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IL. — ALTÉRATIONS ANATOMIQUES DANS LE PALUDISME CHRONIQUE

Les lésions du paludisme chronique sont beaucoup plus apparentes, beaucoup plus grossières, pour ainsi dire, que celles du paludisme aigu; mais elles sont aussi plus variées et on a plus de peine à distinguer les lésions du paludisme des lésions secondaires ou de celles qui sont le résultat des maladies concomitantes.

En Algérie, par exemple, il est très fréquent de voir le paludisme coincider avec l’alcoolisme ou avec la syphilis, et lorsque les malades viennent à succomber, il est très délicat, à l’autopsie, de faire la part de ces différentes maladies; le plus souvent il faut y renoncer. Alors même que le sujet n’était ni alcoolique, ni syphilitique, on n’est pas autorisé pour cela à mettre au compte du paludisme toutes les lésions trouvées à l’autopsie, La cachexie palustre est une maladie à évolution très lente en général,dans le cours de laquelle peuvent ‘se produire d’autres maladies telles que néphrites, hépatites, pneumonies, etc, L'organisme affaibli, anémié par la fièvre, offre plus de prise aux phlegmasies qu'un organisme sain, qui dispose de tous ses moyens de

résistance, et on doit admettre que le paludisme joue le rôle de cause prédisposante ; mais on ne peut pas faire rentrer dans l’anatomie pathologique du paludisme toutes ces phlegmasies accidentelles.

Au point de vue de l'anatomie pathologique macroscopique, on peut dire que la lésion la plus caractéristique, la seule constante du paludisme chronique consiste dans l'augmentation de volume de la rate ; l'hypersplénie est souvent énorme ; la rate, au lieu d'être ramollie, comme chez les individus morts d’accidents pernicieux, est indurée ;la coloration de l'organe n’estplus caractéristique, mais l'examen microscopique révèle encore l'existence d'éléments pigmentés dans les vaisseaux.

‘ Après la rate, c’est le foie qui est le plus souvent altéré,; les lésions sont celles de la congestion inflammatoire ou bien de la cirrhose. Lorsque les malades sont encore sous le coup du paludisme au moment de la mort, on constate sur les coupes histologiques du foie la présence d'éléments pigmentés dans les petits vaisseaux.

* La néphrite et la pneumonie chroniques viennent ensuite par ordre de fréquence.

Si on trouvait toujours des éléments pigmentés dans le sang des individus qui succombent à des lésions organiques d'origine palustre, il serait facile d'établir d’après l'examen histologique si telle cirrhose du foie, par exemple, doit être ou non rapportée au paludisme : malheureusement il n’en est rien. Il arrive souvent que le paludisme, après avoir donné naissance à une maladie du foie, des reins ou des poumons, disparaît soit sous l’influence du traitement spécifique, soit spontanément. Les malades n’ont plus d'accès de fièvre, ils sont guéris du paludisme, les ‘éléments pigmentés disparaissent de leur sang, mais les lésions

organiques : de la rate, du foie ou des reins s persistent et s'age cravent souvent jusqu’ à entraîner la mort.

On trouvera plus loin quelques observations dans lesquelles l'origine palustre des lésionstrouvées à l'autopsie ne paraît pas F douteuse, bien que l'examen histologique n'ait plus permis de constater la présence d'éléments pigmentés dans le sang ;il faut É noter que, dans ces cas, il n'y avait plus eu d'accès de fièvre 1 depuis longtemps (obs. XI et XIT).

? Je suivrai, pour la description des altérations pathologiques du paludisme chronique, l’ordre adopté pour celles du paludisme aigu.

A. Sang. --La masse du sang estnotablement diminuée.Tous les organes, tous les tissus sont anémiés. L'examen histologique du sang pris dans le cœur ou dans les veines, ne révèle pas toujours la présence des éléments pigmentés qu’on rencontre en si grand nombre dans le sang des individus morts d’accidents pernicieux. Le sang recueilli dans la rate montre le plus souvent des corps pigmentés identiques à ceux que nous avons décrits en étudiant les altérations du sang dans le paludisme aigu ; mais là aussi ces éléments peuvent faire défaut, bien que

les antécédents du sujet et l'hypersplénie ne laissent aucun doute

sur l'origine palustre des accidents.

Malgré l'hypersplénie, qui est souvent énorme, ilest très rare d'observer la leucémie comme complication du paludisme chronique. M. le Dr Marchiafava en a cité un exemple (Académie de médecine de Rome, 31 octobre 1879); d'après mes propres observations, on n’observe même pas dans la cachexie palustre la leucocytose, qui est assez commune dans le paludisme aigu.

B. Rate. — La rate est toujours augmentée de volume et de

LA

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