‹ Traité des fièvres palustres, avec la description des microbes du paludismeChapitre 25 sur 103 · LAVER AX, FIÈVRES PAL'ISTHES · texte numérisé non relu

LAVER AX, FIÈVRES PAL'ISTHES

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I su

98 ASATOMIE PATHOLOGIQUE

centre du tissu embryonnaire ou fibreux de nouvelle formation d'alvéoles tapissés d'un èpilhélium cylindrique (AreAioea de physiologie, 1880, p. 143). Il est intéressant de rapprocher ces pneumonies expérimentales des pneumonies palustres, qui elles aussi sont provoquées par l'existence de corps étrangers dans l'intérieur des petits vaisseaux.

La tuberculose pulmonaire est assez rare en Aigrie dans le paludisme chronique, il n'en est pas de même à Rome, où M. Marcbiafava a eu souvent l'occasion de voir la tuberculose se développer chez des cachectiques paluslres. (Marchiarava, Académie de médecine de Rome, 31 octobre 1879. — Marchiafava etFerraresi, Académie de médecine de Rome, 1881.)

Il n'eii&le en général dans le paludisme chronique aucune altération du cœur, du système nerceux, ni de Vappareil locomoteur.

R^SUHË DES LÉSIONS ANATOUIQUES DU PALUDISHE. — IMPORTANCE

CAHTAm DES ËLËHBNTS PIGMENTÉS. — HISTORIQUE DB LA

UéUNËU[E.

Le paludisme aigu est liés bien caraclùrisé ou point de vue anatomique par l'existence d'cléraenls pigntcnlùs dans le sang et principalement dans les petits vajsseaux de la raie et du foie.

Dans le paludisme chronique on observe souvent des lésions profondes de la rate, du foie, des reins, des poumons, mais l'altération la plus constante, le plus carnclérislique est fournie encore ici par la présence d'éléments pt^'menlî'S dans les petits

lisscuiix d.> 1,1 ralf.

Lorsque des malades atteints de fièvre intermittente simple succombunl ù des complications, à des maladies intercurrentes, on constnie é^'alûment citez eux, notamment dans la rate, l'cxis-

ps^^^f

MÉLANÉMIE 99

tence des éléments pigmentés qui sont le véritable cachet anatomique da paludisme. On trouvera plus loin (voyez : chapitre VI) les observations de deux malades qui, entrés à l'hôpital pour fièvre intermittente, ont succombé le premier à une pneumonie aiguë, le deuxième à une variole hémorrhagique ; dans ces deux cas l'autopsie permit de constater que la rate renfermait un grand nombre d'éléments pigmentés.

L'étude des lésions anatomiques du paludisme nous montre en somme que l'altération la plus caractéristique, la seule constante du paludisme, consiste dans la présence d'éléments pigmentés dans le sang et principalement dans le sang de la rate ; les corps pigmentés qui existent dans le sang des paludiques ne se rencontrent dans aucune autre maladie. L'anatomie pathologique ne peut guère nous conduire au delà de ces conclusions, elle nous renseigne mal sur la nature de ces éléments pigmentés.

L'examen du sang recueilli aussitôt après la mort montre, il est vrai, qu'à côté des leucocytes mélanifères il existe des corps hyalins pigmentés doués de tormes très caractéristiques, mais l'étude du sang frais recueilli sur les malades atteints de tièvre palustre permet seule de reconnaître la véritable nature de ces éléments.

Avant d'aborder cette étude, qui fera l'objet du chapitre suivant, il me parait nécessaire de consacrer quelques pages à l'histoire de la mélanémie qui, considérée jusqu'ici par la majorité des auteurs comme une lésion accessoire des fièvres palustres, mérite désormais de prendre la première place parmi les altérations anatomiques du paludisme.

Il est intéressant de voir, et c'est ce qui ressortira de cet historique, que la mélanémie a acquis de plus en plus d*impor-

100 ANATOMIE PATHOLOGIOUK

lanceà mesure que ranalomie palliologique^des fièvres paluslres faisait des progrès, et de conslater combien les théories de la mélanémie proposées jusqu'à ce jour étaient peu satisfaisantes.

Les premiers observateurs, privés du secours du microscope, ne pouvaient que constater la teinte brunâtre que présentent souvent la rate, le foie et le cerveau chez les sujets morts de paludisme, et ils n'enregistraient cette altération que lorsqu'elle était très marquée, et qu'elle s'imposait, pour ainsi dire, à l'altention.

