‹ Traité des fièvres palustresChapitre 28 sur 166 · RME · texte numérisé non relu

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poids, et l’hypersplénie atteint souvent des proportions colossales. On trouve chez les anciens paludiques des rates quioccupent toute une moitié de la cavité abdominale et dont l'extrémité inférieure descend jusque dans la fosse iliaque gauche, tandis que l’extrémité supérieure refoulele diaphragme. lln'estpasrarc que le poids de la rate atteigne un kilogramme, et ce chiffre est quelquefois dépassé.

La rate adhère souvent aux parties voisines notamment au diaphragme. La forme de l’organe est conservée, les sillons normaux sont nécessairement exagérés par suite de l'hypertrophie générale de l'organe. La consistance du parenchyme splénique est notablement augmentée ; la rate, placée sur sa face convexe, sur la table de l’amphithéâtre, ne s’affaisse pas et conserve sa forme. | |

La capsule de la rate est Le plus souvent enflammée : il existe des plaques blanches, fibreuses, de périsplénite, qui ont quelquefois deux ou trois millimètres, voire même un centimètre d'épaisseur. La capsule, très épaissie par places, a surd’autres points son épaisseur normale, ce qui permet de comprendre que la périsplénite, loin de s'opposer aux ruptures de Ja rate, les favorise au contraire. Une des conditions les plus favorables à ces ruptures est l'adhérence de la rate au diaphragme, à cause des tiraillements qui en résultent.

Le parenchyme splénique est dur, résistant, sur les surfaces de section ondistingue les tractus blanchâtres formés par l’épaississement du tissu conjonctif. |

Examen histologique (coupes faites après durcissement par le procédé ordinaire). Surles coupes faites au niveau des plaques de périsplénite on constate facilement que ces plaques se composent de deux parties distinctes : 1° une partie superfi-

cielle, qui répond à la tunique péritonéale et qui est formée par un tissu fibreux très dense à faisceaux parallèles ; dans l'intervalle des fibres on trouve des cellules plates en petit

nombre ; 2 une partie profonde qui répond à la capsule fibreuse

de la rate et qui se distingue de la partie superficielle par la

présence de fibres élastiques en grand nombre et de faisceaux fibreux qui s’entrecroisent dans tous les sens au lieu de pré-

senter une disposition régulière, une stratification parallèle, comme à la superficie. Au milieu de ces faisceaux fibreux on trouve d'ordinaire des éléments embryonnaires en grandnombre. Il est sacile de s'assurer sur la plupart des coupes histologiques que l'épaississement de la capsule fibreuse est beaucoup moins considérable que celui de la tunique péritonéale, De la face profonde de la capsule se détachent d’épais tractus fibreux qui s'enfoncent dans l'épaisseur du parenchyme splénique ; d’autres tractus fibreux suivent les vaisseaux spléniques ; il y a, en un mot, un épaississement très considérable de tout le squelette fibrenx de la rate, dont la structure devient par suite plus apparente qu'à l’état normal.

Les veines spléniques sont dilatées, gorgées de sang et au

ilieu des hématies on distingue des éléments pigmentés en plus ou moins grand nombre. On trouve aussi du pigment en “dehors des vaisseaux et quelquefois jusque dans les cellules plates du tissu conjonctif.

La paroi des veinules est épaissie; les cellules épithéliales fusiformes qui constituent l’épithélium des veines spléniques s'hypertrophient et se multiplient.

La pulpe splénique proprement dite comprimée entre les tractus fibreux épaissis et les vaisseaux dilatés, n'occupe en réalité, sur ces rates énormes, qu'une petite place ; les éléments lym-

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phoïdes normaux sont peu nombreux ; le tissu adénoïde qui forme des gaines aux artérioles spléniques dans une partie de. leur parcours (corpuscules de Malpighi), est en général peu altéré.

Sur les coupes traitées au pinceau, on constate que le. réticulum lymphatique, peu altéré dans certains cas, a subi dans d’autres un épaississement manifeste.

Ilexiste quelquefois une dégénérescence amyloïde des vaisseaux de la rate; j'ai observé dans deux cas cette dégénérescence à un degré très marqué. Il y avait du reste dans ces deux

cas suppuration chronique (broncho-pneumonie avec dilatation des bronches), ce qui parait être la condition pathogénique principale de la dégénérescence amyloïde (obs. XI).

Les lésions de la rate dans le paludisme chronique sont en somme celles de la congestion inflammatoire et de la cirrhose hypertrophique. Il est à noter qu’on n’observe presque jamais la cirrhose atrophique de la rate.

C. Foie. — Le foie est presque toujours malade chez les cachectiques palustres. C'est même souvent l’altération du foie qui est chez eux la cause directe de la mort.

