INCUBATION
agissait immédiatement et que les incubations à longue période n'étaient que des hypothèses. »
Après avoir cité plusieurs exemples très probants de l'incubation prolongée du paludisme, Dutroulau ajoute : « Je pourrais multiplier beaucoup ces citations qui toutes ont la même signitication : une période de latence variable du miasme avant Texplosion de la fièvre. Jusqu^où peut s'étendre celte période? C'est ce qu'il est impossible jusqu'ici de déterminer. » {Op, cit., p. 233.)
Une première atteinte de fièvre intermittente ne confère aucune immunité ; bien au contraire, on peut dire que dans les lièvres palustres la rechute est la règle. Durand de Lunel a observé des rechutes 87 fois sur 100 {Traité des fièores intermittenteSfip. 25), et ce chiffre est plutôt au-dessous qu'au-dessus de la proportion réelle. Dans la plupart des cas, il s'agit de rechutes dans l'intervalle desquelles l'agent du paludisme reste à l'état latent ; mais à côté de ces rechutes il y a aussi de véritables récidives, impliquant une nouvelle infection; aussi est-il très difficile de guérir les paludiques qui ne peuvent pas s'éloi- .gner du foyer dans lequel ils ont pris la fièvre.
La durée des intervalles d'apyrexie qui séparent les rechutes de fièvre dépend : 1"* de la susceptibilité individuelle ; 2* du traitement ; 3* des causes accidentelles qui peuvent provoquer des accès.
J'ai déjà dit que chez les individus anémiés, affaiblis par le paludisme ou par d'autres maladies, les fièvres étaient extrêmement rebelles et reparaissaient dès qu'on cessait le traitement. En continuant l'administration du sulfate de quinine pendant quelque temps après la cessation des accès, en prescrivant des toniques et des reconstituants, on peut éloigner les rechutes
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sinon li?s supprimer; le repos à l'hijpital, une vie tranquille, diminuent les chauresde rechute, qui sont augmeatées, au contraire, par les Taliguei^ et les excès de toute sorte. Il arrive souvent ([u'iiu malade qui n'a pas eu d'accès depuis longtemps et qui pamlt gum. a um' rechute de fièvre le jour m<!me de sa sortie (le l'hôpital, sous l'influence de la fatigue qui est la conséquence de la reprise du travail. L'insolation, les traiimatismes, peuvent aussi rî-veiilcr la lli-vre; M. le professeur Verneuil a étudié avec beaucoup de soin cette action des traumatismes sur la marche du paludisme, et il a réuni à ce sujet des faits nombreux el Irt's probants dans les remarquables articles sur le paludisme publiés par lui dans la Reoue de chirurgie (18«1-18S3).
Les conditions de milieu qui sont nécessaires au développement du paludisme sont les mêmes que celles qui favorisent lii piiliulaliou de la plupart des espèces végétales et animales à la surface du j<lobc ; an peut délimiter aussi exactement les zdnesoù règne la malaria que celles qui produisent telle ou telle plante, enfin l'aKcnl du paludisme a, comme les végétaux et les animaux inférieurï^. une période hibernale,et, comme eux, il se réveille toujours ii la même époque pour une même localité. Ces analogies frappantes ont conduit naturellement un grand nombre d'observatuurs à penser que les accidents du paludisme étaient produits par un miasme animé de nature végétale ou animale, par un parasite en un mot.
Le soleil, dit M. Malié, est en quelque sorte te régulateur de la malaria. " il semble agir sur les causes de cette vasie endémie à la fa<,'on dont il exerce sa puissance fécondante sur les germes des végétaux el même de la plupart des animaux, de
PARASITES Di: PALUDISME, HISTORIQUE 31
sorte quMl sert à rendre plus évidente Tanalogie vivement soupçonnée entre la nature de celle-ci et de ceux-là. » (Article géographie médicale du Diction, eneyclop, des Se. mécL, i« série, t. Vlli, p. 264.)
Vitruve, Varron et Columelle admettaient déjà que les fièvres palustres étaient produites par l'introduction d'animalcules dans le corps de Thomme. Le microscope, en nous révélant le monde des infiniment petits, a transformé cette hypothèse grossière en une théorie scientifique, et de tous côtés on s'est mis à la recherche des parasites du paludisme.
Lancisi peut être considéré comme le premier auteur qui ait formulé d'une façon scientifique la docrine parasitaire du paludisme. D'après lui les fièvres palustres sont produites par des animalcules microscopiques qui, engendrés par la putréfaction des végétaux dans les marais, se trouvent en suspension dans Tair des localités marécageuses et qui sont susceptibles de pénétrer dans le sang. (Lancisi, De noxiis paludum effluviis^ lib. Il, Romœ, 1717.)
