DE
bury. « Nous trouvämes, dit M. Magnin, sur les bords des étangs visités par nous près de Villars, des algues répondant
assez exactement aux palmelles de Salisbury, autant du moins
que leur description imparfaite permet une identification. » (Magnin. Recherches géologiques botaniques et statistiques sur l’impaludisme dans les Dombes, Thèse, Paris,1876, p. 96.) Cette algue, quiserait le ehlorococeum ecoccoma ou palmella eoceoma, a été rencontrée, dit M. Magnin, dans beaucoup d'endroitsoùne règnent pas les fièvres ; des plaques de terre recouvertes de cette algue et transportées dans diverses habitations de Lyon n'ont jamais déterminé d'accès de fièvre chez les personnes qui occupaient ces habitations. M. Magnin conclut que les palmelles ne sont certainement pas les agents de la fièvre palustre. (Thèse citée, p. 99.)
M. le D‘ Corre, qui a fait l'analyse microscopique des eaux
stagnantes et de l'air de quelques localités insalubres de la
côte occidentale d'Afrique, notammentde Saint-Louis au Séné-
gal, a constaté que l’on trouve dans toutes les localités où règne
Le a
la malaria, partout où il existe des eaux croupissantes, des
cales particulières. M. Corre n'essaye pas du reste de détermi ner
d'une façon précise quel est, parmi tous les organismes
croscopiques qu'il a décrits et figurés (Archives de | médeci TL
navale, 1877, p. 450) le véritable parasite de la fièvre palustre, el la conclusion de son travail montre combien il reste indécis : « Les observations qui précèdent semblent fournir, écrit-il, un nouvel appui à la théorie des miasmes figurés, »
M. le D'Corre fait remarquer avec raison que la présence de spores dans la salive,dans les urines et dansla sueur des malades
tn
is
à Wie
49 & ÉTIOLOGIE
donnée par Salisbury comme une preuve de la pénétration des palmelles dans l'organisme, ne prouve absolument rien, attendu que ces spores viennent directement du milieu extérieur et qu'on ne les retrouve pas dans Île sang.
« C'est dans le sang, dit M. Corre, etdans lesang préservé de tout contact avec l'air, dans le sang recueilli par piqûre pendant la vie et aussitôt soumis à l’examen microscopique, qu'il convient de chercher la preuve affirmative de l’intoxication paludéenne par les éléments figurés des eaux et de l'air des marais, » (Loc. ctt., p. 459.)
Le Dr Fr. Eklund a décrit sous le nom de Zimnophysalis hyalina, un champignon qui, d’après lui, serait le véritable parasite du paludisme. (Note sur le miasme palustre. Archives de médecine navale, 1878.) Eklund recueillait le limon des marécages et desamas de varechs et de conferves sur les côtes de la mer où les fièvres intermittentessontendémiques, et il placait le tout sous des cloches de verre qui étaient exposées au soleil; c'est dans la vapeur d’eau déposée à la surface interne des cloches qu'il aurait réussi à découvrir le mycelium et les conidies du limnophysalis hyalina, Le champignon fébrifère se retrouvait aussi dans l'urine et dans le sang des malades atteints de fièvres intermittentes. Ces recherches n’ont jamais été confirmées, et la limnophysalis hyalina doit être reléguée dans le cadre des parasites apocryphes du paludisme avec les palmelles de Salisbury et l’alga miasmatica de Balestra.
MM. Griffini, Lanzi et Terrigi, Klebs et Tommasi Crudeli, Ceci, ont essayé de résoudre la question de la nature du paludisme par la voie expérimentale ; avant de résumer les travaux publiés sur e sujet, je crois devoir faire remarquer que la pre-
mière condition pour étudier une maladie de l’homme par la
méthode expérimentale, est de trouver une espèce animale
susceptible de contracter cette maladie ; or nous avons vu plus haut que le paludisme était très probablement une maladie particulière à l'homme. Les animaux sur lesquels MM. Lanzi et Terrigi, Klebs et Tommasi Crudeli, Ceci, ont expérimenté, ne paraissent pas pouvoir prendre les fièvres palustres ; peut-on les leur donner artificiellement ? La chose reste très douteuse malgré les nombreuses tentatives faites dans cesens ; aussi les résultats de la méthode expérimentale, si importants en ce qui concerne les maladies qui, comme la morve,le charbon et la rage sont communes à plusieurs espèces animales, ne peuvent-ils Ôôtre acceptés ici que sous bénéfice d'inventaire.