Les altérations du foie sont celles de la congestion inflammatoire ou de fa cirrhose.

Congestion inflammatoire. Le foie est notablement augmenté de volume et de poids. Sa forme est conservée. Sa surface est lisse ou légèrement bosselée. Sa coloration est d'un rouge plus foncé qu’à l’état normal ; on trouve souvent à la surface des : plaques blanches de périhépatite. La consistance est augmentée; sur les coupes le parenchyme hépatique présente une teinte uniforme d’un rouge sombre; la partie périphérique des lobules aune teinte presque aussi foncée que la partie centrale.

Sur les coupes histologiques, faites après durcissement par le procédé ordinaire, on constate ce qui suit : la capsule du foie est en général épaissie; les capillaires sanguins, distendus par le sang, compriment les travées des cellules hépatiques, qui s’'amincissent. Les noyaux des capillaires sanguins sont saillants et en voie de prolifération. Les espaces triangulaires élargis, montrent des éléments embryonnaires en plus ou moins grand nombre.

Au milieu des hématies qui remplissent les petits vaisseaux, on trouve des éléments pigmentés identiques à ceux qui existent dans le foie des sujets morts de fièvre pernicieuse, maisen moins grand nombre.

Cette congestion inflammatoire du foie peut se terminer par résolution ou bien aboutir à la cirrhose.

La cirrhose du foie qu'on rencontre le plus souvent dans le paludisme chronique est sans contredit la cirrhose atrophique. C’est à la cirrhose atrophique que se rapportent les observations IX et X.

Ces observations, qu'il m'eût été facile de multiplier, ont été recueillies sur des Arabes qui ne buvaient pas de boissons alcooliques ; j'ai éliminé à dessein toutes les observations dans lesquelles l'influence de lalcoolisme pouvait être invoquée. Le foie, diminué de volume et de poids, estrétracté, ldéformé, globuleux; la surface est inégale, mamelonnée; au microscope on trouve les signes ordinaires de la cirrhose atrophique : hyperplasie du tissu conjonctif formant des anneaux qui englobent un ou plusieurs lobules, atrophie progressive des cellules hépatiques, néoformation de canalicules biliaires à la périphérie des lobules envahis par le tissu conjonctif, etc. La cirrhose atrophique du foie d'origine palustre, nese distingue en somme

des autres cirrhoses atrophiques que par la présence dans les petits vaisseaux des éléments pigmentés caractéristiques du paludisme, encore ce caractère n'est-il pas constant, car il peut se faire que le paludisme guérissé alors que la cirrhose du foie qu'il a provoquée continue a évoluer.

On observe quelquefois la dégénérescence graisseuse des cellules hépatiques ou la dégénérescence amyloïde des petits vaisseaux.

La cirrhosehypertrophique du foie est plus rare chez les paludiques que la cirrhose atrophique : je n’en ai recueilli qu’une observation avec aulopsie, encore la relation de cause à effet entre le paludisme et l'affection du foie était-elle contestable dans ce cas.

Chez un autre malade j'ai vu survenirtousles symptômes de la cirrhose hypertrophique du foie, notamment l'augmentation considérable de volume de ce viscère et l’ictère chronique, à la suite d’une atteinte de fièvre intermittente; mais le militaire objet de cette observation a quitté le service trois mois après le début des accidents, et je l'ai perdu de vue.

MM. Kelsch et Kiéner ont décrit une hépatite parenchymateuse miliaire d'origine palustre(Arehives de physiologie, 1878). Je n'ai jamais eu l'occasion de rencontrer cette allération du foie en Algérie, et il me paraît douteux qu'elle puisse être rattachée au paludisme.

D. Reins. — Par ordre de fréquence, les altérations des reins dans le paludisme chronique méritent de prendre place après celles de la rate et du foie.

Les aliérations des reins d'origine palusitre ont été décrites par MM. Lancereaux (Atlas d'anatomie pathologique), Kiëéner

ns à PALUDISME CHRONIQUE 03 | dé.

(Tribune médicale, 2 août et 2 septembre 1877), Marchiafava É el Ferraresi (Bulletin de l’Académie de médecine de Rome, 4 1881). 4 D'après Kiéner les lésions des reins dans le paludisme chro- * nique se rapporlent à deux types : 1° rein engorgé, 2 rein 1 atrophié. r@ Les reins engorgés sont volumineux, augmentés de poids; | : Ja surface est lisse, la consistance ferme ; la coloration est d’un é 4 ; rouge sombre; la congestion est marquée surtout dans les 2 pyramides. Tous les vaisseaux sont distendus et la congestion # est parfois si forte qu'il se produit des hémorrhagies intersli- à tielles ou dans l'intérieur des tubuli. L'épithélium des tubuli | KR est granuleux, il se desquame et on trouve souvent des cylin- É dres hyalins. "4 Les reins atrophiés sont petits, bosselés ; la capsule est adhé- | x rente, la consistance augmentée; les reins présentent une teinte x marron où acajou, ou bien un aspect tacheté. Il existe souvent é

de petits kystes. Le microscope révèle des altérations qui portent à la fois sur la trame conjonctive et sur l’épithélium des tubuli.

