MANIFESTATIONS CLINIQUES DU PALUDISME
CLASSIFICATION DES FORMES CLINIQUES DU PALUDISME. — FIÈVRES INTERMITTENTES. — FIÈVRES CONTINUES PALUSTRES. — OBSERVATIONS CLINIQUES.
Lorsqu'on étudie certaines classifications des formes cliniques du paludisme, on est vraiment effrayé de la complexité du sujet etona peine à comprendre qu'un même agent puisse donner naissance à des maladies aussi différentes.
La classification des fièvres palustres donnée par Torti et figurée par lui sur les feuilles d’un arbre à quinquina au commencement de son ouvrage à été classique pendant longtemps; les auteurs modernes ont adopté des classifications beaucoup plus simples, mais la confusion est encore grande comme on peut. s'en convaincre en lisant lemémoire publié en 1878 par M. Guéguen sous ce titre : Étude sur la température dans les fièvres intermittentes et les fièvres éphémères, Paris, 1878. Ce ravail, qui a obtenu le prix annuel de médecine navale, ren-. ferme certainement des documents intéressants, et mon intention en le citant ici n’est pas de le critiquer, je constate seu-
FRET Sn te» AE | At AO PL AS ge EE AE CLASSIFICATION 18 211 lement que la classification des fièvres palustres adoptée par |
‘ . l'auteur est très compliquée et qu'elle ne donne pas au lecteur - une idée très nette de ces fièvres.
Si des médecins qui, comme M. Guéguen, ont été journellement
- aux prises avec les fièvres palustres et qui ont pu recueillir | comme il a le mérite de l'avoir fait, de nombreux tracés thermométriques, ne sont pas encore arrivés à débrouiller le chaos de ces fièvres, à plus forte raison doit-il en être ainsi pour les - praticiens qui n'ont pas observé le paludisme chez lui. Ces - derniers, forcés de s’en rapporter au dire des auteurs, croient
- volontiers que le paludisme est de toutes les maladies la plus capricieuse dans ses manifestations cliniques, la plus difficile à reconnaître sous les déguisements variés à l'infini qu’elle sait prendre.
Après cinq années passées en Algérie, je n'hésite pas à dire que, contrairement à l'opinion généralement reçue, les manifestations cliniques du paludisme sont peu variées, à ce point
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- que la monotonie de ces manifestations est souvent un ennui - dans les services cliniques des pays chauds. | e”
Pendant ces cinq années passées à Bône, à Biskra et à Constantine, c’est-à-dire dans des localités où règne le paludisme, jai vu passer dans les services dont j'étais chargé plus de seize « cents paiudiques, j'ai pris plus de six cents observations en ‘3 ayant soin de recueillir de préférence les faits qui sorlaient È quelque peu de la règle commune, ceux qui présentaient quelque particularité intéressante, et je puis affirmer que tous les faits … que j'ai observés rentrent dans le cadre suivant :
{° Fièvre intermittente quotidienne, tierce ou quarte,
: 20 Fièvre continue ;
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3° Fièvre intermittente ou fièvre continue compliquée d'acci-
dents graves (accès pernicieux) ;
4° Cachexie palustre.
Je ne nie pas, bien entendu, l'existence des fièvres larvées ; il paraît démontré que le paludisme peut se traduire seulement par une névralgie intermittente par exemple; mais je constate que pendant ces cinq années, malgré tout le désir que j'avais de compléter ma collection d'observations en y ajoutant quelques cas de fièvre larvée, je n’en ai pas observé un seul
exemple, ce qui montre tout au moins qu'il s’agit d’une forme
rare du paludisme.
Je me console du peu de succès que j'ai eu dans cette re-. cherche des fièvres larvées en voyant que des observateurs tels que Maillot et Dutroulau n’ont pas été beaucoup plus heureux que moI.
Maillot, dans son Traité des fièvres intermitlentes,ne donne pas une seule observation de fièvre larvée, et il en est réduit à décrire les différentes localisations de ces prétendues fievres d'après le Traité des fièvres intermittentes de Bonnet (Paris, 1835), dont il cite un passage en faisant de sages rcserves. D'après Maillot on ne saurait considérer comme des fièvres anomales ou larvées celles desaffections décritessous ce titre qui ne s’accompagnent pas d’un mouvement fébrile. « Cependant, ajoute-t-il, on pourrait peut-être faire une exception pour ces névralgies périodiques qui s’accompagnent d'une réaction circonscrite dans la partie malade ; car elles sont en petit ce que les fièvres intermittentes sont en grand ». (Op. eit. p. 46.)
Ainsi, Maillot, dit peut-être même pour la névralgié intermiltente, qui est cependant la moins contestée des fièvres larvées.
