INCUBATION
séance du 3 novembre 1883.) Notons en passant que ces algues parasites des gardons ne s’observent pas sur les autres poissons : carpes, tanches, anguilles, etc., vivant dans le même milieu qu'eux; preuve nouvelle que chaque espèce animale a ses parasites, qui, en général, ne peuvent pas se développer sur les autres espèces même les plus voisines.
La durée de l’incubation du paludisme est très variable. J'ai observé plusieurs fois des faits analogues à celui-ci: un corps de troupes arrivant de France débarque à Bône pendant l'été et se rend par étapes de Bône à Constantine en traversant des localités insalubres; pendant la route on n'observe aucun cas de fièvre intermittente, c'est seulement plusieurs jours après l’arrivée à Constantine, où cependant ce corps de troupes est caserné dans de bonnes conditions, à l'abri du paludisme, que quelques hommes sont atteints de fièvre intermittente ou de continue palustre ; les cas se succèdent ensuite à intervalles irréguliers et certains malades ne présentent les symptômes du paludisme qu’un mois ou plus après l’arrivée.
Les fièvres palustres n'étant pas transmissibles, cette succession de cas ne peut pas s'expliquer par la contagion comme s’expliqueraient des cas successifs de variole, de rougeole ou d'oreillons ; tous les malades ont pris les germes de la fièvre en même temps, lors de leur passage dans les localités marécageuses. Il faut donc admettre que la période d'incubation du paludisme est très variable, ou plutôt qu'il peut y avoir une période assez longue de latence.
« J'ai vu, dit Maillot, un grand nombre de militaires ne tomber malades que dix ou douze jours après avoir quitté les postes voisins des marécages. » (Traité des fièvres, p. 263.)
5 ’ 2 Pot) ls À
28 # ÉTIOLOGIE
On peut admettre, je crois, que la durée de l’incubation est assez souvent d'un septénaire : il est bien difficile de fixer la durée minima et la durée maxima.
Lind, Pringle et Nepple ont cité des faits qui tendraient à démontrer que l'invasion du paludisme peut être brusque. Pour que ces faits fussent probants,il faudrait démontrer: 1° que l'individu qui est tombé malade, en traversant un marais, par exemple, n’était pas sous l'influence du paludisme depuis quelque temps ; 2 que les accidents observés se sont produits sous l'influence du paludisme et non sous l'influence d'autres causes. Or ni Lind, ni Pringle, ni Nepple ne fournissent ces preuves, et il faut que la pénurie de faits démontrant la possibilité de l'invasion brusque du paludisme soit bien grande pour qu'on en soit réduit encore aujourd’hui à citer les exemples peu précis rapportés par ces auteurs.
Je n'ai jamais observé pour ma part l'invasion brusque de la fièvre chez des personnes qui, jusque là indemnes du paludisme, traversaient pour la première fois des localités marécageuses.
La période d'incubation ou de latence peut être de plusieurs mois ;il n’est pas très rare de rencontrer des personnes qui n'ont jamais eu la fièvre en Algérie et qui quelque temps après leur rentrée en France, présentent des accès très bien caractérisés. (Maillot, op. eit., p. 263.) |
« Quand on à habité certains climats de la zône tropicale où dés localités très salubres se rencontrent à côté dé foyers de fièvres très intenses; quand on a pu se transporter par la navigation d'une localité palustré dans une localité non palustre où dans les régions pures de la pleine mer, on ne comprend pas, écrit Dutroulau (op, eit., p. 282), qu'un observateur aussi judicieux que Nepple ‘ait avancé que le miasme de la fièvre
PRO CRT UT € 4, h AE + CL :, CALE PT L'be Lé . MAT SANS |. Mal A 4 di NN 4 A Er + OA Ar Là NET ? . NOTE Fr ae ' A *: À Us LM - Le E y i [ tre PE :
X » Sr :
INCUBATION k 29 agissait immédiatement et que les incubations à longue période n'étaient que des hypothèses. »
Après avoir cité plusieurs exemples très probants de l’incubation prolongée du paludisme, Dutroulau ajoute : « Je pourrais multiplier beaucoup ces citations qui toutes ont la même signification : une période de latence variable du miasme avant l'explosion de la fièvre. Jusqu'où peut s'étendre cette période? C'est ce qu'il est impossible jusqu'ici de déterminer, » (Op. ett., p. 233.)
