FILAMENTS MOBILES
ils adhèrent; on ne peut formulera ce sujet aucune règle précise.
Les mouvements des filaments mobiles qui adhèrent par une de leurs extrémités à un corps m 2, sont extrêmement vifs et variés, on peut les comparer à ceux d*une anguiliule qui serait fixée par son extrémité caudale et qui ferait efiort pour se dégager; en s agitant, les filaments mobiles impriment aux hématies voisines des mouvements qui contribuent à déceler leur présence.
M. le D' Richard a donné une excellente description des mouvements variés que présentent les filaments mobiles. » Ces filaments, écrit-il, sont animés de mouvements extrêmement vifs et énergiques, au point de déformer et même de déplacer les globules rouges voisins. De temps à autre le mouvement se ralentit un peu pour reprendre la même vitesse quelques instants après; lorsqu'il se rencontre quelque obstacle qui gêne leur évolution, les filaments redoublent d'agilité ; à voir alors ces mouvements, on leur prêterait presque un caractère intentionnel : ainsi, un jour, il nous est arrivé d'observer un filament dont le bout s'était enroulé autour d'une maille du réticulum fibrîneux ; aussitôt sa vitesse redoubla, il fut agité de véritables secousses, de mouvements d'impatience, si j'ose m exprimer ainsi, comme s*il eût cherché à se dégager. Ces petits drames sur le champ du microscope sont variés et parfois très attrayants : ainsi on découvre des éléments coiffés d'un globule rouge comme d*un casque, et si un filament vibrant se trouve situé précisément dans la concavité de Thématie, on le voit se mouvoir dans son intérieur comme un pilon dans un mortier, la déformer, la pétrir pour ainsi dire : toujours la petite calotte revient aussitôt sur elle-même grâce à son élasticité. Il arrive
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aussi i|iie les prolongements mobiles s'enrouK'nl.s'enchevôlpent les uns dans les antres cl forment un écheveau brouillé, où tout mouvement 3'amHe presciue insUtnlani'tment. Lorsijup léléroent vibrant se trouve dans un petit lac de plasma, libre de globules rouges, on le voit se diriger dans une direction déterminée avec une vitesse assez grande, d'où Ton serait tenté de conclure que ces organes sont des moyens de locomotion. » {Reçue seientijfque, 1883, p. Il4-il5.)
Les lilamenls mobiles impriment souvent au corps spliériifuc sur lequel ils s'insèrent un mouvement oscillatoire pins ou
Fio. y. — A, corps II- -i muDl ila iroln Olametila moliilts, ^u lu I" .Ibcambro 1880 s Irols lipurei ilu aoir, — li, le mdniB corps dedsinê fi irols hi'urpi ([iiinM du soir. — C, le miNoiB eurps dessine à Irais heuras Ironie du «olr. ~- D, [e même corps k Iroia licurei IrptilB-ctni]; on nedlsltngue piai !es lllnmaula mobilea.— E, la méms corps lieuiné lu ï Jécambro 1S80 n huilhuurea Ironie ilu malin. [Oross., fdOO dinmélres environ.)
moins étendu, fiuelquefois raéoïc le corps sphérif|ue subit dos mouvements do translation sous l'irilluencc de.s tlniilleinenis ■ lu'fxercent sur lui les lilanienls mobiles. J'ai observé plusieurs
FILUIHNTS MOBILES
fois des mouvements de ce genre assez étendus, nolammenl lorsque le sang était examiné dans une chambre humide di Baovier, et que par suite les filaments avaient plus de chanqi pour se mouvoir que dans les préparations ordinaires (obseivutiooXXXVll, examen du 16 août 1883).
Les grains pi(4mentés renfermés dans les corps n- î munis de filaments mobiles sont tantôt au repos, tantât animés de mouvments plus ou moins vifs, qui ont été déjà décrits.
Nous avons vu que les corps n* 3 présentaient quelquefois des mouvements amiboïdes.La ligure 9 représente les diGTêrenis aspects d'un corps n* 2 muni de lilaments mobiles, dessinés le 1" décembre 1880: !• à trois heures du soir {A), 2" à trois heures quinze (&), 3° à trois heures trente (C), 4° à trois heuivs trente-cinq (i)) 1 S* le 2 décembre à huit heures trente du mu tin (E). Ces changements de forme des corps n° S sont absoltimenl distincts des mouvements 1res vifs et très rapides di'f filaments mobiles.