Ces idées, défendues par Razori, étaient si répandues et si populaires en Italie au commencement de ce siècle, que dans le peuple les animalcules fébrifères avaient reçu le nom de serafiei; on conseillait de ne respirer Tair des localités palustres qu'a travers une gaze légère qui empochait la pénétration des parasites de la fièvre dans les voies respiratoires, et de manger de Tail ; les vapeurs alliacées ayant la propriété de détruire ces parasites. (Armand, V Algérie médicale, p. 6S.)
Virey pensait que les infusolres étaient la principale cause de l'insalubrité des marais.
Boudin attribuait le paludisme à la flore des marais et princi»
paiement it la llouve, au ehara oul'jaris et â (juclques autres espèces vcjjélales qui répandraient dans lalmosphiTe des pi-incipe.s volatils nuisibles; il est bien prouvé que les espèces végétales incriminées par Boudin sont parlai tenient innocentes des accidents du paludisme; l'Iiypothësc émise par Boudin s'éloigne du reslede la doctrine parasitaire, puisqu'elle attribue le paludisme à un vérilable cmpoisonnemenl, ii une intoxication par les émanations des plantes des marais, et non k la pénétration de parasites animaux ou végétaux dans l'économie.
M. le professeur ItoucUardal a émis sur l'origine des lièvres palustres une opinion analogue â celle de Boudin, avec celle différence qu'il incrimine la faune des marais et non la l!ure : d'après Boucliardat, les accidents du paludisme sont produiUpar un venin que sécrètent quelques-uns des animalcules microscopiques qui pullulent dans les marais. Eu examinant au microscope la rosée recueillie au-dessus des marais on y découvre, avec les débris organiques de toute espèce, de petits lloconsqui seraient la matière toxique, l'agent de la malaria- (Bouchurdal. Annuaire de thérapeutique, 18(16, p. 209.) H me serait facile de démontrer que le paludisme u les allures d'une maladie parasitaire et non celles d'une intoxication, mais je m'éloignerais de mon sujet, qui est, en ce moment, d'exposer les recliercbes faites dans le but de découvrir le parasite du paludisme-
J.-K- Mitcliell a publié, en 1849, une série de leçons faites fi Ptitladelpliic sur le iijle des champignons microscopiques dans la palhogènie des accidents du paludisme. {On the enjpiogamous origin nf malarioiis and épidémie fererit.) Pliiladelpbie, IKJ9.1J.-K. Mitchell cite des exemples d'individus atteints de lièvre intermittente uprés avoir respiré une almosplicrecliar-
PARASITES DU PALl'DISME, IIISTORIQI'K ^3
gùe do spores de chiimpij^nons et dans les crachais desquels un rencontrait ces spores en grand nombre ; il conclut que les fièvres palusti-es sont produites par l'introduction dans iioli'i^ économie de véfîélaux microscopiques dont il n'a pas réussi ilii reste à découvrir la nature ni à déterminer l'espèce.
Mûhry (Die geographischen Verh'i Unisse, etc. cil. Vl) arrivr aussi à conclui'e que les agents du paludisme sont les sporo^^ de certains vi'gétaux microscopiques ; mais il ne cite à l'appui de cette opinion aucune observation nouvelle.
W.-A. Hammond pense, comme >ritchell, que les mahdii^s palustres sont dues très probablement' à l'inhalation de spores (A Treadseon ki/giene, Philadelphia, 1863); ildit avoireonsl.Tlitrôs souvent la présence de spores en (rt^s grande quantité dans des localités où la malaria était endémique, lui-même a contracté une fièvre intermittente après avoir inspecté une granOn quantité de fourrages avariés. Hammond non pins que Mitclii'H el Mfiliry ne s'explique du reste sur la nature de la plante qui fournit les spores fébrigènes.
J. Lemairc a étudié avec beaucoup de soin les organismes microscopiques qui se développent dans la vapeur d'eau ?e. cuiïlllie au-dessus des marais: ses recherches ont été faii'dans une des localités les plus malsaines de la Sologne connue sous le nom expressif de Tremble- Vif.
« Au moment de sa condensation, le liquide, était incoloiv limpide ; son odeur et sa saveur rappelaient celles de l'eau d\"^ étangs; elle était sans action sur les papiers réactifs. Elle conte nait des spores sphériques, ovoïdales et fusiformes, puis un grand nombre de cellules pâles de diverses dimensions. IVimis trouvâmes en quantité considérable de très petits corps semitransparents, de formes diverses, sphérique, ovoïdale, /ylin-
3i ÉTIOLOGIE
dri((ue, régulière ou iprégulière ; ces corps me paraissent reproduire des micropbyles et des microzoaires; enlln quelquescorps bruns, qui nous parurent d'origine végétale, des grains d'amidon, de la poussière et des cristaux cubiques. La liqueur condensée fut abandonnée h la lempéralure ambiante (33 à 30* cenligr.) en présence d'un égal volume d'air dans un llacon bouché.