Une première atteinte de fièvre intermittente ne confère aucune immunité; bien au contraire, on peut dire que dans les tièvres palustres la rechute est la règle. Durand de Lunel a observé des rechutes 87 fois sur 100 {Traité des fièores intermiltentes,p. 25), et ce chiffre est plutôt au-dessous qu'au-dessus de la proportion réelle. Dans la plupart des cas, il s'agit de rechutes dans l'intervalle desquelles l'agent du paludisme reste à l’état lalent ; mais à côté de ces rechutes il y a aussi de véritables récidives, impliquant une nouvelle infection; aussi est-il très difficile de guérir les paludiques qui ne peuvent pas s'éloigner du foyer dans lequel ils ont pris la fièvre.
La durée des intervalles d'apyrexie qui séparent les rechutes de fièvre dépend : 1° de la susceptibilité individuelle; % du traitement ; 3° des causes accidentelles qui peuvent provoquer des accès.
J'ai déjà dit que chez les individus anémiés, affaiblis par le paludisme ou par d'autres maladies, les fièvres étaient extrêmement rebelles et reparaissaient dès qu’on cessait le traitement. En continuant l'administration du sulfate de quinine pendant quelque temps après la cessation des accès, en prescrivant des toniques et des reconstiltuants, on peut éloigner les rechutes
30 ÉTIOLOGIE
sinon les supprimer; le repos à l'hôpital, une vie tranquille, diminuent les chances de rechute, qui sont augmentées, au contraire, par les fatigues etles excès de toute sorte. Il arrive souvent qu'un malade qui n’a pas eu d'accès depuis longtemps el qui paraît guéri, a une rechute de fièvre le jour même de sa sortie de l'hôpital, sous l'influence de la fatigue qui est la conséquence de la reprise du travail. L'insolation, les traumatismes, peuvent aussi réveiller la fièvre; M. le professeur Verneuil a étudié avec beaucoup de soin cette action des traumatismes sur la marche du paludisme, et il a réuni à ce sujet des faits nombreux et très probants dans les remarquables. articles sur le paludisme publiés par lui dans la Revue de chirurgie (1881-1383).
Les conditions de milieu qui sont nécessaires au développement du paludisme sont les mêmes que celles qui favorisent la pullulation de la plupart des espèces végétales et animales à la surface du globe; on peul délimiter aussi exactement les zônes où règne la malaria que celles qui produisent telle ou telle plante, enfin l'agent du paludisme a, comme les végétaux et les animaux inférieurs, une période hibernale, et, comme eux, il se réveille toujours à la même époque pour une même localité. Ces analogies frappantes ont conduit naturellement un grand nombre d'observateurs à penser que les accidents du paludisme étaient produits par un miasme animé de nature végétale ou animale, par un parasite en un mot.
Le soleil, dit M. Mahé, est en quelque sorte le régulateur de la malaria, « il semble agir sur les causes de cette vaste endémie à la façon dont il exerce sa puissance fécondante sur les germes des végétaux el même de la plupart des animaux, de
sorte qu'il sert à rendre plus évidente l’analogie vivement soupconnée entre la nature de celle-ci et de ceux-là. » (Article géographie médicale du Diction. encycelop. des Se. méd., 4° série, t. VIIL, p. 264.) LS
Vitruve, Varron et Columelle admettaient déjà que les fièvres palustres étaient produites par l'introduction d'animalcules dans le corps de l'homme. Le microscope, en nous révélant le monde des infiniment petits, a transformé cette hypothèse grossière en une théorie scientifique, et de tous côtés on s’est mis à Ja recherche des parasites du paludisme.
Lancisi peut être considéré comme le premier auteur quiait formulé d'une facon scientifique la docrine parasitaire du paludisme. D'après lui les fièvres palustres sont produites par des animalcules microscopiques qui, engendrés par la putréfaction des végétaux dans les marais, se trouvent en suspension dans l'air des localités marécageuses et qui sont susceptibles de pénétrer dans le sang. (Lancisi, De noætïis paludum effluvoiis, lib. II, Romæ, 1717.)