Lancisi note la coloration noirâtre du foie chez un individu mort de lièvre bilieuse palustre (De noxiis paludum ejflucm. In Opéra omnia, Geneva?, 1718).

Stoil signale une pigmentation foncée du cerveau et du foie chez une femme morte à la suite d'une fièvre intermittente (Ratio medendi, t. 1, p. 106).

Bailly remarque que chez plusieurs individus morts de fièvre pernicieuse, le foie tout entier était noirâtre et que la couleur du cerveau était beaucoup plus foncée qu'à l'état normal (Traité anaiomo-pathologique des fièvres intermittentes y Paris, 1825, p. 181, etc.).

Monfalcon signale à plusieurs reprises la pigmentation exagérée du cerveau chez des malades morts de fièvre palustre (Histoire médicale des marais, p. 306-322).

Popken et Fricke mettent la pigmentation anormale de la rate, du foie et du cerveau au nombre des altérations les plus fréquentes qu'ils eurent l'occasion d'observer pendant l'épidémie de fièvres palustres qui régna en 1826, sur les côtes de la mer du Nord. (Cités parFrerichs, Traité des maladies du foie, Iraduct. franc., Paris, 1866, p. 490.)

MéUSliMIE '101

Chisholm constate que dans les fièvres rémiltcntes des Inâes Occidentales, le foie présente quelquerois une coloration qui rappelle celle du lif^ge poniri,

Thussinck (épidémie de Groningue en 18S6) [note la couleur grise, ardoisée du foie ; de même Anderson, Prick, Drake (cités par Griesinger, Traité des maladies infectieuses, 2' édition, p. 96).

^ R, Briglit a donné le dessin d'un cerveau dans lequel la substance grise des circonvolutions avaitune couleur sombre semblable à celle du graphite {Reports of med. eaaes, ch. vr, pi. XVII-XIX).

.\nnesley, Stewardson signalent la colorAion brunûtre qvc présentent souvent la rate et le foie chez les individus morts de fièvre paluslre.

La teinte particulière de la rate, du foie et de la substance grise des centres nerveux chez tes sujets morts à la suite d'accidents pernicieux, ne pouvait pas échapper h un observatem aussi habile et aussi consciencieux que Maillot. y L'illustre auteur du Traité des fièvres intermittentes &\gnh\>en efTet à plusieurs reprises la teinte brunâtre de la rate, et il compare justement cette teinte à celle du chocolat à l'eau. Sur vingt-deux autopsies de fièvre pernicieuse, Maillot note huit fois la coloration foncée de la substance grise du cerveau ; dans cinq cas cette coloration était portée jusqu'à une teinte noirâtre. {Traité des Jlècres intermiteniles, Paris, 1836, p. 285-287.)

Maillot, privé du secours du microscope, ne pouvait pas se rendre compte des causes de celte pigmenlalion, qu'il a été con duit à considérer comme une conséquence de l'inflammation. (Op.cii., p. 328.)

Haspel mentionne aussi la pigmentation anormale de la rate,

I du foie et de la substance grise du cerveau au nombre des

! altérations qu'il a rencontrées le plus souvent chez les sujels

j morts de fièvre palustre. (Haspel, Maladies de VAlgérie,

Paris, 1850, t. 1, p. 335, t. Il, p. 318.)

G*est très probablement à la mélanémie palustre que se rapportent les observations publiées par Tigri en 1857 dans la GC'^ zette médicale de Toscane, sous le titre de Peau bronzée et rate noire (analyse in Gazette hebdom., 1857, p. 386.) Meckel le premier reconnut que la coloration brunâtre de ^ certains viscères chez les sujels morls de fièvre palustre dépendait d'une accumulation de pigment dans le sang. [Zeiischr. f, Psychiatr, v. Damerow, 1847, et Deutsche Klinik, 1850.) Peu après Virchow constatait l'existence de nombreux éléments pigmentés dans le sang et dans la rate d'un homme mort de fièvre intermittente. (Archiv. f. PathoL Anat. v. Damerow, 1848, Band II, Seite 594.)