Dès 1869, Binz avait essayé de produire le paludisme chez les chiens, en leur injectant dans les veines ou en leur faisant avaler dés matières végétales en putréfaction. (Pharmakologisehe Studien über Chinin. Virehow’s Archiv, 1869.)
En 1873, Griffini institua des expériences sur des chiens et des lapins avec de la rosée recueillie au-dessus des marais; il observa que chez les chiens en expérience il y avait souvent des mouvements fébriles et que chezleslapins on voyait quelquefois
se produire des phénomènes d'intoxication (Bulletino erittoga-
mico, 1874); Griffini estime que les accidents sont comparables à ceux qui surviennent chez l’homme atteint de paludisme, mais il ne donne aucune preuve à l’appui de celte assertion.
MM. Lanzi et Terrigi auraient réussi à tuer des lapins et des cobayes en leur injectant dans le sang de l’eau prise dans les marais d'Ostie et même, chose difficile à croire, en leur faisant respirer pendant quelques heures par jour l'air des localités où règne la malaria. (Aceademia mediea di Roma, 1876.)
44 ÉTIOLOGIE
MM. Lanzi et Terrigi prétendent avoir retrouvé dans la rate et dans le foie des animaux en expérience des. éléments pigmentés analogues à ceux qui existent dans le sang des individus morts de fièvres pernicieuses ; et en cultivant ces éléments pigmentés, ils auraient obtenu une végétation analogue aux z00glea, pour laquelle ils proposent la dénomination de bacteridium brunneum.
C’est dans le but de contrôler les faits annoncés par MM. Lanz et Terrigi que MM. Klebs et Tommasi Crudeli ont entrepris en 1879 dans la campagne Romaine leurs recherches sur la nature du miasme palustre. Les premiers résultats de ces recherches ont été communiqués par M. Tommasi Crudeli à la Reale accudemia dei Lincei au mois de juin 1879, et publiés dansles Area. J. experiment. Pathologie, le {er juillet 1879.
Les recherches de MM. Klebs et Tommasi Crudeli ont porté sur l'air, l'eau et la terre des marais Pontins ; les principales expériences ontété faites avec des liquides fertilisés à l’aide de la terre des marais. La terre prise dans les maraisétait exposée à l'air par une température de 30 à 40°,de manière à dessécher la surface en laissant la couche profonde humide, ce qui,commeon le sait depuis longtemps, est la condition la plus favorable au développement du miasme palustre; une petite quantité de cette terre était ensuite introduite dans un liquide de culture, et ce liquide servait à son tour à ensemencer d'autres liquides qui élaient injectés dans le tissu conjonctif sous-cutané du lapin.
D'après MM. Klebs et Tommasi Crudeli, le microbe du paludisme serait un bacillus qu'ils ont rencontré dans ï'air, dans l'eau et dans la terre des marais ainsi que dans les liquides de
culture préparés comme nous venons de le dire et dans le sang . des animaux inoculés,
PARASITES DU PALUDISME, HISTORIQUE 45 Dans le sol des régions palustres, le bacillus malaric se trou-
Te
verait sous l'aspect de nombreuses spores mobiles réfractant
Dans le corps des animaux inoculés ou dans les liquides de culture, le parasite se développerait sous la forme de longs filaments d'apparence d'abord homogènes, puis segmentés transversalement, de manière à figurer des articles dans l’intérieur desquels se développent des spores; l'origine des spores paraît être d’abord pariétale, mais les segments tout entiers se remplissent bientôt de corpuscules germes.
Le bacillus malariæ appartient à la çlasse des aérobies, il.
se développe facilement dans les liquides riches en substances azotées, dans les solutions de gélatine et d’albumine, dans l'urine et lesliquides de l'organisme.