Ces idées, défendues par Razori, étaient si répandues et si populaires en Italie au commencement de ce siècle, que dans le. peuple les animalcules fébrifères avaient reçu le nom de serafiei ; on conseillait de ne respirer l’air des localités palustres qu’à travers une gaze légère qui empêchait la pénétration des parasites de la fièvre dans les voies respiratoires, et de manger de l'ail ; les vapeurs alliacées ayant la propriété de détruire ces parasites. (Armand, l'Algérie médicale, p.68.)
Virey pensait que les infusoires étaient la principale cause de l'insalubrité des marais.
Boudin attribuait le paludisme à la flore des marais et princi-
32 ÉTIOLOGIE
palement à la flouve, au chara oulgaris et à quelques autres espèces végétales qui répandraient dans l'atmosphère des principes volatils nuisibles; il est bien prouvé que les espèces végélales incriminées par Boudin sont parfaitement innocentes des accidents du paludisme; l'hypothèse émise par Boudin s'éloigne du reste de la doctrine parasitaire, puisqu'elle attribue le paludisme à un véritable empoisonnement, à une intoxication par les émanations des plantes des marais, et non à la pénétration de parasites animaux ou végétaux dans l’économie.
M. le professeur Bouchardat a émis sur l'origine des fièvres palustres une opinion analogue à celle de Boudin, avec cette différence qu'il incrimine la faune des marais et non la flore ; d'après Bouchardat, les accidents du paludisme sont produits par un venin que secrètent quelques-uns des animalcules microscopiques qui pullulent dans les marais. En examinant au microscope la rosée recueillie au-dessus des marais on y découvre, avec les débris organiques de toute espèce, de petits flocons qui seraient la matière toxique, l'agent de la malaria. (Bouchardat, Annuaire de thérapeutique, 1866, p. 299.) II me serait facile de démontrer que le paludisme a les allures d'une maladie parasitaire et non celles d'une intoxication, mais je m’éloignerais de mon sujet, qui est, en ce moment, d'exposer les recherches faites dans le but de découvrir le parasite du paludisme.
J.-K. Mitchell a publié, en 1849, une série de leçons faites à Philadelphie sur le rôle des champignons microscopiques dans la pathogènie des accidents du paludisme. (On the eryntogamous origin of malarious and epidemie fevers.) Philadelphie, 1849.)J.-K. Mitchell cite des exemples d'individus atteints de fièvre intermittente après avoir respiré une atmosphère char-
gée de spores de champignons et dans les crachats desquels on rencontrait ces spores en grand nombre ; il conclut que les ièvres palustres sont produites par l'introduction dans notre économie de végétaux microscopiques dont il n’a pas réussi du reste à découvrir la nature ni à déterminer l'espèce.
Mühry (Die geographisehen Verhültnisse, ete. ch. vi) arrive aussi à conclure que les agents du paludisme sont les spores de certains végétaux microscopiques ; mais il ne cite à l'appui de cette opinion aucune observation nouvelle.
W.-A. Hammond pense, comme Mitchell, que les 5
palustres sont dues très probablement à l'inholetion:t ores
(A Treatise on hygiene, Philadelphia, 1863); il dit avoirconstaté très souvent la présenceade spores en très grande quantité dans des localités où la malaria était endémique, lui-même a contracté une fièvre intermittente après avoir inspecté une grande quantité de fourrages avariés. Hammond non plus que Mitchell et Mühry ne s'explique du reste sur la nature de la plante qui fournit les spores fébrigènes.
J. Lemaire a étudié avec beaucoup de soin les organismes microscopiques qui se développent dans la vapeur d’eau recueillie au-dessus des marais: ses recherches ont été faites
dans une des localités les plus malsaines de la Sologne connue
sous le nom expressif de Tremble- Vif.
« Au moment de sa condensation, le liquide, était incolore limpide ; son odeur et sa saveur rappelaient celles de l’eau des étangs ; elle était sans action sur les papiers réactifs. Elle contenait des spores sphériques, ovoiïdales et fusiformes, puis un grand nombre de cellules pâles de diverses dimensions. Nous trouvâmes en quantité considérable de très petits corps semitransparents, de formes diverses, sphérique, ovoïdale, cylin-
LAVERAN, FIÈVRES PALUSTRES d
ta Lea f
34 ÉTIOLOGIE
drique, régulière ou irrégulière ; ces corps me paraissent reproduire des microphytes et des microzoaires; enfin quelques corps bruns, qui nous parurent d'origine végétale, des grains d’amidon, de la poussière et des cristaux cubiques. La liqueur condensée fut abandonnée à la température ambiante (23 à 30° centigr.) en présence d'un égal volume d’air dansun flacon bouché.