Les mouvements des filaments mobiles peuvent periisiir pendant deux ou trois heures, en général ils disparaisse m beaucoup plus rapidement.
En pressant sur la lamelle couvre-objet, de manière à apv mécaniquenient sur un corps &° 2 muni de Blameuls mobiles, on réussit presque toiOoura k arrêter les mouvements d<-s filaments.
Lorsqu'on examine un corps sphérique muni de filaments mobiles analogue à ceux représenlés en vl et B dans la ligure s, la première idée qui vient k l'esprit est qu'on est en présence d'un être animé présentant une masse centrale sphérique pigmentée et des pseudopodes. Telle tut aussi la première hypotlièsi.» que je Us sur la structure de ces corps : un examen plus attentif
176 MiCHOBES DU l'ALUDlSUE
me montra bienlûl qu'il rallait renoncer à celte interprétation.
Kn premier lieu il est souvent impossible de découvrir des filaments mobiles sur les bords des corps n" 2, alors même <iue CCS corps ont atteint leurs dimensions moyennes; en second lieu le nombre des liliiments mobiles est variable; enfin et surtout lorsqu'on examine pendant quelque tnmps un corps n°3 muni de filaments mobiles, on constale presque toujours que les lilaments mobiles finissent par se détacber du corps n° 8 sur lequel ils s'inséraient, ces filaments circulent alors en liberté au milieu des hématies tandis que le corps n° i. semblable à une poche kystique qui aurait été abandonnée, reste immobile el ne larde pas à se déformer (observationsXIlI, XVi, XVIII, XIX, XXIII, XXIV, XXV, etc.).
Les corps sphériques n° i sont probablement de petits kystes dans l'intérieur desquels se développent les lilaments mobiles: il m'est arrivé plusieurs fois de voir des filaments mobiles qui éfaient incomplètement sortis des corps n" 2 et qui pendant l'examen achevaient de se libérer delourkysle. maisj'aurai l'occasion de revenir sur les rapports existint entre les èlémeuts parasitaires, qu'il s'agit surtout de décrire pour le moment.
M. le D' Richard a constaté comme moi que les Tilamcnts mobiles adhérents aux corps n" i se détachent souvent de ces corps. i< Les filaments prennent souvent, écrit-il, une existence indépendante; ils se détachent de l'élément mère, et alors, aver nneagilitéprodigieuse, ilsseprécipitentcommedepeUtsserpents à travers les amas de globules rouges, et il est très dinicile de les suivre longtemps, tellement leurs évolutions sont étendues et rapides. Dans les cas ou ces filaments sont assez nombreux, le sang paralllilléralement vivanL » {Reçue seientijigue, 1883, p. 115.)
COBPS S* 3 177
. Corp» kystiques n" 3. — Ces èlémenis sont constitués par de pelites masses de mutière hyaline renfermant des grains pigmenlés, dont la disposition est très variable. On peut distinguer plusieurs types : I- la forme sphérique est assez régulière, les grains pigmentés sont massés sur un des points de la périphérie (A.fig. 10); S- la forme est très irréguliîire(B, C.fig. 10), les grains pigmcnli'S sont disséminés sans ordre aucun ; 3" le corps esl
fia. 10, j4, /(, C, corps n* 3,— D, t\ laucocjle» mêlanifûrea (gros»'. 1,000 illBmHiru enTlroD.)
assez régulièrement sphérique, les grains pigmentés agglomérés au centre ne paraissent former qu'une seule granulation pigmeataire de très gros volume ; 4* les grains pigmentés sont agglomérés au centre de l'élément comme dans le cas préc^dcnl, de plus on distingue autour de la masse pigmentaire ceii- Irale une espèce de segmentation assez régulière des parties voisines.
Les corps kystiques n" 3 ont des dimensions k peu près égales à celles des leucocytes, ils mesurenten effet de 8 à 10 millièmes demillimètredediamèlre;maisils se distinguent très nettement des leucocytes mélaoifères (D, E, lîg. 10) par leur réfringence, quiestplusgrande,etpar l'absence de noyau, alors même qu'on fait usage du carmin, qui met si bien en évidenc* les noyau^i des leucocytes.