D'après les auteurs dont j'analyse le travail, les liquides tenant
en suspension le bacillus malariæ donnent lieu aux accidents caractéristiques du paludisme quand on les injecte dans le tissu conjonctif sous-cutané des lapins, Tout d’abord il se produit une fièvre à marche typique, avec des intermittences qui durent quelquefois jusqu’à 60 heures; quand les animaux succombent, on trouve la rate tuméfiée et on constate la présence, dans la rate et dans la moelle des os, du bacillus malariæ, qui se présente parfois sous l'aspect de filaments homogènes, mesurant de 0,060 à 0,080 de millimètres de long; dans les cas graves, il existe aussi dans la rate des grains pigmentés analogues à ceux que l’on trouve dans le sang des individus morts de fièvres pernicieuses.
Lorsqu'on filtre avec soin les liquides de culture, le liquide filtré injecté à des animaux ne produit plus aucun accident et au contraire le résidu de la filtration est très actif.
sde:
46 ÉTIOLOGIE
Ces recherches, très concluantes en apparence, sont passibles de très graves objections :
La présence des bacilli dans l’eau, l'air et le sol des localités
marécageuses de la campagne Romaine n’est pas plus probante
en faveur du rôle de ces parasites, que celle des palmelles dans les marais de l'Ohio. Tout le poids de la démonstration retombe donc sur la proposition suivante, qui neme paraît pas suffisamment démontrée: en injectant à deslapins des liquides de culture renfermantles bacilli en question,on produit chez ces animaux des accidents qui relèvent du paludisme.
MM.Klebs etTommasiCrudeli affirment dans leurs conclusions qu'ils ont produit chez les animaux en expérience des fièvres intermittentes à type régulier, il suffit cependant de jeter les yeux sur les tracés thérmométriques annexés au mémoire de M. Tommasi Crudeli, pour se convaincre que ce n’est là qu'une illusion et qu'aucun des tracés ne ressemble à celui d’une fièvre intermittente légitime, et on conçoit très bien qu'une des variètés des septicémies si faciles à provoquer chez le lapin puisse donner lieu à des tracés semblables. La tuméfaction de la rate n’est pas plus probante, celte tuméfaction s'observe en effet dans toutes les formes de la septicémie; l’existence des bacilli dans divers organes (rate, moelle des os), sous la forme de longs filaments homogènes, ne peut pas être considérée comme une lésion du paludisme, car on ne rencontre jamais de filaments semblables dans les organes des individus qui meurent de fièvres pernicieuses.
Reste le pigment trouvé dans la rate de quelques animaux. Cette preuve ne serait décisive que s’il était démontré que ce pigment élait de même nature et de même provenance que celui qui existe dans le sang des paludiques ; le doute est permis à cet
de: £
égard, d'autant plus que MM. Klebs et Tommasi
signalent la présence du pigment que dans la rate, Loc
difficile à expliquer quand on admet que les lapins si de fièvres palustres graves avec accidents pernicieux,
Alorsmême que quelques-uns des lapins inoculés par MM. Klebs et Tommasi Crudeli auraient succombé au paludisme, ce qui esttrès contestable, il ne serait pas prouvé pour cela que le bacillus décrit par cesobservateurs soitle parasite du paludisme ; ilesttrès probable, en effet, que les liquides qui ont servi à inoculer les lapins renfermaient d’autres microbes que le bacillus incriminé ; quand on ensemence un liquide avec de la boue des marais il faut s'attendre à récolter beaucoup de choses.