« Examen microscopique quinze heures après: odeur marécageuse prononcée; bourgeonnement des petites cellules; dans une seule goutte d'eau deux cents bacterium termo.
« Quarante heures après: cellules bijuguées : bacterium, vibrio, spirillum, monades très nombreuses: diminution des petits corps semi-transparents. Il y a un certain rapport entre la diminution de ces petits corps et l'augmentation des microphytes et des microzoaires.
« Soixante heures après :le liquide est troublé par des nuages blanchâtres; odeur putride; le dépôt est entièrement formé par : bacterium, vibrio, spirillum immobiles, etc...
« Plus tard les microphytes diminuent et ‘sont remplacés par des animalcules.…
« Conclusions. — Ces recherches paraissent prouver qu’en Sologne, où règnent les fièvres paludéennes, l'air contient une quantité considérable de microphytes et de microzoaires, tandis que celui de Romainville, pays très sain, n'offre qu'une minime proportion de ces petits êtres. L'air du Jardin des Plantes diffère de ces deux localités, mais il se rapproche beau. coup de celui de la Sologne. La situation particulière du Jardin des Plantes, qui est voisin de la rivière de Bièvre, de deux amphithéâtres d'anatomie, d’un hôpital, explique ce résultat. » (Lemaire, Compte rendu de l'Acad. des Se., séance du 17 août 1864, t. LIX, p. 317.)
Lemaire incline visiblement à penser que les microphytes ou les microzoaires qui se rencontrent en si grand nombre dans l'air des localités palustres sont la cause des accidents du paludisme, mais il n’accuse aucune espèce en particulier d'engendrer ces fièvres.
Binz ayant constaté d'une part, l’action toxique des sels de
quinine sur les infusoires et d'autre part l'existence de bactéries dans le sang de malades atteints de fièvre intermittente, en a conclu un peu vite que les bactéries étaient la cause de la fièvre palustre et que le sulfate de quinine guérissait la fièvre en tuant ces bactéries. (Max Schultze’s Archiv, 1867.) Ona objecté avec raison à Binz: 4° que la présence des bactéries en petit nombre dans le sang n'avait rien de Caractéristique, attendu qu'on pouvait en rencontrer même dans le sang de l’homme sain ; 2° que les sels de quinine n'avaient pas d'action toxique bien énergique sur les bactéries. M. Vulpian a calculé que si les microbes du paludisme étaient des bactéries, pour les tuer, il faudrait administrer au moins 30 grammes de chlorhydrate de quinine dans les vingt-quatre heures. (Bochefontaine, Action de la quinine sur les vibrioniens. Arch. de Phystiol., 1873, {re série, t. V, p. 390.)
Binz a essayé de produire chez des chiens les accidents du paludisme en leur injectant dans les veines des matières putrides d’origine végétale, el il a prétendu que les animaux rendus malades de cette facon guérissaient par le sulfate de quinine. IL est bien probable que Binz n'a jamais provoqué ainsi de véritables fièvres intermittentes et que les animaux sur lesquels il expérimentait ont eu simplement des accidents pouvant être rattachés à la septicémie. J'aurai du reste l’occasion de revenir à la fin de ce chapitre sur les tentatives qui ont été
36 ÉTIOLOGIE :
faites à plusieurs reprises dans le but de provoquer le paludisme chez les animaux. |
J.-H. Salisburv, professeur à l'école de médecine de Claveland (Ohio), a publié, en 1866, sur les parasites du paludisme, un mémoire qui à eu un certain retentissement. (The american Journ. of the med. sciences, janvier 1866. — Ce mémoire a été traduit dans la Reoue des cours scientifiques du 6 novembre 1869.)