Dans sa Pathologie cellulaire, Virchow rend compte en ces termes de ses recherches sur la mélanémie : « Je trouvai, ditil, des cellules à pigment dans le sang du cœur d*un malade sujet à la fièvre intermittente et dont la rate était depuis longtemps volumineuse. Meckel n'avait trouvé que des granules de pigment et de petits amas de granules. Les cellules que j'observais avaient une grande analogie avec les globules blancs du sang, elles étaient sphériques, allongées parfois, à noyaux; leur intérieur était sablé de granules noirâtres plus ou moins volumineux. Dans ce cas la rate était aussi noirâtre et volumineuse. » (Virchow, Pathologie cellulaire, traduction française de P. Picard, Paris, 1861, p. 184.)

Heschl (Zeitsehr. d. Gessellschaft der Aerzte, Wien, 1850) et Planer {même recueil^ 1854) ont publié un grand nombre de

MÉLÀNÉMIB 103

faits relatifs h la mélanémie palustre ; ils ont bien observé en particulier la mélanémie des centres nerveux, mais c'est sans contredit Frericbs qui a donné la meilleure description de cette altération du paludisme et qui le premier en a compris l'importance.

Frericbs décrit très bien les altérations produites par la më-* lanémie dans les différents organes : foie, rate, poumons, reins, cerveau. 11 signale dans le cerveau à côté des particules de pig* ment, u des concrétions incolores et byalines qui obstruent certains vaisseaux capillaires et qui sont reconnaissables à leur puissance réfringente. » (Traité des maladies du foie, trad. française, p. 493.)

Frericbs a bien vu que le pigment est tantôt libre, tantôt renfermé dans des éléments, qui sont des leucocytes ou des corps byalins. Rarement, écrit-il, les granules de pigment sont isolés. « La plupart du temps plusieurs sont réunis en groupe au moyen d'une substance pâle, soluble dans Tacide acétique et dans les alcalis caustiques. Ces conglomérats présentent des formes très diverses, il en est de ronds, de longs ; d'autres ressemblent à des boudins ou sont irrégulièrement ramifiés. Il n'existe pas de limites membraneuses bien nettes, la substance unissante hyaline qui possède les propriétés de la fibrine, enveloppe ces conglomérats d'un liséré tantôt mince tantôt plus large, mais dont les contours restent indécis. » (Op. eit, p. 493- 494.)

Il parait évident que Frericbs a vu les formes cadavériques des éléments parasitaires qui seront décrits dans le chapitre suivant sous les noms de corps kystiques n* 1 et n» 2.

Frericbs a compris le rôle important que ces éléments pigmentés du sang devaient jouer dans la pathogénie de certains ac-

oidents du paludisme, des accidents cérébraux en particulier. Il a du reste méconnu absolument la nature et l'origine véritable de ces éléments; il ne paraît même pas avoir songé qu'il était en présence de parasites du sang. Frerichs admet comme vérité drmontréeque le pigment résulte d'une décomposition du sang, et à partir de ce moment il est obligé de quitter le terrain solide des faits pour entrer dans la voie des théories et des hypottitses.

l'our Frerichs, c'est dans la rate que se forme la plus grande partie du pigment, d'autres organes et notamment le foie peuvent par exception prendre part à la formation du pigment. La cause principale du développement du pigment dans le sang des malades atteints de licvre palustre est la stagnation du san^ dans les sinus veineux de la rate. Frerichs avoue qu'il ne peut pas expliquer pourquoi la production de pigment manque ou du moins est beaucoup moins considérable dans un grand nombre d'autres liyperéroics de la rate, dans celles notamment qui accompagnent la fièvre typhoïde, lapyémie et la fléere intermittente simple. On voit que Frerichs ne regardait pas la mélanèmie comme une lésion constante du paludisme, ni comme une altération tout à fait spéciale à cette affection. Il est à remarquer cependant que toutes les obsenalions de mélanèmie qu'il donne se rapportent au paludisme.

La description delà mélanèmie palustre faite par Frerichsa été reconnue exacte par tous les observateurs qui, après lui, se sont occupés de la question ; sa théorie de la formation du pigment a eu au contraire à subir de nombreux assauts, sans toutefois qu'aucune des théories rivales soit parvenue à s'établir définitivement à sa place. Les opinions émises sur l'importanco Réméiotif|iiR de ta mélanèmie ont aussi beaucoup varié comme nous allons le voir.

