PARASITES DU PALUDISME, HISTORIQUE
niière condition pour étudier une maladie de rhomme par la méthode expérimentale, est de trouver une espèce animale susceptible de contracter cette maladie ; or nous avons vu plus haut que le paludisme était très probablement une maladie particulière à l'homme. Les animaux sur lesquels MM. Lanziet Terrigi, Klebs et Tommasi Crudeli, Ceci, ont expérimenté, ne paraissent pas pouvoir prendre les fièvres palustres; peut-on les leur donner artificiellement? La chose reste très douteuse malgré les nombreuses tentatives faites dans ce sens ; aussi les résultats de la méthode expérimentale, si importants en ce qui concerne les maladies qui, comme la morve, le charbon et la rage sont communes à plusieurs espèces animales, ne peuvent-ils être acceptés ici que sous bénéfice d'inventaire.
Dès 1869, Binz avait essayé de produire le paludisme chez les chiens, en leur injectant dans les veines ou en leur faisant avaler des matières végétales en putréfaction. {Pharmakologiaehe Studien ûber Chinin. Virehow's Arehiv, 1869.)
En 1878, Griffini institua des expériences sur des chiens et des lapins avec de la rosée recueillie au-dessus des marais; il observa que chez les chiens en expérience il y avait souvent des mouvements fébriles et que chez les lapins on voyait quelquefois se produire des phénomènes d'intoxication {Bulleiino eritiogamtco, 1874); Griffini estime que les accidents sont comparables à ceux qui surviennent chez Thomme atteint de paludisme, mais il ne donne aucune preuve à Tappui de cette assertion. MM. Lanzi et Terrigi auraient réussi à tuer des lapins et des cobayes en leur injectant dans le sang de l'eau prise dans les marais d'Ostie et même, chose difficile à croire, en leur faisant respirer pendant quelques heures par jour Tair des localités où règne la malaria. {Aeeademia medica diHoma, 1876.)
U ÉTIOLOGIK
MM. Lanzi et Terrigî prétendent avoir retrouvé dans la rate et dans le foie des animaux en expérience des éléments pigmentés analogues à ceux qui existent dans le sang des individus morts de fièvres pernicieuses ; et en cultivant ces éléments pigmentés^ ils auraient obtenu une végétation analogue aux ^oo^/ea, pour laquelle ils proposent la dénomination de bacteridium brunneum.
C'estdansle but de contrôler les faits annoncés par MM. Lanz et Terrigi que MM. Klebs et Tommasi Grudeli ont entrepris en 1879 dans la campagne Romaine leurs recherches sur la nature du miasme palustre. Les premiers résultats de ces recherches ont été communiqués par M. Tommasi Grudeli à la Reale aecademia dei Lineei au mois de juin 1879, et publiés dans les Arch, f. experiment Pathologie, le l«' juillet 1879.
Les recherches de MM. Klebs et Tommasi Grudeli ont porté sur Tuir, l'eau et la terre des marais Pontins ; les principales expériences ont été faites avec des liquides fertilisés à l'aide de la terre des marais. La terre prise dans les marais était exposée à l'air par une température de 30 à 40*^, de manière à de.ssécher la surface en laissant la couche profonde humide, ce qui,comme on le sait depuis longtemps, est la condition la plus favorable au développement du miasme palustre; une petite quantité de cette terre était ensuite introduite dans un liquide de culture, et ce liquide servait à son tour à ensemencer d^autres liquides qui étaient injectés dans le tissu conjonctif sous-cutané du lapin.
D'après MM. Klebs et Tommasi Grudeli, le microbe du paludisme serait un bacillus qu'ils ont rencontré dans Tair, dans l'eau et dans la terre des marais ainsi ({ue dans les liquides de culture préparés comme nous venons de le dire et dans le sang des animaux inoculés.
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Dans le sol des régions palustres, le baeillua malariœse trouverait sous Taspect de nombreuses spores mobiles réfractant fortement la lumière, de forme allongée, ovalaire, le diamètre le plus grand de l'ovale étant de 0,95 millièmes de millimètre. Dans le corps des animaux inoculés ou dans les liquides de culture, le parasite se développerait sous la forme de longs filaments d'apparence d'abord homogènes, puis segmentés transversalement, de manière à figurer des articles dans Tintérieur desquels se développent des spores; Torigine des spores parait être d*abord pariétale, mais les segments tout entiers se remplissent bientôt de corpuscules germes.
Le bacillua malariœ appartient à la classe des aérobies, il se développe facilement dans les liquides riches en substances azotées, dans les solutions de gélatine et d'albumine, dans l'urine et les liquides de l'organisme.
D'après les auteurs dont j'analyse le travail, les liquides tenant en suspension le bacillua malariœ donnent lieu aux accidents caractéristiques du paludisme quand on les injecte dans le tissu conjonctif sous-cutané des lapins. Tout d'abord il se produit une fièvre à marche typique, avec des intermittences qui durent quelquefois jusqu'à 60 heures ; quand les animaux succombent, on trouve la rate tuméfiée et on constate la présence, dans la rate et dans la moelle des os, du bacillus malariae, qui se présente parfois sous l'aspect de filaments homogènes, mesurant de 0,060 à 0,080 de millimètres de long; dans les cas graves, il existe aussi dans la rate des grains pigmentés analogues à ceux que l'on trouve dans le sang des individus morts de fièvres pernicieuses.
Lorsqu'on filtre avec soin les liquides de culture, le liquide filtré injecté à des animaux ne produit plus aucun accident et au contraire le résidu de la fiitration est tK's actif.