« Examen microscopique quinze heures après: odeur marécageuse prononcée: bourgeonnement des petites cellules: dans une seule goutte d'eau deux cents baeierium termo.
■c Quarante heures après : cellules bijuguées : bacterium, cibrio, apirillum, mondes très nombreuses; diminution des petits corps semi-transparents. Il y a un certain rapport entre la diminution de ces petits corps et l'augmentation des micropbyles et des microzoaires.
« Soixante heures après ; le liquide est troublé par des nuages blanchâtres; odeur putride; le dépOt est entièrement formé par : baeierium, oibrio, spiriUum immobiles, etc. . .
<< Plus tard les microphytcs diminuent et 'sont remplacés par des animalcules...
M Conclusions. — Ces recherches paraissent prouver qu'en Sologne.oii régnent les fièvres paludéennes, l'air contient une quantité considérable de mierophytea et de mierotoaires, tandis que. celui de Romainville, pays très sain, n'otfre qu'un» minime proportion de ces petits êtres. L'air du Jardin des Plantes diflfère de ces deux localités, mais il se rapproche beau. coup de celui de ta Sologne. La situation particulière du Jardin des Plantes, qui est voisin de la rivière de Bièvre, de deux amphithéâtres d'anatomie, d'un hôpital, explique ce résultai. » (Lemaire, Compte rendu de l'Aead. des Se., séance du 17 août 186*, t. LIX, p. 317.)
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Lemaire incline visiblement à penser que les microphytes ou les microzoaires qui se rencontrent en si grand nombre dans Tair des localités palustres sont la cause des accidents du paludisme, mais il n'accuse aucune espèce en particulier d'engondrer ces lièvres.
Binz ayant constaté d'une part, l'action toxique des seU de quinine sur les infusoires et d'autre part l'existence de bactéries dans le sang de malades atteints de fièvre intermittente, en a conclu un peu vite que les bactéries étaient la cause de la fièvre palustre et que le sulfate de quinine guérissait la fièvre en tuant ces bactéries. {Max SchuUxe's Archiv, i867.)
On a objecté avec raison à Binz: 1« que la présence des bactéries en petit nombre dans le sang n'avait rien de caractéristique, attendu qu'on pouvait en rencontrer même dans le sang de l'homme sain; 2' quelessels de quinine n'avaient pas d'action toxique bien énergique sur les bactéries. M. Vulpian a calculé que si les microbes du paludisme étaient des bactéries, pour les tuer, il faudrait administrer au moins 30 grammes de chlorhydrate de quinine dans les vingt-quatre heures. (Bochefontaine, Action de la quinine sur les vibrioniens. Areh. de PhyaioL, 1873, !'• série, t. V, p. 390.)
Binz a essayé de produire chez des chiens les accidents du paludisme en leur injectant dans les veines des matières putrides d'origine végétale, et il a prétendu que les animaux rendus malades de cette façon guérissaient par le sulfate de quinine. Il est bien probable que Binz n'a jamais provoqué ainsi de véritables fièvres intermittentes et que les animaux sur lesquels il expérimentait ont eu simplement des accidents pouvant être rattachés à la septicémie. J'aurai du reste l'occasion de revenir à la fin de ce chapitre sur les tentatives qui ont été
3U ËTlOLuGlK
faites à plusieurs rcpnses dans )c but de provoquer le paludisme chez les animaux.
J.-H- Salisbury, professeur à l'école de médecine de Claveland (Ohio), a publié, en 1866, sur les parasites du paludisme, un mémoire qui a eu au certain retentissement. {The ameriean Journ. of the med. seienees, janvier 1866. — Ce mémoire a été traduit dans la Reoue des cours scienlijlques du 6 novembre 1869.)