J.-H. Hittell, dans le travail qu'il a publié sur le bacillus malariæ (Pacifie Med. a. Surg. Journal, juin 1880), montre bien qu'avant de considérer ce bacillus comme le parasite du paludisme, il y a encore bon nombre de questions à résoudre, celles-ci entre aulres :
Le bacillus se rencontre-t-il chez toutes les personnes atteintes de paludisme? — Fait-il défautchez toutes les personnes atteintes d'affections étrangères au paludisme? — Ne le trouve-ton pas quelquefois chez des personnee quijouissent d'une bonne santé ? — N'existe-t-il pas des localités salubres dans l'air et le sol desquelles le bacillus se trouve comme dans les localités où le paludisme est endémique ? — Le bacillus meurt-il ou perd-il au moins une partie de son activité aux basses températures qui empêchent le développement du paludisme? — Les sels de quinine tuent-ils les bacilli? — Les lapins peuvent-ils contracter spontanément la malaria dans les localités palustres, sinon pourquoi ne la contractent-ils pas ?
MM. Klebs et Tommasi Crudeli n’ont jamais répondu à ces
Let OU DELSA CH D TA) NS 6 MO RL ARE, Li 3e à k Fe be di dt at jé à” EU PT à ‘, FRnot : ns 5 af pri . 1x ’ AT NS > Voir # v É
en À
Le at
AS ÉTIOLOGIÉ
questions, etils auraient été fort empêchés de répondre au moins à quelques-unes d’entre elles ; il est certain par exemple que le prétendu bacillus malaricæ fait souvent défaut dans le sang de malades atteints d'affections palustres et que, par contre, il a été rencontré maintes fois dans le sang de malades atteints d’affections absolument étrangères au paludisme. Il est certain aussi que les sels de quinine tuent très difficilement les bacilli.
M. Tommasi Crudeli a publié, en 1880 (The Practitoner, novembre 1880, p. 321), le résumé de ses recherches nouvelles sur le bacillus malariæ et aussi des recherches entreprises sur le même sujet par MM. Perroncito, Ceci, Cuboni et Marchiafava Valenti, Ferraresi, Piccirilli.
Il résulterait de ces nouvelles recherches que les spores du bacillus malariæ se retrouvent dans le sangdes fapins auxquels on inocule l’eau des marais (Ceci), dans le sang des malades atteints de fièvre palustre (Marchiafava, Perroncito, Ferraresi), dans le sang aspiré de la rate des fébricitants par une méthode imaginée par le D' Sciammana (Marchiafava, Ferraresi, Sciammana, Valenti et Piccirilli).
La culture du sang extrait de la rate sur le vivant pendant les paroxysmes fébriles aurait donné des bacilli identiques à ceux décrits et figurés par MM. Klebs et Tommasi Crudeli: de même pour les cultures ensemencées avec des fragments de la pulpe splénique des personnes mortes de fièvres pernicieuses ; les cultures faites avec la pulpe de la rate de personnes mortes d'autres maladies en pays non palustre, n'auraient donné au contraire que des résultats négatifs (Cuboni).
D'après MM. Marchiafava et Ferraresi, le sang d'un malade atteint de fièvre intermittente examiné pendant la période de frisson contient toujours et parfois en grande quantité le
ASITES DU PALUDISME, HISTORIQUE 4) bacillus malariæ à sa période de développement complet, pendant l’acmé de la fièvre les bacilli disparaissent du sang, et on ne trouve plus que des spores.
MM. Cuboni et E. Marchiafava ont publié les résultats de leurs recherches dans les Archio. f. experim. Path. u. Pharmak., Bd XIII, p.265. Ces observateurs ont recueilli du sang jusque dans la rate de malades atteints de fièvre palustre et l'ont injecté dans le tissu conjonctif sous-cutané chez des chiens ; une seule fois sur six ou sept, un des chiens eut quelques accès de fièvre : à l'’autopsie la rate était un peu tuméfiée.
M. le Dr Rummo nous apprend que le professeur de Renzi a pratiqué à Naples beaucoup d’inoculations dans le tissu con- . jonctif sous-cutané, dans la trachée et dans le péritoine des chiens et des lapins avec le sang d'individus atteints de fièvre palustre; on produisait ainsi la fièvre chez les animaux en expérience, surtout lorsqu'on avait soin de recueillir le sang pendant la période de frisson des accès de fièvre. M. le D' Rummo oublie de dire à quoi on reconnaissait que les animaux étaient impaludés ; il avoue même qu'on n'observe pas NU, Re maux l'élévation de température qui s’observe chez l'homme atteint de fièvre intermittente; quant aux lésions anatomiques il uen est pas question. (Rummo, Notes à la traduction italienne des Éléments de Pathologie interne que j'ai publiés cu Collaboration avec M. Teissier, t. I, p. 88.)