46 ÉTIULOGIE
Ces recherches, très concluantes en apparence, sont passibles de très graves objections :
La présence des baeilli dans Teau, l'air et le sol des localités marécageuses de la campagne Romaine n*est pas plus probante en faveur du rôle de ces parasites, que celle des palmelles dans les marais de TOhio. Tout le poids de la démonstration retombe donc sur la proposition suivante, qui ne me parattpas suffisamment démontrée: en injectant à des lapins des liquides de culture renfermant les bacilli en question, on produit chez ces animaux des accidents qui relèvent du paludisme.
MM.Klcbs etTommasiCrudeli affirment dans leurs conclusions qu*ils ont produit chez les animaux en expérience des fièvres intermittentes à type régulier, il suffit cependant de jeter les yeux sur les tracés thermométriques annexés au mémoire de M. Tommasi Crudeli,pour se convaincre que ce n*estlà qu*une illusion et qu'aucun des tracés ne ressemble à celui d'une fièvre intermittente légitime, et on conçoit très bien qu'une des variétés des septicémies si faciles à provoquer chez le lapin puisse donner lieuà des tracés semblables. La tuméfaction de la rate n*est pas plus probante, cette tuméfaction s'observe en eflTet dans toutes les formes de la septicémie ; l'existence des bacilli dans divers organes (rate, moelle des os), sous la forme de longs filaments homogènes, ne peut pas être considérée comme une lésion du paludisme, car on ne rencontre jamais de filaments semblables dans les organes des individus qui meurent de fièvres pernicieuses.
Reste le pigment trouvé dans la rate de quelques animaux. Cette preuve ne serait décisive que s'il était démontré que ce pigment était de même nature et de même provenance que celui qui existe dans le sang des paludiques ; le doute est permis à cet
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égard, d'autant plus que MM. Klebs et Tommasi Crudeli msignaleotla présence du pigment que dans la rate, localisation difficile à expliquer quand on admet que les lapins sont raari^ de fièvres palustres graves avec accidents pernicieux.
Alors même que quelques-uns des lapins inoculés par H M. Klebs et Tommasi Crudeli auraient succombé au paludisme, ce qui esttrèscDnlestable, il ne serait pas prouvé pour celaque le bacillii h décritparcesobservateurssoitle parasite du paludisme; il esttri'> probable, en effet, que les liquides qui ont servi k inoculer los lapins renfermaient d'autres microbes quelebacillus incrimini- . quand ou ensemence un liquide avec de la boue desmarmil Taut's'altendre à récolter beaucoup de choses.
J.-H. Hittell, dans le travail qu'il a publié sur le bacillus malarin {Paeijlc Med. a. Surg. Journal, juia 1S80], montre bien qu'nvaut de considérer ce bacillus comme le parasite du paludismi'. il; aencore bon nombre de questions à résoudre, celles-ci entir autres :
Le bacillus se rencontre-Hl chez toutes les personnes atteiud's de paludisme? — Fait-il défautcbez toutes les personnes atteintes d'affections étrangères au paludisme? — Ne le trouve-tK)D pas quelquefois chez des personnee qui jouissent d'une bonne santé ? — N'eiiste-t'il pas deslocalités salubrea dans l'air et le sol desquelles le bacillus se trouve comme dans les localités où k' paludisme est endémique ? — Le bacillus meurt-il ou perd-il on moins une partie de son activité aux basses températures qm empêchent le développement du paludisme? — Les sels de quinine tuen(-ils les bacilli? — Les lapins peuvent-ils contracl* j spontanément la malaria dans les localités palustres, siiioii pourquoi ne la contractent-ils pas î
MM. Klebs et Tommasi Crudeli o'ont jamais répondu k cis
4S ÉTIOLOGIE
(IQcslions, el ils auraient ûtt' Tort empt'cliôs de répondre au moins Ji quelques-unes d'cnlpc elles; il est certain par exemple que le prétendu baeillus maîariœ fait souvent défaut dans le sanfj de malades atteints dafleclions palustres el que, par contre, il a été rencontra maintes fois dans le sang de malades atteints d'affections absolument étrangères au paludisme. Il est certain aussi que les sels de quinine tuent très dirficilement les bacilli.
M. Tommasi Crudeli a publié, en \W> (The Practitioner, novembre 1^80, p. 33t), le résumé de ses reclierches nouvelles sur \f. baeillus malariœ&t aussi des recherches entreprises sur le même sujet par MM. Perroncito, Ceci, Cuboniet Marclliafa^'a Valenli, Ferraresi, Piccirilli.
Il résulterait de ces nouvelles recherches que les spoi-es du baeillus nifi/arici? se retrouvent dans le sangdes lapins auxquels on inocule l'eau des marais (Ceci), dans le sangdes malades atteints de fiÈvre palustre (Marchiafava, Perroncito, Ferraresi), dans le sang aspiré de la raie des r/bricitaats par une méthode imaginée par le D' Sciammana {Marchiafava, Ferraresi, Sclaramaua, Valent! et Piccirilli).
Lu culture du sang extrait de la rate sur le vivant pendant les paroxysmes fébriles aurait donné des bacilli identiques & ceus décrits et figurés par MM. Klebs et Tommast Crudeli; de mûme pour les cultures ensemencées avec des fragments de la pulpe spléuique des pei-sonnes mortes de Tièvres pernicieuses ; les cultures faites avec la pulpe de la rate de personnes mortes d'autres maladies en pays non palustre, n'auraient donné au contraire que des résultats négatifs (Cuboni).
D'après MM. Marchiafava et Ferraresi, le sang d'un malade atteint de lièvre intermittente examiné pendant la période de frisson contient toujours et parfois en grande quantité le