CHAPITRE I
Ç DES LÉSIONS ANATOMIQUES QUI SE RENCONTRENT : l° DANS LE PAI.U- DISME AIGU; 2 DANS LE PALUDISME CHRONIQUE. — IL EXISTE DES LÉSIONS CONSTANTES ET CARACTÉRISTIQUES DU PALUDISME. — DE LA MÉLANÉMIE. — HISTORIQUE. — OBSERVATIONS.
Les altérations macroscopiques que l’on rencontre à l’autopsie des sujets morts d’accès pernicieux ou de cachexie palustre ont été très bien étudiées par Bailly, Maillot, Dutroulau, Griesinger et par M. L. Colin; mais après avoir lu les
descriptions magistrales que nous devons à ces auteurs, on
? peut se demander encore s’il existe une lésion propre au paludisme et si toutes les altérations mentionnées par eux ne sont pas des lésions secondaires.
La plupart des auteurs admettent que chez les individus qui succombent rapidement à une fièvre pernicieuse on ne trouve
souvent à l’autopsie aucune altération. Telle est l'opinion
exprimée par Monneret et Fleury. (Comp. de méd., t. V,
F p. 341.) $ | Chomel parlant des fièvres pernicieuses, dit : « L'anatomie pathologique n'a rien appris de satisfaisant sur ces maladies.
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. Des fièvres et des malad. pest., Paris, 1821. ci
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Dans le cours de l'épidémie de fièvres intermittentes quia régné à Pantin, un grand nombre de malades ont été traité à l'hôpital de la Charité. Je tiens de M. le a LE qu’on n'a rencontré aucune lésion appréciable dans le cad
de deux individus qui ont succombhé à des symptômes pernicieux “2 ” ) développés soudainement. Je n'ai également rencontré aucune Le “dé “ lésion chez une femme fort âgée morte d’une fièvre intermit- U + Fr} L tente qui tout à coup était devenue comateuse. » ( ve ut |
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De l'impaludisme, Paris, 1867, p. 133.) ç a
D'après Grisolle, l'augmentation de witiné Le ts est
lésion la plus commune, la plus constante du paludisme, mais ’ re
cette altération elle-même peut faire défaut, etilappuie son dire | du témoignage de MM. Rochard, Jacquot” et Sonrier. « Deux médecins militaires, écrit-il (Traité de pathologie interne,
8 édition, Paris, 1862, p. 156), MM. Jacquotet Sonrier, ont cité quelques cas de fièvres intermittentes pernicieuses mortelles au
premier, au deuxième ou au troisième accès sans que l'au-
topsie ait révélé aucune altération dans l'organe splénique. (Mémoire sur les fièvres comateuses. Gazette médicale, 1849.) d M. le docteur Rochard dit aussi que chez vingt-deux individus F4 qui, à Madagascar, succombèrent à des fièvres pernicieuses É avant d’avoir pris le sel de quinine, il a vu la rale tantôtnormale, "© tantôt diminuée de volume; dans un cas elle était même tellement réduite qu'elle n'avait guère que la grosseur d'un mar- “4 ron. » (Union médicale, 10 février 1852.) 2 D'après M. Guinier, l'allération de la rate n'est pas constante | chez les paludiques, cette altération pourrait même faire défant F # chez des sujets épuisés après de longs mois par la cachexie FE palustre. (Essai de pathol, et de clin. méd., Paris, 1866.) | | | nb inasenrenéinne LM LE
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M. Duboué arrive lui aussi à conclure qu'il n’y a pas d’altération constante du paludisme. (Op. ect. p. 133.)
« Les fièvres intermittentes récentes, écrit Jaccoud (Traité
de pathologie interne, t. I, p. 594),ne présentent aucune lésion. »
On peut dire que les auteurs précédents n'avaient eu que peu d'occasions d'étudier les lésions anatomiques du paludisme ; la même explication n’est pas de mise pour Dutroulau, qui écrit cependant : « Les altérations varient autant que les formes
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de la fièvre dont elles ne sont que des effets.…, elles expliquent :
quelquefois matériellement les accidents et la mort, jamais Ja
nature de la fièvre. Les fièvres pernicieuses qui tuent le plus rapi-
dement, au bout de quelques heures d’accès quelquefois, et qui par conséquent sont l'expression la plus intense et la plus tranchée de la maladie, ne laissent même souvent après elles
aucune lésion apparente à l'œil nu dans les organes. » (Traité ”
des maladies des Européens dans les pays chauds, 9° édition, Paris, 1868, p. 199.)
Ainsi, en 1868, un observateur aussi consciencieux que Du-
troulau et aussi versé dans l'étude du paludisme, considérait encore les accidents palustres comme les manifestations d’une
dyscrasie de cause inconnue pouvant entraîner la mort sans
produire de lésion anatomique appréciable.
Une pareille opinion ne supporte plus aujoud’hui l'examen ;
il existe une lésion constante du paludisme, lésion tout à fait
caractéristique, puisqu'elle se rattache à la cause elle-même des
accidents du paludisme, ainsi que j'espère le démontrer. Je décrirai successivement, en me conformant à l'usage, les
altérations anatomiques du paludisme aigu et celles du palu-
disme chronique. A vrai dire, il n’y a pas de ligne de démar- |
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cation bien précise entre le paludisme aigu et le paludisme chronique ; à quel moment un malade atteint de fièvre intermittente doit-il passer de la catégorie des paludiques aigus, dans celle des paludiques chroniques ? La chose est le plus souvent malaisée à décider, La cachexie palustre s'établit quelquefois d'emblée et très rapidement; d'autre part on peut voir survenir les accidents les plus graves, les plus aigus du paludisme chez des individus qui sont atteints depuis longtemps de cachexie palustre. La distinction du paludisme en paludisme aigu et paludisme chronique est done quelque peu arbitraire, artiticielle, et à côté des cas qui rentrent facilement dans l’une ou l'autre de ces catégories, il faut s'attendre à en rencontrer un grand nombre d’autres qui sont difficiles à classer.
Si la distinction du paludisme en aigu et chronique est souvent difficile à faire dans la pratique, il faut reconnaître qu’elle rend de très grands services au nosologiste :elle mérite surtout d'être conservée en anatomie pathologique, car les paludiques succombent ou bien à des accidents pernicieux, ou bien dans la cachexie,et àces deux genres de mortcorrespondent des lésions anatomiques bien distinctes.