Il est facile de s'assurer que ces élémenls ne sont que les formes cadavériques des corps kystiques n' 1 el n" 3.
Lorsqu*on laisse sur la platine du microscope des corps n<» 1 ou n*â, et qu*on les examine au boutdevingt>quutre ou de quarante-huit heures, on constate presque toujours que les éléments se sont déformés et qu'ils ont pris l'aspect des corps kystiques n* 3; de même pour les corps n* S munis de filaments mobiles;
FiG. 11. — Figure schématique dcslinée ù montrer les difléronU aspects gous lesquels se présenteat les microbes du paludisme au milieu de' hématies. — a, a\ corps n* 2 muuis de filaments mobiles. — 6, corps n* 2 immobile. — c, corps n* 2 d s petit volume, libres. — d^ et' d^^ corps n* 2 de petit volume accolés à des hématies. — e, filament mobile libre. — f^f corps n* lou en croissant. -^ g^ un leucocyte mélanifêre. — h^ h\ leucocytes normaux. — t, t', i", hématies normales (gross*. 500 diamètres environ).
lorsque les filaments se sont détachés, le corps kystique se dé forme et les grains pigmentes devenusimmobiles tendent à s*agglomérer ou se disposent d*une façon très irréguliére. Sur les cadavres des individus morts de fièvre palustre les
LEUCOCYTES MÉLANIFÈRES 179
corps kystiques n* 1 et n* i prennent rapidement l'aspect des corps kystiques n° 3; c'est à cet état que les éléments parasitaires dn paludisme se trouventen grand nombre dans les petits Taisseaax des différents organes chez les sujets morts de fièvre pernicieuse, notamment dans ta rate, dans le foie, dans le cerveau, ce sont ces éléments qui, en s'aggloméranl, constituent les concrétions hyalines queFrerichs a très bienvues et décrites. La figare 11 donne une bonne idée des différents aspects que présentent les éléments parasitaires au milieu des hématiiis ) Il s'agit d'une figure schématique ou du moins d'une figure dont les éléments sont empruntés à différentes préparations; il est rare de^trouver réunis dans un même champ du microscope tous les éléments qui sont figurés ici. Le grossissement est de SOO diamètres environ. On distingue des corps n° 3, munis de filaments mobiles (a, a), un corps n- 9 de moyen volume & l'état de repos (6), des corps n* S de petit volume libres(e), ou accolésà des hématies (d, d',<f'], un filament mobile libre (e), des corps n*i (/,/), un leucocyte métanilére (g) et dea leucocytes normaux (A, A). Le graveur a donné un peu trop d'épaisseur aux filaments mobiles.
Leucocytes mélanijères, pigment libre. — A côté des éléments parasitaires proprement dits, on trouve presque toujours dans le sang des malades atteints de ftëvre palustre des grains de pigment libres et des leucocytes renfermant des grains pigmentés en nombre variable. Les grains de pigment libres sont en général régulièrement arrondis, leur volume est variable ; les uns sontaussi petits que ceux qui se trouvent dans les corps n° 1 et 2, les autres beaucoup plus gros. Les grains de petit volume s'agglomèrent probablcmen pour fortner les graine
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pigmentés de gros volume qui ont du ipslo une forme bpaucoup moins régulière que les premiers. La coloraiiou du pigment est noirâtre ou d'un rouge feu trt's sombie.
Les leucocytes mélaniF^res se distinguent des corps kysliqucs n' 3, par l'existence d'un noyau qui se colore pn rose vif par le carmin. Les grains pigmentés sont en nombre variable ; le plus souvent un même Icucocyle ne renferme (|u'un, deux ou trois grains de pigment (Z>, fl'g. 10} -, mais on peut trouver, principalement chez les individus atteints de fièvre pernicieuse, des leucocytes très riciies en pigment (£, fig. 10). (Vest surtout dnn^ la rate, sur les sujets morls de fièvre pernicieuse, que Ion rencontre des leucocytes mélanifères surchargés de pigment. La disposition des grains pigmentés dans les leucocytes est Irvs in'égulière, toutefois le pigmeut est toujours siluê en di^liors du noyau.
Les corps kystiquesn"!, n'âet^Speuvcnl s'accoler en entirr à des leucocytes -, en général le pigment provenant des élémenls pigmentés devient libre dans le sérum avant d'ù-lre repris jinr les leucocytes.