CLA SSIFICATION M5:
Dutroulau critique l'expression de fièvre intermittente larvée, qui doit être abandonnée, suivant lui, et on cherche en vain dans son ouvrage une description des manifestations larvées du paludisme.{Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, Paris, 1868, voir notamment p. 212.)
Les seuls types de fièvre intermittente que j'aie nettement constatés sont les types quotidien, tierce et quarte. L'existence des types plus compliqués: fièvres double quotidienne, double tierce, double quarte, tierce doublée, etc..., ou à intermiltences plus grandes : fièvres quintane, sextane, septimane, octane, ne me parait pas absolument démontrée : ces longues intermittences s'expliquent presque toujours par la. suppression de quelques accès sous l'influence du sulfate de quinine; ces types, s'ilsexistent,sontentous cas très rares et ne présentent que très peu d'importance au point de vue clinique.
La fièvre palustre est intermittente ou continue; l'expression de fièvre rémittente, très usitée en Algérie,ne me paraît pas devoir être conservée.
Parmi les malades atteints de fièvre palustre, les uns ont des paroxysmes fébriles qui sont séparés par des intervalles d'apyrexic plus ou moins longs ; chez les autres au contraire la température reste constamment au-dessus de Ja normale pendant un certain nombre de jours; on dit des premiers qu'ils ont une fiévre intermittente, il me semble rationnel de dire des autres qu’ils ont une fiévre continue. Dans la fièvre continue palustre on observe souvent, il est vrai, des rémissions plus ou moins marquées; mais ces rémissions existent également, à un degré variable, dans la fièvre continue par excellence, dans la fièvre typhoide.
L'expression de fièvre rémittente palustre a suivant moi le tort
V COPMT. |
de faire croire que la fièvre prend parfois un caractère particulier, d’éveiller dans l'esprit de l'observateur qui arrive dans les pays chaude l’idée de quelque chose de nouveau, de quelque courbe thermométrique inobservée par lui jusqu'alors et de lui faire croire que la fièvre palustre qui n’est pas intermittente diffère par sa marche journalière, et non pas seulement par sa durée et son mode d’ascension et de défervescence, de la fièvre = typhoïde, ce qui est inexact.
$ L'expression de fièvre subeontinue a les mêmes inconvénients que celle de fièvre rémittente.
La dénomination de fiéore pernicieuse ne me semble pas devoir être conservée davantage : il n’y a pas de fièvres pernicieuses distinctes des fièvres intermittentes ou des continues
palustres, il y a seulement des fièvres palustres intermittentes
ou continues qui se compliquent d'accidents graves : c’est à ces fièvres compliquées que s'applique l'expression d'accidents ou accès pernicieux,
Il est indispensable, pour apporter un peu d'ordre dans la description des formes cliniques du paludisme, d'adopter une division de ces formes, c’est pourquoi je m'occuperai dans des chapitres différents de la fièvre intermittente, de la continue palustre, des accidents pernicieux et de la cachexie palustre Mais il faut bien se rappeler qu’il n’y à aucune limite naturelle entre ces manifestations du paludisme, qui peuvent se combiner entre elles de bien des manières; et que entre les types bien caractérisés, rentrant exactement dans l’une de ces classes, il existe des formes intermédiaires très nombreuses. Les accès prolongés et subintrants établissent une transition naturelle de l’intermittente bien caractérisée à la continue palustre; de même entre les fièvres intermittentes ou continues simples et
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les accès pernicieux, on trouve des fièvres graves que l'on peut arbitrairement classer dans l’un ou l’autre groupe; il est très
difficile de dire où commence la cachexie palustre, à quel degré
d'affaiblissement et d’anémie les malades doivent être arrivés
pour prendre place dans cette classe, enfin la cachexie palustre
s'accompagne presque toujours de rechutes de fièvre inter-
mittente, parfois même elle se complique d'accès pernicieliié
Je consacrerai en dernier lieu un chapitre aux complicatio
qui ne rentrent pas dans le cadre des accidents pernicie
aux maladies intercurrentes du paludisme, en particulier à la
dysenterie, à la pneumonie et à la fièvre typhoïde, dont les rap-
ports étiologiques avec les fièvres PRIE ont ne l'objet de
nombreuses discussions. |
Toutes les fièvres intermittentes que j'ai observées en Algérie se rapportaient aux trois types classiques:
Type quotidien, caractérisé par des accès revenant tous les jours ;
Type tierce, caractérisé par des accès revenant tous les deux jours ;
Type quarte caractérisé par des accès revenant tous les trois jours.
La fièvre intermittente quotidienne est de beaucoup la manifestation clinique la plus commune du paludisme, en Algérie du moins; les fièvres tierces se rencontrent surtout chez des individus qui ont déjà eu une ou plusieurs atteintes de fièvre, quant aux fièvres quartes, elles sont relativement très rares.
Tous les auteurs qui ont étudié le paludisme en Algérie
ou