‹ Traité des fièvres palustresChapitre 154 sur 166 · ARSENIC · texte numérisé non relu

ARSENIC

La puissance toxique du sulfate de cinchonine est à peu près égale à celle du sulfate de quinine, on ne peut donc pas sans inconvénient augmenter les doses (1).

L'arsenie peut certainement rendre des services dans le traitement du paludisme ; j'ai déjà eu l’occasion de dire que l'acide arsénieux pris à petites doses était très utile dans le traitement de la cachexie palustre, mais il ne mérite nullement le titre de succédané du sulfate de quinine.

Boudin, qui a préconisé le traitement arsenical dans le paludisme, reconnait du reste qu’il ne faut pas se contenter de substituer l'arsenic au sulfate de quinine. « Notre médication, dit-il, ne consiste nullement dans la simple substitution des préparations arsenicales à la quinine, mais bien dans une médication complexe, dans laquelle l’arsenic est secondé par deux puissants moyens: les vomitifs et le régime alimentaire. Les vomitifs combattent l'embarras gastrique et hâtent le retour de l'appétit; le régime alimentaire abrège la convalescence, combat la tendance aux récidives et les accidents consécutifs multiples qui se lient à l’'appauvrissenent du sang. » (Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales.)

Voici les règles posées par Boudin:

1° Faire vomir le malade au début ;

20 Donner l’arsenic à dose fractionnée, c’est-à-dire en plusieurs prises, dont la dernière deux heures au moins avant

l'accès à combattre :

(1) Voyez Moutard-Martin, Mémoire sur la valeur du sulfate de cinchonine dans le traitement des fièvres intermittentes, 1860, in Mém. de l'Académie de médecine, t. XXIV, p. 447. — Discussion sur le sulfate de cinchonine. Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXV, p. 565. — Delioux de Savignac, art, Cinchonine in Diction. Encyclop. des sc. méd, — Laborde. Voir J. Simon, les Succédanés en thérapeulique, Thèse, Paris.

o15 TRAITEMENT

8° Profiter de la tolérance qui existe au début pour administrer la dose la plus forte d’arsenicet diminuer graduellement la dose à mesure que la tolérance baisse ;

40 Prendre le médicament pendant les phases d'apyrexie aussi bien que les jours de fièvre ;

5° Continuer le traitement pendant un temps proportionné à l'ancienneté de la maladie : |

6° Faire usage d’une alimentation substantielle et très abondante, de vin généreux, etc.

Boudin employait la solution suivante, qui est désignée encore sous le nom de liqueur de Boudin :

Acide araénieut-.:.,... 1 rs RARE AE 4 partie. al 6t Vin: Dianic;tde Chad ne, ot 1000 parties.

Les Hands supportent presque toujours très bien 3 à 4 centigrammes d'acide arsénieux dans les premiers jours du traitement. Boudin a prescrit jusqu'à dix centigrammes d'acide arsénieux dans les vingt-quatre heures; une pareille dose peut amener de très graves accidents et la hardiesse avec laquelle Boudin maniait l'acide arsénieux ne doit pas être imitée.

Sistach s’est fait après Boudin le défenseur de l’arsenic dans le traitement des fièvres palustres. (Recueil de mêm. de méd. milit., 4861, 3° série, & V, et Archives générales de médecine, 1875.) i ï

Il paraît démontré aujourd'hui que si l'acide arsénieux donne de bons résultats dans le traitement du paludisme, c’est beaucoup plus en vertu de ses propriétés toniques qu’en vertu d’une action ‘spécifique comparable à celle de la quinine. (Voir le rapport de M. Moutard-Martin sur un travail de M, Sistach, Académie de médecine, séance du 12 mai 1874.)

SULFITES, IODE, ETC, #19

L'emploi de l'acide arsénieux me paraît être formellement contre-indiqué dans les formes aiguës du palu disme, surtout dans les pays chauds et pendant la période endémo-épidémique, alors qu'on peuf craindre la transformation de l'accès le plus simple en apparence en accès pernicieux. L'acide arsénieux est au contraire indiqué dans les fièvres intermittentes rebelles et dans la cachexie palustre. à à

Le soufre et l'iode, qui sont des métalloïdes voisins de l’arsenic et qui, comme l’arsenic, sont des parasiticides très énergiques, devaient naturellement attirer l'attention des expérimentateurs.

