que certains parasites sont particulièrement sen-. sibles à l’action toxique de substances qui n’agissent pas sur d’autres. La racine de grenadier, les graines de courges, qui. sont si précieuses dans le traitement du ténia, n’agissent pas” contre les ascarides; la santonine, qui tue les ascarides, est sans action sur le ténia; il serait facile de multiplier ces exemples.

Évidemment si on pouvait introduire dans le sang, à dose suffisante, des parasiticides comme l'iode et le mercure, ces médicaments agiraient aussi efficacement contre les microbes du paludisme, plus efficacement même que le sulfate de quinine ; mais ces agents sont des toxiques très puissants pour l’homme lui-même, etils se prêtent mal à cet emploi ; nous ne pouvons même pas les utiliser pour tuer les parasites qui vivent dans la partie supérieure du tube digestif.

M. Raulin, dans ses curieuses recherches sur les conditions de développement de l’aspergillus niger a démontré que, pour rendre la végétation de ce champignon impossible dans le liquide de culture qui lui est le plus favorable, il suffisait que ce liquide contint un seize cent millième de nitrate d'argent. L’'influence stérilisante de l'argent est telle que la végétation de ce champignon ne s'opère pas dans un vase d'argent ; sil’aspergillus niger était un parasite capable de se développer dans le sang de l'homme, pour arrêter sa pullulation dans un homme du poids de 60 kilogrammes, il suffirait de quarante milligram-

Page 1