En 1862 Salisbury eut l'occasion d'examiner dans les vallées de rotiioetdu Mississipt de nombreux malades atteinis de tiévre intermittente et de constater dans les crachats, dans les urines et dans la sueur de ces malades de petites cellules végétales se rapportant au genre algue et à l'espèce palmelles ; ces cellules ne se rencontraient que dans la zOne où régnaient les flèvres, et leur présence était constante dans l'urine et dans la sueur des fébricitants. Salisbury détinit ainsi qu'il suit les caractères de ces algues fébrigËncs, qu'il désigne sous le nom de gemiaama: « Plantes ayant l'apparence de cellules, consistant chacune en une paroi extérieure mince contenant un noyau rempli de petites spores soit simples, soit agrégées, se multipliant par dédoublement ou segmentation de la face externe d'une membrane mère et provenant de spores. Couleurs variées : rouges, vertes, jaunes, blanches, plombées, etc.. Il y a plusieurs espèces qui semblent agir comme un poison malarial. Les plantes rouge-brique et plombées se trouvent principalement dans les sols Hches en calcaire, pendant que les variétés jauneverdAtre et blanches se rencontrent plus souvent dans les terrains dépounus de calcaire. » Salisbury retrouva les spores des palmelles sur le sol et dans les couches inférieures de l'atmosphère des localités p8lustres,et pour bien établir la rela-
PAIlASmCS W- PALDlUiJIi;, IIL-TOHIQlii :i7
lion qui existait entre les palmelies et le paludisme, il intiiilua respérience suivante : il Tit remplir sis caisses en bois d uik' couche mince de terre riche en palmelies, ces caisses fuient transportées dans un lieu élev6, d'une salubrité parfaili' et placées sur la fenêtre d'une chambre habitée par deuxjeuiies gens sains et bien portants. Au bout de quinze jours environ les deux jeunes gens avaient des accès de tiévre tierce bien réglée alors que personne autre u'élait atteint dans la mi'uie maison; dans une autre expérience analogue, deux individus sur trois furent atteints de fièvre intermittente.
Salisbury dit encore que lorsqu'il parcourait des Iccitlitis marécageuses dans lesquelles les palmelies étaient abondaulcs, il a souvent ressenti une sensation de sécheresse et de chniiin' an fond de la gortfe qui annonçait invariablement la pénétration des spores dans les premières voies de la respiration.
Depuis 1866, date de la publication du mémoire de Salislnuy, aucun fait cooBrmatif de ces recberehes n'a été publié, au contraire on a constaté que, dans beaucoup de localités désoliVs par la malaria, les palmelies disaient complètement dél^uil. Les expériences faites par Salisbury ne sont pas probanlis en faveur du rdie important des palmelies. Car en admettant qii'uNP fièvre intenniltente légitime se soit développée chez les jeums gens dont il parle, rien ne prouve que les palmelies ont i'h' lu cause de cette fièvre, la terre prise dans des localités mar<'::ageuses renfermait évidemment d'autres microbes en gr;itii] nombre, ^ui ont bien pu jouer le rdle que l'auteur attribue ;iii\ palmelies.
Les professeurs Wood et Leidy de Philadelphie ont coui lié pendant un mois dans une chambre où l'on avait réuni umgrande quantité de palmelies sans éprouver aucun maUiioe.
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(Wooà, American Journ. of med. «c, 181)8.) Wood fail reQla^ qiter: 1° que les palmelles sont des plantes très riches en ctiloropliyllcqui ont besoin pour vivre de l'action de la lumière et qui ne peuvent pas vivre dans le sang ; 3° que les palmelles se trouvent dans une foule de localités Ir^s saines et qu'elles se développent aussi bi™ dans la neige que dans l'eau tiède, ce qui n'est pas en rapport avec ce iiue nous savons de l'action du Iroid sur l'agent du paludisme ; S^iiue les palmelles vivent très bien dans des solutions de sulfate de quinine.
M. le D' Quinquaud, qui a étudié avec soin les palmelles. a souvent absorbé lui-mt^rae et a fait absorber à d'autres personnes ces organismes ; les résultats ont toujours été néga* tifs. (Société de biologie, V^nocembre 1879.)
Le D' Massy (de Ceyian) a signaléla présence d'une quantil>> énorme de champignons microscopiques dans l'air pendant la période endémo-épidémique des lièvres palustres i'iJafl'na. {.Arma med. Ueporl, 1865.) L'air, l'eau, les crachats et l'urine de la plupart des fébricitanls renfermaient des spores de mucédinées. La relation existant entre les tiévres palustres el les spores des mucédinées n'est pas établie dans les notes publiées par le \y Massy, et tout indii|ue qu'il ne faulvoirlà qu'une coïncidence.
Hallirr n'a pas fait de recberclies spéciales sur le parasUe du paludisme; mais il est tenté de croire, dit-il, que ce parasite doit appartenir à une espèce voisine des oscillariniées, c'est-àdire de ces organismes vermiformes.douésdemouvements tn^s vils qu'on trouve en abondance dans l'enduit verdfilre des égouls el qu'on a placés tour à tour dans le régne animal et dans le règne végétal. (Richtér. Sckmidfa Jakrbûcher 1867 et iStiH. Cité par M. le D' Valtin : art. Maraia in Dictionnaire Encyclopédique des sciences médiealea.)