Polli ayant constaté que les propriétés antiputrides de l'acide sulfureux sont conservées dans les sulfites alcalins ou terreux, en a conclu que les sulfites étaient indiqués dans les maladies zymotiques, notamment dans les fièvres palustres. (Polli, Sule malattie da fermento morbifico, Milan, 1864.)

La médication de la fièvre palustre par les sulfites ne paraît

pas avoir donné de résultats bien satistaisants ; les faits rapportés par Polli lui-même sont très peu convaincants. (C. Paul, Bulletin gén. de thérapeutique, 1865, t. LXIX. — L. Colin, Traité des fièvres intermittentes, p. 402.)

La médication iodée a été préconisée à plusieurs reprises pour le traitement des fièvres intermitientes; notamment par Boinet (Traité d'iodothérapte), par le D'F.de Willebrand, professeur à l'Université d'Helsingfors(Arehives gén. de médecine, 1869, LIT

p. 46), par MM. Barilleau, de Poitiers, et Seguin, d'Albi, et dans

ces dernières années par plusieurs médecins italiens, Cantani,

Regnoli, L. Concetti (Gaz. degli Ospitali, 1883, n° 58, p. 459). La formule recommandée par F. de Willebrand est la sui-

vante : 4)

Pie,

4 TOR NN A Re) LE AR CET EURE 1 gramme, jodure de potassium 25... RAR USE 2 crammes,. Paurdisthéeane tie tie, NE Fe te 7 10 grammes,

Prendre toutes les deux heures dans un demi-verre d'eau 5 gouttes de cetle solution. à

Le Dr L. Concetti donne de 24 à 36 gouttes de teinture d'iode dans 60 grammes d'eau distillée à prendre en trois fois avant les accès. | L'action de l'iode parait être une action tonique comparable à celle de l'arsenic ; la médication iodée, comme la médicätion arsenicale, n’est pas applicable dans les fièvres récentes ni dans les formes graves. L'iode n’est absorbé qu'à l'état d'iodures alcalins et ilne peut être donné qu'à petites doses ; on s'explique donc qu'il ne tue pas les microbes du paludisme dans le sang, comme il tue des infusoires dans une infusion végétale,

La sérychnine et la noix vomique, qui ont été préconisées, notamment par le D' Pearson-Nash (the Lancet, 1867), paraissent devoir prendre rang aussi à côté de l’arsenic parmi les médicaments qui, grâce à leurs propriétés toniques, rendent des services dans le traitement des fièvres palustres rebelles et de la cachexie palustre, mais dont les vertus fébrifuges sont très problématiques.

Binz a conseilié la bébeerine alcaloïde extraite de l'écorce du nectandra Rodiei (laurinées). Cette substance a des pro-

priétés analogues à celles de la quinine: comme elle, elle tue rapidement les infusoires. La pipérine à la dose de 50 à 75 cen- tigrammes, el le sulfate de bébeerine, à la dose de 95 à 75 centigrammes, sont encore, dit Griesinger, les meilleurs remèdes incertains qui ont été proposés comme succédanés de la quinine.

D 7 je

PROPHYLAXIE Fr,

: Le En On a encore préconisé la salicine, la gentiane, l'écorce de

simarouba, la quassia amara, l'écorce de chêne, le tannin,

l'eucalyptus, et bon nombre d'autres substances qui ne méritent aucune confiance.

inst vs La prophylaxie du paludisme comprend : 3% 1° Les mesures ayant pour but de combattre l'endémie palustre elle-même, et d'assainir les localités dans lesquelles règne cette endémie ; 2 Les mesures destinées à préserver des fièvres les person-

nes qui habitent des localités palustres ou qui sont obligées d'y

séjourner quelque temps.

ASSAINISSEMENT DES LOCALITÉS PALUSTRES. — Est-il possible d'assainir des localités, des contrées dans lesquelles l’endémie palustre règne avec intensité ?

La réponse à cette question n'est pas douteuse ; des faits en grand nombre montrent que des localités, des contrées entières, autrefois ravagées par les fièvres palustres, se trouvent aujourd’hui dans d'excellentes conditions de salubrité, j'ai déjà eu l'occasion de citer quelques-uns de ces faits (chapitre 1, p. 3) et je crois inutile d'y revenir.

Les conditions favorables au développement du paludisme étant connues (chapitre 1), il est facile d’emdéduire les mesures qui doivent être conseillées pour assainir le sol.

Nous avons vu, par exemple, qu’un sol toujours humide, que des marécages et des eaux slagnantes fournissaient au paludisme son milieu de prédilection ; il était donc à prévoir qu'une des mesures prophylactiques les plus efficaces contre

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