mélânémie 105

Charcot, dans un article très remarquable sur la mëlanémie, publié en 1857, écrit au sujet de l'altération pigmentaire du cerveau dans les fièvres palustres accompagnées d'accidents cérébraux : « Cette altération n'existe pas dans tous les cas; on la rencontre dans des fièvres où les troubles cérébraux n'ont pas existé ; elle n'est pas proportionnée à l'intensité des symptômes: comment comprendre enfin qu'une lésion permanente puisse occasionner des désordres qui reparaissent et s'effacent tour à tour suivant un type parfois très régulier ? Mais ces réserves étant faites, il n'est pas impossible d'admettre que l'obstruction des vaisseaux capillaires du cerveau et des méninges par les corpuscules de pigment puisse avoir, lorsqu'elle existe à un haut degré, une certaine part dans la production de quelques accidents des fièvres comateuses. L'obstacle qu'une pareille lésion apporte au cours du sang prédispose évidemment h la formation des foyers d'apoplexie capillaire, des ramollissements cérébraux, des hémorrhagies méningées que Ton rencontre assez fréquemment sur les cadavres des individus qui ont succombé à la suite de ce genre de fièvre. » (Charcot, De la mélânémie. Gazette hebdom., 1857, p. 663.)

Charcot admet aussi que la gêne mécanique qu'éprouve le sang par suite de l'oblitération du système capillaire peut rendre compte de Talbuminurie consécutive à la fièvre intermittente.

D'après Griesinger, le pigment ne se produit dans le sang que dans les cas graves de fièvre palustre, il ne se rencontre pas dans les fièvres intermittentes simples, ou du moins on ne le rencontre dans ce cas qu'en très petite quantité.

Le pigment qui circule dans le sang est généralement renfermé, écrit Griesinger, dans des éléments qui ressemblent aux leucocytes ou aux cellules de la rate, il ne devient libre

qu'à la suite de la destruction de ces éléments. (7>ai^ë des 7 maladies infeeiieusea, traduction française» deuxième édition Paris, 1877, p. 44.)

Pour Charcot et pour Griesinger, comme pour Frerichs, le pigment noir est un produit de destruction des hématies; Griesinger pense que cette transformation s'opère dans les épithéliums des vaisseaux. Le pigment provient très probablement, écrit-il (o/>. c(Y.,p.43),de la matière colorante des globules rouges du sang ; cette matière colorante se désagrège et se transforme en pigment noir dans Tépithélium des parois vasculaires ou dans ces parois elles-mêmes.

Griesinger admet avec Frerichs que Taccumulation du pigment dans les petits vaisseaux du cerveau est souvent la cause des accidents cérébraux qui se produisent dans le cours des fièvres palustres graves. Après avoir énuméré les accidents cérébraux qu'on observe pendant le cours et quelquefois à la suite de ces lièvres, Griesinger ajoute : « On doit considérer comme vraisemblable que les causes principales de ces accidents cérébraux et nerveux sont dues à des accumulations de pigment dans le cerveau et à une altération des capillaires les plus fins dont les parois sont le siège d'un dépôt pigmentaire ; les différences symptomatiques seraient dues à l'envahissement de tels ou tels points de l'encéphale. » (Op. cit., p. 82.)

Griesinger admet aussi que la présence des éléments pigmentés explique la teinte terreuse de la peau chez les individus atteints de paludisme, mais il considère en somme la mélanémie comme un phénomène accessoire et inconstant du paludisme; on ne sait pas encore, écrit-il (o/>. cit., p. 46), si la formation du pigment a quelque rapport avec le développement des accès, une telle hypothèse est peu vraisemblable.

MÉLAKÉMIE 107

Robin, dans ses Leçons sur les humeurs normales et mor* bides (Paris, 1867, p. 209), consacre un chapitre à la mélanémie. D après lui, les grains pigmentés sont des granules d'une substance grasse qui a la propriété de fixer la matière colorante existant toujours à l'état de dissolution dans le sérum du sang. Chose curieuse, Robin ne parle même pas des rapports du paludisme et de la mélanémie ; ce fait seul prouve combien, en 1867, on était peu fixé encore sur Timportance de la mélanémie et sur sa signification pathologique.

Dutroulau n'accorde que quelques lignes à la mélanémie dans l'étude qu'il fait de l'anatomie pathologique des ûëvres palustres; il ne s'agit là, pour lui, que d'une altération du sang tout à fait accessoire.

Dutroulau remarque très justement que, dans le paludisme, l'altération du sang parait préexister aux altérations des organes et les régler en quelque sorte ; mais, ajoute-t-il, m la nature de cette dyscrasie n'est pas mieux déterminée pour la fièvre intermittente qu'elle ne l'est pour d'autres maladies où elle est encore plus apparente, le choléra et la fièvre jaune par exemple. » (Dutroulau, op. ctï., p. 197.)