En 1862 Salisbury eut l’occasion d'examiner dans les vallées de l'Ohioet du Mississipi de nombreux malades atteints de fièvre intermittente et de constater dans les crachats, dans les urines et dans la sueur de ces malades de petites cellules végétales se rapportant au genre algue et à l'espèce palmelles ; ces cellules ne se rencontraient que dans la zône où régnaient les fièvres, et leur présence était constante dans l'urine et dans la sueur des fébricitants. Salisbury définit ainsi qu'il suit les caractères de ces algues fébrigènes, qu'il désigne sous le nom de gemiasma: « Plantes ayant l'apparence de cellules, consistant chacune en une paroi extérieure mince contenant un noyau rempli de petites spores soit simples, soit agrégées, se multipliant par dédoublement ou segmentation dé la face externe d'une membrane mère et provenant de spores. Couleurs variées : rouges, vertes, jaunes, blanches, plombées, elc… II y a plusieurs espèces qui semblent agir comme un poison malarial. Les plantes rouge-brique et plombées se trouvent principalement dans les sols riches en calcaire, pendant que les variétés jauneverdâtre et blanches se rencontrent plus souvent dans les terrains dépourvus de calcaire. » Salisbury retrouva les spores des palmelles sur le sol et dans les couches inférieures de l'atmosphère des localités palustres, et pour bien établir la rela-
PARASITES DU PALUDISME, HISTORIQUE 37 tion qui existait entre les palmelles et le paludisme, il institua l'expérience suivante : il fit remplir six caisses en bois d'une couche mince de terre riche en palmelles, ces caisses furent transportées dans un lieu élevé, d'une salubrité parfaite et placées sur la fenêtre d'une chambre habitée par deux jeunes gens sains et bien portants. Au bout de quinze jours environ les deux jeunes gens avaient des accès de fièvre tierce bien réglée alors que personne autre n'était atteint dans la même maison; dans une autre expérience analogue, deux individus sur trois furent atteints de fièvre intermittente.
Salisbury dit encore que lorsqu'il parcourait des localités marécageuses dans lesquelles les palmelles étaient abondantes, il a souvent ressenti une sensation de sécheresse et de chaleur au fond de la gorge qui annonçait invariablement la pénétration des spores dans les premières voies de la respiration.
Depuis 1866, date de la publication du mémoire de Salisbury, aucun fait confirmatif de ces recherches n’a été publié, au contraire on à constaté que, dans beaucoup de localités désolées par la malaria, les palmelles faisaient complètement défaut. Les expériences faites par Salisbury ne sont pas probantes en faveur du rôle important des palmelles. Car en admettant qu'une fièvre intermittente légitime se soit développée chez les jeunes gens dont il parle, rien ne prouve que les palmelles ont été la cause de cette fièvre, la terre prise dans des localités marécageuses renfermait évidemment d’autres microbes en grand
nombre, qui ont bien pu jouer le rôle que l'auteur attribue aux
palmelles.
Les professeurs Wood et Leidy de Philadelphie ont couché pendant un mois dans une chambre où l’on avait réuni une grande quantité de palmelles sans éprouver aucun malaise.
38 ÉTIOLOGIE
(Wood, Ameriean Journ. of med. se., 1868.) Wood fait remar-
quer: 4e que les palmelles sont des plantes très riches en chlo-
rophylle, qui ont besoin pour vivre de l’action de la lumière et
qui ne peuvent pas vivre dans le sang ; 2 que les palmelles se : trouvent dans une foulée de localités très saines et qu'elles se : : développent aussi bien dans la neige que dans l'eau tiède, ce qui n'est pas en rapport avec ce que nous savons de l'action du froid sur l'agent du paludisme ; 3° que les palmelles vivent très bien dans des solutions de sulfate de quinine.
M. le D' Quinquaud, qui a étudié avec soin les palmelles, a souvent absorbé lui-même et a fait absorber à d’autres personnes ces organismes ; les résultats ont toujours été négatifs. (Société de biologie, 15 novembre 1879.)
Le D: Massy (de Ceylan) a signalé la présence d’une quantité énorme de champignons microscopiques dans l’air pendant la périodeendémo-épidémique des fièvres palustres à Jaffna. (Army not med. Report, 1865.) L'air, l’eau, les crachats et l’urine de la plu- “ part des fébricitants renfermaient des spores de mucédinées. | La relation existant entre les fièvres palustres et les spores des mucédinées n’est pas établie dans les notes publiées par le D' Massy, et tout indique qu'il ne faut voir là qu'une coïncidence.