Tout en admettant avec Kiéner que les néphrites chroniques sont le plus souvent mixtes, on doit reconnaître cependant qu'il y a des types bien tranchés de néphrite épithéliale et de néphrite | interstitielle, et on est en droit de se demander si la néphrite ss palustre a plus de tendance à se localiser sur le tissu conjonctit des reins que sur les épithéliums, ou inversement.

Les faits quej'airecueillis en Algérie laissent cette question indécise, Car j'ai rencontré tantôt la néphrite mixte, tantôt la néphrite épithéliale, tantôtenfinlanéphriteinterstitielle. L'observation XII est un type de néphrite épilhéliale chronique sans mélange de ‘2x néphrite interstitielle ; mais à côté de ce fait, j'aurais pu en citer | À

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d'autres dans lesquels les lésions des reins étaient celles de la néphriteinterstitielle.Ceslésions étaienttrèsnettes, notammentchez un malade mort decachexie palustre à l'hôpital militaire de Sétif, dont les pièces anatomiques m'avaient été envoyées par M. le Dr Sorel. Le tissu conjonctif du rein était partout fortement épaissi, infiltré d'éléments embryonnaires ou transformé en tissu fibreux ; parmi les glomérules les uns avaient subi la transformation fibreuse et les autres [a transformation kystique. Quant à l’épithélium des tubuli, il ne présentait pas d’altération notable. La présence d'éléments pigmentés dans les petits vaisseaux du foie et de Ja rate ne laissait d’ailleurs aucun doute sur l'existence du paludisme dans ce cas.

Deux fois j'ai constaté la dégénérescence amyloïde des petits vaisseaux des reins (observation XI); dans les deux casla cachexie palustre était compliquée de broncho-pneumonie chronique avec dilatation des bronches.

E. Tube digestif. — La dysenterie étant en général très commune dans les pays palustres, on comprend qu’il ne soit pas rare de trouver à l’autopsie des cachectiques les traces d'une dysenterie antérieure ; pigmentation très marquée au niveau des follicules cios du gros intestin, comme dans l’observation X, cicatrices fibreuses, rétrécissements, ulcérations de la muqueuse, comme dans l'observation I; mais il s’agit là de coïncidences accidentelles. Le tube digestif ne paraît subir aucune altération du fait du paludisme lui-même.

Le péritoine renferme souvent de la sérosité citrine, qui s'y accumule en grande quantité dans les cas de cirrhose atro-. phique du foie.

La péritonite partielle est fréquente autour de la rate et du

foie; la péritonite aiguë est une cause de mort assez commune (observations IX et XII). NES.

F. Poumons. — Les plèvres renferment de la sérosité en plus ou moins grande quantité dans les cas où la cachexie s'accompagne d'anasarque,; lorsqu'il existe des phlegmasies pulmonaires, ce qui n'est pas rare, les plèvres s’enflamment secondairement et on observe alors les lésions de la pleurésie ou des adhérences pleurales.

Les poumons sont fréquemment le siège d’inflammations aiguës ou chroniques.

La pneumonieaiguë descachectiques palustres se caractérise en général par des lésions quirappellent le splénisation pulmonaire plutôt que l’hépatisation franche. Le parenchyme pulmonaire, d'un rouge foncé, résistant, privé d'air, présente à la coupe une surface unie, luisante, et non unesurface granuleuse comme dans la pneumonie franche; on trouve souvent au milieu du parenchyme induré des noyaux noirâtres, hémorrhagiques. L'examen histologique fait sur des coupes pratiquées après durcissement par le procédé ordinaire montre que les alvéoles pulmonaires sont remplis d'éléments jeunes; les exsudats fibrineux sont très peu abondants, ce qui explique l'aspect particulier du poumon. Il existe en général du pigment en assez grande quantité le long des vaisseaux sanguins.

Catteloup a donné une bonne description de la pneumonie aiguë palustre (Rec. Mém. méd. milit., t. XL, ® série, p. 268).

La pneumonie chronique sans mélange de tuberculose n’est pas très rare dans le paludisme chronique. Les observations XI et XII sont des exemples de cette pneumonie chronique d'origine palustre déjà signalée par Heschl (Ueber Lungen Indu-

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