D*après Rindfleisch, dans la mélanémie, le pigment dérive de la matière colorante du sang et n'est autre chose que Thématite métamorphosée, condensée et précipitée sous forme de granules. Les dépôts de pigment qui se font dans le foie et dans la rate peuvent être considérés comme la conséquence immédiate d*une hyperémie considérable et persistante. Le pigment se forme en dehors des vaisseaux^ il passe ensuite dans le sang et peut alors produire des embolies notamment dans les capillaires du cerveau. (RindOeisch, Traité d'histologie pathologique, traduction française de Gross, Paris, 1873, p. 200.)

10S AKATOUIE PATHOLOaiorE

On voit que la théorie de la formalion du pigment donnée par lUndfleisch dlfTJ^re nolablemenl de celle adoptée par Frericlis et G lie singer.

7 M. L. Colin, dans son Truite desjlèorea intermitientes, signale la pigmentation do certains viscères, notamment de la raie, du foie et du cerveau parmi les principaux caractères anatomo-patliologiques des fièvres pernicieuses. « Chez trois sujets, deux enlevés par des accès comateux, le troisième par une lièvre algide, nous avons été frappé, ôcrit M. L. Colin, de la coloration grise noirâtre (graphite), de la substance corticale d(i cerveau ; cette coloration provenait de la présence de pigment dans la lumière et les parois des dernières ramifications capillaires de cette substance. » {Op. cit., p. 3i5.)

Pour M. L. Colin la pigmentation dp la raie, du Toie, du cerveau, est du reste une lésion inconstante et très secondaire dans les fièvres palustres. Le pigment se forme sur place à la suite des congestions répélées dont la rate, le foie, le cerveau et la peau sont le siège ; il s'agit d'une épiphénomène banal en quelque sorte, analogue h la pigmentation <[ui se produit dans tous les tissus qui ont été enflammés, dans les plaques de Peycr, à la suite de la fièvre typhoïde par exemple, ou dans la muqueuse du gros intestin chez les dysentériques. D'après le même auteur le pigment se trouverait très rarement dans le sang. (L. Colin., op. ci(., p. 346 et 347.)

Celte explication de la mélanémie palustre se rapproche de celle donnée par Rindfleisch, elle est en désaccord avec ce fait aujourd'hui bien établi que dans le paludisme aigu la mélani'^mie est produite par la présence d'éléments pigmentés en trt'S ■ grand nombre, dans le sang, alors que, en dehors des vaisseaux, on iie rencontre aucun de ces éléments. La pigmenta-

UÉLâNÉMIE 109

tion qu'on observe à la suite des inflammations est produite au contraire par du pigment qui se dépose dans les cellules du tissu conjonctif, en dehors des vaisseaux; il n*existe jamais dans ce cas d*éléments pigmentés intra-vasculaires.

Pour M. Colin comme pour Rindfleischla mélanémie n'a qu'un rulc très effacé dans la palhogénie des accidents du paludisme et en particulier dans celle des accidents cérébraux.

Dans un travail postérieur à son Traité des Jlèores inter^ mittentes, M. L. Colin explique la teinte terreuse que prennent rapidement les malades atteints de fièvre palustre, par la migration des leucocytes mélaniferes dans le derme et non plus par la formation sur place du pigment; cette migration des leucocytes mélaniferes lui parait même si bien démontrée qu'il donne ce fait comme une preuve décisive à l'appui de la diapédèse des leucocytes chez l'homme. {Areh.de médecine, W^, t. II, p. 641.) M. L. Colin parait donc avoir abandonné, au moins en ce qui concerne la peau, la théorie de la formation du pigment sur place.

L'article Mélanémie du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, dû à la plume de M. B. Bail, montre combien l'histoire delà mélanémie était encore obscure en 1873. Le fait d'avoir consacré un article à la mélanémie et de n'avoir pas renvoyé l'élude de celte altération du sang à l'article Paludisme, permet déjà de constater que la relation intime qui existe entre le paludisme et la mélanémie n'était pas nettement établie à ce moment. L'auteur de cet article arrive du reste à conclure que la mélanémie se développe presque exclusivement sous Tiniluence du paludisme et il ne cite aucune exception pour justifier ce presque.