MM. Paccelli, Giovanni et Orsi n’ont pas réussi à reproduire ces expériences; en injectant à différents animaux du sang de
2 Folie à 4 "NOR AIDES FL | ré” : x LU ;
æS
paludiques, ils n'ont jamais obtenu que des résultats négatifs ; je “
n'ai pas été plus heureux.
D'après Orsi, le bacillus malariæ se trouverait parfois en
LAVERAN, FIÈVRES PALUSTRES. 4
Lire
90 ÉTIOLOGIE grande abondance chez des personnes jouissant d'une parfaite santé. (Journal d'hygiène, 1881, p. 383.)
D'après mes propres recherches, le bacillus décrit par MM. Klebs et Tommasi Crudelise rencontre très rarement dans le sangfrais des malades atteints de fièvre paluslre, et il n'est nullement caractéristique du paludisme.
M. A. Ceci a publié en 1882 un mémoire sur les germes et les organismes inférieurs contenus dans les terrains palustres ct dans les terrains ordinaires. (Archio. f. eæperim. Path. u. Pharmak., Bd XV et XVI, anal. in Revue de Hayem, 1885, t. XXI, p. 73.) Les conclusions de ce travail, fait dans le laboratoire de Klebs, sont conformes à celles de MM. Klebs et Tommasi Crudeli. L'auteur dit avoir réussi à provoquer des accidents palustres chez des chiens et des lapins en leur injectant dans les veines des liquides de culture préparés à l’aide des terrains palustres. Les objections que j'ai déja formulées à propos des expériences de MM. Klebs et Tommasi Crudeli sont applicables à celles de M. le D' Ceci. Il n’est pas prouvé que les animaux sur lesquels M, le D' Ceci a expérimenté aient été atteints de paludisme, et le fait fûüt-il prouvé, il resterait a démontrer que l'agent morbide a été le bacillus malariæ, et non tel autre microbe, car les cultures de M. Ceci renfermaient très probablement d'autres microbes que le bacillus en question.
MM. Marchiafava et Celli, dans un travail récent, ont annoncé qu'ils avaient constaté dans le sang des paludiques l’altération suivante : pendant les accès de fièvre, on constate sur Les globules rouges des corpuscules qui se colorent par le bleu de méthylène et qui dans leur forme primitive ressemblent à des
micrococci. La formation du pigment coïncide avec l'apparition
PRES Ve MATE US
PARASITES DU PALUDISME, HISTORIQUE o1 k, è de ces corpuscules. (Marchiafava et Celli, Altération du sang A dans l'infection paludéenne, Gazzs. degli Ospitali, 1883, n° 66.) ae" Ilme paraît probable que MM. Marchiafava et Gelli ont obseryé ét décrit dans ce travail les éléments que j'ai signalés dès 1882 sous le nom de corps n°2 de petit volume, éléments qui existent souvent en grand nombre dans le sang ét qui s’accolent volontiers aux hématies (1). (Voir chapitre nr.) M. Maurel a communiqué en 1883 au Congrès de Rouen (Associalion française pour l'avancement des setences, seclion d'hygiène et de médecine publique) un travail intitulé : Recherches sur l'eau el sur l'air des marais au point de vue du paludisme. M. Maurel conclut : 1° qu'il n’a trouvé dans le sang des paludiques aucun microphyte ou microgerme caractéristique de l'intoxication palustre ; 2° qu'il en est de même de l'eau et des vases des marais; 3° que toutefois ces eaux et ces vases se font remarquer par une richesse très grande en infini- 1, 0 ment petits; 4° qu'il en est de même pour l'air des marais comparé à l'air sain; 5° que de plus l'air des marais contient des amibes que l’on ne trouve jamais dans le torrent circulatoire ; 6° que les infiniment petits qui pénétreraient par la voie digestive resteraientinoffensifs parce que, ainsiqu’il à pu s'en assurer | par des digestions artificielles, l'estomac les détruit; 7° que c’est donc probablement par la voie pulmonaire qu'ils atteignent “4 l'organisme ; 8° que ne trouvant aucun infiniment petit dans le sang des paludéens, il est forcé d'en conclure que ce n'estpas en pénétrant dans te torrent circulatoire qu'ils produisent l'intoxication. (Revue d'hygiène, 1883, p. 863.) Je ne puis qu'engager M. Maurel à persévérer dans ses re-
(1) Lors de mon voyage à Rome en 1882, j'ai eu l'occasion de montrer ces : éléments à M, le professeur Marchiafava,
52 ÉTIOLOGIE
cherches et à faire l'examen du sang des paludiques en se plaçant exactement dans les conditions que j'ai indiquées. M. Maurel paraît avoir donné beaucoup trop de temps à l’examen de l’eau et de l'air des marais, comme l'indique le titre de son travail, et pas assez à l'examen du sang, quidoit, au contraire, servir de base et de point de départ à ces recherches.