Hallier n’a pas fait de recherches spéciales sur le parasite du paludisme; mais il est tenté de croire, dit-il, que ce parasite doit appartenir à .une espèce voisine des oscillariniées, c'est-àdire de ces organismes vermiformes, doués demouvements très vifs qu'on trouve en abondance dans l’enduit verdâtre des égouts et qu'on a placés tour à tour dans le règne animal et dans le règne végétal. (Richter. Sehmidt's Jahrbücher 4867 et 1868. Cité par M. le Dr Vallin : art. Maraïs in Dictionnaire Encyclopédique des seiences médicales.)
MM. Van den Korput et Hannon ont eu des accès de fièvre intermittente, après avoir couché dans une chambre à côté de vases dans lesquels ils cultivaient des algues de différentes espèces, notamment des oscillariées. (Journ. de méd. et de chir. de la Société des se. méd. de Bruxelles, 1866, 42° vol., p, 330 et 497.)
Le D: Schürtz (de Zwickau) a vu la fièvre intermittente se développer, en dehors de tout foyer d’endémie palustre, chez un naturaliste qui se livrait à l'étude des cryptogames et qui avait dans sa chambre à coucher vingt-quatre soucoupes renfermant des oscillariées en voie de culture. (4rehto. der Heilkunde, 1868, p. 69.) Ces faits viendraient à l'appui de l'hypothèse émise par Hallier sur la nature des parasites du paludisme, si on pouvait démontrer que les vases dans lesquels ces naturalistes cultivaient lesoscillariées ne renfermaient pas un grand nombre d'autres espèces animales et végétales ; mais c’est le contraire qui est probasle, pour ne pas dire certain.
Le Dr Balestra a trouvé constamment dans l’eau des marais Pontins, outre un grand nombre d’infusoires, une algue qu’il a rencontrée également dans l'air des localités insalubres et qui lui paraît être la cause des accidents du paludisme. «Cette algue sur-
nage à la surface de l’eau ; elle est irisée si elle est ieune,et re. Ê XAE 7 " s \ dea produit l'apparence de taches d’huile.C’est seulement quand elle
se trouve au contact de l'air,exposée aux rayons solaires en pré” sence de végétaux en décomposition, qu'elle se développe rapidement en laissant dégager de petites bulles gazeuses. « Les spores très nombreuses sont ovoiïdes, d’un jaune-verdâtre, mesurant 4 millième de millimètre. Balesira a retrouvé les spores etles sporanges de cette algue dans l’eau produite par la condensation de la vapeur d’eau à lasurface des marais. (Communie. au
Let. 248 4 L
40 ÉTIOLOGIE
Congrès médical de Florence en 1869, et à l'Académie des sciences le 18 juillet 1870.) Il est très difficile de dire exactement quelle est l’algue décrite parBalestra; il s’agit en tous cas d'une espèce différente des palmelles de Salisbury. Balestra ne fournit d'ailleurs aucune preuve des propriétés fébrigènes de cette algue.
Selmi a communiqué également au congrès de Florence, en 1869, des recherches faites dans les localités palustres aux environs de Mantoue; il à constaté que la vapeur d’eau condensée sur les parois d’un appareil Moschati donnait lieu, au bout de quelque temps, à un dépôt blanc formé par des algues de nature indéterminée.
MM. Balestra et Selmi ont cru pouvoir conclure de leurs recherches que l'agent du paludisme était une algue, conclusion hâtive et qui n’était pas appuyée de preuves suffisantes, car la présence de spores en grand nombre dans une localité palustre ne suffit pas à démontrer que ces spores sont la cause des accidents du paludisme.
Cunningham a fait à Calcutta des recherches intéressantes sur les microbes de l'air, etiln'a pas réussi à découvrir &e connexion entre la présence et l'abondance dans l’air de tel ou tel microbe etle développement des fièvres palusires. (Microscopie
: cxaminations of air by D.Douglas Cunningham.Calcutta 1872.)
Lichtenstein qui a procédé à une analyse microscopique mi-
nutieuse de l’air des rues de Berlin, croit, comme Ehrenberg, à
l'innocuité des spores végétales, mais il fait de sérieuses réserves sur le rôle pathologique des infusoires et des bactéries (Berliner Klinische Wochenschrift, 18T4.) |
En 1872, pendant le congrès médical de Lyon, une commission composée de MM. Colrat, Magnin et Fochier, fut nommée pour rechercher dans les étangs des Dombes les palmelles de Salis-