M« B. Bail expose très bien, d'après Frerichs, les altérations

110 ANATOMIK PATHOLOGIQUE

des différents organeç dans la mèlanémie ou plutôt dans le paludisme aigu ; en même temps que ses descriptions, il adopte la théorie de Frerichs sur la formation du pigment ; les grains de pigment trouvés dans le sang sont pour lui des résidus des hématies détruites dans la rate par suite de la stagnation du sang dans les sinus veineux de cet organe ; comme Frerichs, M. B. Bail admet que d'autres organes, le foie par exemple, peuvent concourir à la formation du pigment.

M. B. Bail laisse entrevoir du reste que cette théorie de la mélanëmic ne le satisfait pas complètement. Il se demande avec raison pourquoi la mèlanémie ne s'observe que dans le paludisme. « Pourquoi celte coïncidence? Pourquoi d'autres maladies accompagnées d'une tuméfaction considérable de la rate, le typhus, la fièvre typhoïde par exemple, ne donnent-elles jamais (ou presque jamais) lieu à la mèlanémie? C'est là un problème jusqu'à présent insoluble. » {Diction, eneyelop. des 8e, méd., 2' série, t. VI, p. 354.)

Sur le rôle joué par le pigment dans la pathogénie des accidents du paludisme, M. B. Bail fait les plus grandes réserves et il ajoute (op. eit,ip. 358) : « La théorie de lamélanémie envisagée comme cause efficiente des phénomènes les plus graves des fièvres intermittentes pernicieuses, est aujourd'hui presque complètement abandonnée en Allemagne, du moins il se fait autour d'elle un silence significatif. »

A l'appui de cette assertion M. B. Bail cite l'ouvrage classique de Niemeyer.

Niemeyer a écrit qu'on ne pouvait pas toujours expliquer les accidents cérébraux qui surviennent dans les fièvres palustres graves par une accumulation du pigment dans les vaisseaux capillaires du cerveau, mais il n'a pas méconnu complète-

MÉLÂNÉMIE iii

menl rimporlance de la mëlanémie. « Il est hors de doute, écrit41, que dans les formes graves de la fièvre intermittenle on trouve souvent une forte accumulation de pigment dans le sang ; >» et un peu plus loin : » Parmi les fièvres intermittentes pernicieuses, compliquées dans un sens restreint, il faut compter les cas dans lesquels la maladie emprunte son caractère de malignité à des hyperémies, à des épanchements sanguins, à des inflammations et peut-être aussi à des troubles de la circulation déterminés dans divers organes par des masses pigmentaires qui oblitèrent les capillaires. » (Niemeyer, Traité de pathologie interne, traduction française, 1869, t. II, p. 770.)

Arnstein de Kasan dit avoir recherché en vain la mélanose cérébrale chez des sujets morts de fièvre pernicieuse alors même que pendant la vie il avait pu constater dans le sang Texistence de granulations pigmentaires libres on incluses dans des leucocytes, et il en conclut que la théorie de Frerichs sur le rôle du pigment dans les fièvres graves n'est pas exacte. Âmstein cite cependant les travaux de deux médecins russes, FenenkoetTscheglow, qui, plus heureux que lui, auraient réussi à constater l'accumulation du pigment dans les capillaires du cerveau chez des sujets morts d'accidents pernicieux. (Arnstein, Bemerhungen uber Melanemie. Archives de Virchow, 1874, analyse in reoue de Hayem, t. V, p. 494.)

M. le D' Hallopeau a donné une excellente description de ta mélanémie (art. Mélanémie, in Nouv. Diction, de méd, et de chir. pratiques^ 1876); mais lui aussi pense que la mélanémie n*est pas constante dans le paludisme et qu'on peut la rencontrer dans d'autres maladies. « Il n'est pas à la vérité de maladie où elle soit aussi fréquente et aussi prononcée (que dans le paludisme), mais ce serait une erreur de croire qu'elle lui appar-

112 ANATOMIE PATHOLC!(iIurE

tienne exclusivemenl : on l'a conslaiùe dans diverses autres aiïections et tout récemment Nepveu a montré qu'elle peut exister dans la métanose généralisée. » (Hallopeau, loc. cit., p. 33.)