J ai fait en 1888, à Constantine, quelques expériences dans le but de vérifier les faits annoncés par M. Ceci: j'ai injecté dans le sang des lapins de l’eau stagnante prise dans les endroits les plus malsains des environs de Constantine, et j'ai constaté que si ces injections déterminaient souvent un mouvement fébrile, la fièvre n'avait nullement le caractère intermittent ; que cette fièvre guérissait spontanément et que chez les animaux sacrifiés, on ne constatait pas les lésions si caractéristiques du paludisme. Je me contenterai de rapporter ici une des séries d’expériences que j'ai faites, les résultats obtenus ont été les mêmes pour les autres séries.
EXPÉRIENCE FAÎTE AU MOIS DE JUIN 14883 A L'HOPITAL MILITAIRE DE CONSTANTINE SUR TROIS LAPINS AGÉS DE DEUX A TROIS MOIS
Lapin n° 1. — La température prise dans le pli crural est de 39°7 le 4 juin à deux heures du soir. L'examen histologique du sang ne révèle rien d’anormal.
Le 4 juin, à trois heures du soir, j'injecte dans une des veines auriculaires 2 grammes de l’eau recueillie le matin même dans une des mares voisines du Rummel au Bardo.
Le 5 et le 6 la température se maintient à 40°2 l'animal ne paraît pas souffrir; du 7 au 9 juin, la température oscille entre 39%8 et 403, chiffres qui peuvent être considérés comme normaux chez le lapin.
EN
Le 10 juin au matin la température est de 40°; à deux heures et demie, j'injecte de nouveau dans une des veines de l'oreille 0 2 grammes d'eau de même provenance que la première fois; cette eau examinée au microscope renferme un très grand nombre d'infusoires de toute espèce ; on y trouve notamment des filaments mobiles ayant la plus grande analogie avec ceux que j'ai décrits comme les parasites du paludisme. A quatre heures du soir la température, prise toujours daus le pli crural, est de 4193, il existe évidemment un mouvement fébrile. Les jours suivants la température retombe aux environs de 40°, et sur le tracé qui a été établi avec soin, on ne distingue pas la moindre tendance à un mouvement fébrile intermittent.
Le 17 juin au matin la température est de 40°, le lapin se porte très bien; j'injecte dans une des veines auriculaires 3 grammes d'une eau très trouble provenant d’une des mares voisines du Rummel. Le 17 au soir la température est de 41°6, cette injection a donc été suivie, comme celle du 10, d'un mouvement fébrile, mais, comme la première fois, ce mouvement fébrile est très passager et ne se reproduit pas.
Le lapin est sacrifié le 30 juin. La rate a son volume normal. L'examen histologique du foie et de la rate ne m'a rien révélé d'anormal, je n’ai constaté l'existence d'aucun élément pigmenté.