On sait que lorsqu'on injecte dans It; s,iug d'un animal une substance colorante insoluble dans le sérum et lincmcnt pulvérisée, tes leucocytes s'emparent rapidement de celte poussière et se chargent de l'éliminer dusangiPoiilick, Virehoic'sarchiv., t. XLllI. —Hoffmann et Laugeriians, même recueil, t. XLVIIII. Les leucocytes remplissent évidemment le ni^mc emploi dans le sang des paludiques que dans le sang des animaux auxquels on a injecté duvermillon, ils s'emparent des corps étrangers, pigment ou vermillon, et se chargent de les porter hors des voies de la circulation-
On comprend facilement que les leucocytes mélanifires soient
OBJECTIONS IHi
absolument caractéristiques du paludisme, puisque le pigmcEil qu'ils portent provient des éléments parasitaires, et que par su 1 1<ils ne se rencontrent dans aucune autre affection, ce qui jn-^qa'h présent Était resté inexplicable.
Je ne m'arrêterai pas longtemps à démontrer que les corps n* 1, n" 2 et n* 3, et les filaments mobiles existent bien réellement dans le sang des paludiques et qu'ils ne s'introduisent pas accidentellement dans les préparations. Dès le début ili' mes rectierclies j'ai prévu naturellement cette objection: j* prenais les précautions les plus minutieuses pour éviter l'uili-oduction de corps étrangers dans les préparations de sang ; |i' lavais .'i l'eau,' puis k l'alcool le doigt du malade et les lamclh ^i de verre porte-objet et couvre-objel, enHn les préparaliuns étaient bordées k la paraffine.
Je sais bien que malgré toutes ces précautions des particuKs en suspension dans l'air peuvent s'introduire dans les prépuralions, mais les éléments parasitaires décrits ci-dessus sont trop volumineux et trop bien caractérisés pour que le dnuii^ puisse subsister à cet égard.
Si l'air d'un laboratoire renfeimait en suspension des élémi^Kiaussi bien caiaclérisés que les corps n" i et n" 2 et les lil.iments mobiles, il serait impossible de ne pas s'en apercevim : ces corps s'introduiraient dans toutes les préparations it feraient le désespoir d'un hislologisle: or les éléments parasitaires décrits ci-dessus n'ont jamais été rencontrés que dans le sang des paludiques; toutes les Toisque je les ai recUercliés dans le sang d'individus sains ou atteints d'autres affections, le résultat a été négatir; nous ven'ons plus loin que le ti;ii (ement par le sulTaie de quinine fait disparaître assez r;i]iidemenl du sang les éléments parasitaires, et que cliu/ ii-;
individus atteints de fièvre intermittente ces éléments se rencontrent en plus grand nombre à certains moments, toutes choses inexplicables si on admet qu*ii s*agit de corps étrangers.
Je rappelle enfin que les éléments parasitaires décrits plus haut ont été trouvés dans le sang de malades qui provenaient de localités très différentes et que leur existence a été constatée sur des points très éloignés les uns des autres : à Constantine, à Philippeville, à Rome.
Quelques-uns de mes cviiiques ont supposé que les corps décrits par moi comme des parasites n'étaient autres que des éléments normaux du sang plus ou moins déformés ou altérés par la présence du pigment.
Est-il possible de confondre les corps décrits et figurés cidessus avec les éléments normaux plus ou moins altérés? Je n*hésite pas à répondre que cette confusion est impossible à commettre pour ceux de ces corps qui sont à Tétat vivant et qui se présentent avec leurs formes caractéristiques. Les corps kystiques n* % avec leurs grains pigmentés disposés en cou* ronne et leurs filaments périphériques mobiles ne ressemblent à aucun élément normal ou pathologique du sang ; les grains noirs de pigment ne seront confondus par un observateur un peu habitué à Texamen histologique du sang, ni avec les crénelures des hématies, ni avec Tétat granuleux des leucocytes ; les mouvements très vifs et très rapides des filaments mobiles ne ressemblent en rien aux mouvements amiboldes des leucocytes, il est à peine besoin de le dire.
Il suffit de jeter les yeux sur la figure 8 pour comprendre que des corps semblablesà ceux qui y sontfigurésne sauraient être confondusavec des leucocytes. Quand on aconstaté de visu les mouvements si vifs des filaments mobiles, on ne songe