Les altérations du sang signalées pur M. le D'' Nepveu dans la mélanose sont les suivantes : les globules rouges pris en masse ont une leinle sêpia, on trouve dans le sérum de petites granulations d'un brun rouge, et les leucocytes renferment quelquefois de fines granulations noirStres. (Nepveu, Du diagnostic de la généralisation des tumeurs mélaniques par l'examen du sang et des urines. Mém. de la soc. de biologie et Gai. médicale, 187i.) Des faits analogues à ceux annooccs par Nepveu ont clé observés par MM. Clauzel et A. Heurlaux (article Métanose in Diction, de méd. et de chir, pratiques.)

Les particules noirâtres, de forme et de volume variables, qui se rencontrent dans le sang des malades atteini s de mélanose généralisée diffèrent, notablement des grains pigmentés très réguliers du sang des paludiques : il s'agit apparemment de parlicules détachées des tumeurs mélaniques, et cette provenance suffit à séparer complètement l'altération du sang obser\'ée dans la méianose de celle des paludiques.

D'après M. Hallopeau la mélanémie serait une conséquence des congestions qui se produisent chez les paludiques. » Il parait très probable que l'altération peut se développer sur place dans les divers organes oJi on la rencontre, et nous croyons qu'il faut clicrcber la cause de la mélanémie dans les violentes congestions que provoque l'inloxication palustre ; c'est ainsi seulement que Ton peut s'expliquer comment le pigment est aussi inégalement disiribué dans tes diflërents viscères.» {Op. cit., p. 38.)

M. le \i' Kelsch a publié en 1875 et eu 1S80 deux mémoires intéressants sur la mélanémie palustre.

MELANÉMIE 113

Dans le premier de ces mémoires M. Kelsch signale la fréquence des leucocytes mélanifères dans le sang des malades atteints de fièvre palustre grave, et il étudie la distribution du pigment dans les différents organes chez les sujets morts de fièvre pernicieuse, ces premières recherches sont absolument confirmalives de celles de Frerichs, sauf en ce qui concerne les corps hyalins pigmentés, que Frerichs avait très bien décrits et que M. Kelsch a cru devoir confondre avec les leucocytes mélanifères. (ArcAeoes de Physiologie, 1875.)

Le deuxième mémoire est consacré à l'étude des rapports de la mélanémie avec le paludisme et des causes de la mélanémie. M. Kelsch arrive à cette conclusion, très justifiée, que la mélanémie est une lésion particulière au paludisme et que par suite elle a une très grande importance au point de vue du diagnostic des fièvres palustres {Archives générales de médecine, n* d'octobre 1880). D'après M. Kelsch le pigment provient de la destruction des hématies, il se forme dans le sang et non dans la rate, comme le croyait Frerichs, c'est secondairement que le pigment s'accumule dans certains organes.

Parmi les observateurs qui ont le miou^i compris l'importance de la mélanémie dans le paludisme je dois citer encore MM. Tommasi Crudeli et Marchiafava.

M. Marchiafava, dans les travaux qu'il a publiés sur différents points de l'analomie pathologique du paludisme, a toujours insisté sur les caractères fournis par la mélanémie, et je tiens de lui-même qu'il considère cette altération du sang comme absolument spéciale aux fièvres palustres.

Lors de mon arrivée à Bône, au mois de septembre 1878, je n avais que des idées très confuses sur la mélanémie, sur ses

LATSRAN, FIÈVRES PALUSTBES. 8

causes et sur son rôle pathologique; l'occasion sr présentait d'étudier une question si conlroversoe el de me faire une opinion personnelle, je n'eus garde de la laisser iVtiapper et je me mis aussilôi à l'œuvre. Les sujets d'observation ne me manquaient p»s, car les environs de Ddne quoique beaucoup moins malsains qu'au temps où Maillot y recueillait les documenis de son admirable Trailé des Jlèvres intermittentes, produisent encore aujourd'hui des fièvres très graves ; je recevais en particulier dans mon service beaucoup d'ouvriers civils et de condamnés militaires, qui avaient pris part aux travaux de dcîséchementdu lac Fezzara. Je vis tout d'abord que la mélanémie était une lésion absolument spéciale au paludisme, qui no se rencontrait dans aucune autre maladie, et je fus conduit ainsi à me demander, après tant d'autres, comment les éléments pigmentés se produisaient dans le sang des paludiques et pourquoi ils ne se produisaient que cbez eux. 1/élude attentive du sang frais recueilli sur les malades atteints de (lèvre palustre nie révéla des faits nouveaux et me conduisit à une conclusion que je ne prévoyais pas en commençant ces recherches.

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