Les autres viscères étaient également à l’état sain. Lapin n° 2.— La température prise dans le pli crural est,
le 4 juin,de 39°2. Le 4 juin j'injecte dans une des veines auricu- « & laires 2 grammes d'une eau très trouble et:très riche en infu- re soires recueillie dans une mare voisine du Rummel. d ;
Du 5 au 9 juin, la température varie entre 3922 et 40; état
général très satisfaisant.
Le 10 juin au matin la température est de 40° ; à deux heures
ÿ { | Fee |
54 ÉTIOLOGIE
et demie je fais une deuxième injection de 2 grammes d’eau mérécageuse dans une des veines auriculaires ; le 10 au soir la 1 température est de 41°1, l'injection paraît donc avoir déterminé un mouvement fébrile. Les jours suivants la température varie entre 40° et 4068 sans intermittence régulière, Le lapin continue A à manger et ne paraît pas souffrir.
Le 17 juin je constate qu’un petit abcès s’est formé à la face externe de l'oreille gauche non loin du point où les injections intra-veineuses ont été faites. Cet abcès renferme un pus très épais ; au milieu des globules de pus le microscope révèle l'existence de bactéries en très grand nombre.
Le 17 juin au matin la température est de 40° ; je fais dans la journée une troisième injection de 3 grammes d’eau marécageuse. Le 17 au soir la température est de 44198, il existe donc un mouvement fébrile assez marqué. La fièvre tombe le 18 au soir et le mouvement fébrile ne se reproduit pas.
Le lapin est sacrifié le 4er juillet. L'examen histologique du foie et de la rate ne révèle l'existence d'aucun élément pigmenté. La rate a son volume normal. Les autres viscères sont à l'état sain, il n'y a pas trace d'abcès métastatiques.
Lapin n° 3. — Conservé comme témoin. Ce lapin, auquel il n'est fait aucune injection, a une température qui varie de 40° à 40°8. Mort le 26 juin d'une rupture de l'estomac. La rate est exactement pareille à celle des lapins n° 4 et n° 2. L'examen histologique du foie et de la rate ne révèle rien d’anormal. ;
IL est à remarquer que la plupart des recherches faites dans le but de découvrir le parasite du paludisme ont porté sur l'air, l'eau ou le sol des localités palustres et que l'examen histologique du sang des malades atteints de fièvre palustre a été très
PARAS(TES DU PALUDISME, RÉSUMÉ 55. M négligé. Comme l'air, l'eau et le sol des marais ie un
us ombre d'êtres microscopiques appartenant soi au n., é I, soit au règne animal, on comprend qu'il D : Ex » d est parmi ces microbes celui qui occa-
lu paludisme, et qu'on ait été conduit à Les 70 ire ne k 7 tantôt une palmelle, à
4 tantôt un bacillus, suivant les espèces qui dominaient dans les # 4 2 localités où se faisaient les observations. & L À La présence de spores ou de bacilli dans les urines, dans la % sueur ou dans la salive des malades atteints de fièvre palustre, »! n’est pas davantage une preuve du rôle actif de ces microphytes 3
dans la pathogénie des accidents palustres. Les spores el les bacilli qui flottent souvent en grand nombre dans l'atmosphère, s'introduisent facilement dans la bouche et par suite dans la salive, dans la sueur et dans les urines. |
La méthode expérimentale ne paraît pas 1 non à plus devoir fournir des résultats bien ab pour l'étude de la stait in animal susceptible de contracter les fèvres ei me, on aurait sans doute des chances, à l’aide de cultures bien faites et d’inoculations successives, d'isoler le parasite du paludisme contenu : : dans l'eau et dans le sol des localités palustres. Malheureuse-
Le ment l'existence du paludisme chez les animaux est encore à 1 1 démontrer. 6e | rt 14 ‘4 C'est par l'étude des lésions anatomiques du paludisme que mL. j'ai été amené à découvrir er le sang des paludiques “les microbes qui me paraissent être les véritables parasites du A ; CS … paludisme; avant de décrire ces microbes, je crois donc devoir È 4 consacrer un chapitre à l'anatomie pathologique du paludisme. L + Lx, ls
a i LR