‹ Traité des fièvres palustres, avec la description des microbes du paludismeChapitre 41 sur 103 · CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION

Dutroulau critique Texpression de fièvre intermittente larvée, qui doit être abandonnée, suivant lui, et on cherche en vain dans son ouvrage une description des manifestations larvées du paludisme. (TraiY^ des maladies des Européens dans les pays chauds, Paris, 1868, voir notamment p. 213.)

Les seuls types de fièvre intermittente que j'aie nettement constatés sont les types quotidien, tierce et quarte. L'existence des types plus compliqués: fièvres double quotidienne, double tierce, double quarte, tierce doublée, etc., ou ù interniiltences plus grandes : fièvres quintane, sextaue, septimane, octane, ne me paraît pas absolument démontrée : ces longues intermittences s'expliquent presque toujours par la suppression de quelques accès sous l'influence du sulfate de quinine; ces types, s*ilscxistent,sonten tous cas très rares et ne présentent que très peu d'importance au point de vue clinique. La fièvre palustre est intermittente ou continue ; l'expression de fièvre rémittente, très usitée en Algérie, ne me paraît pas devoir être conservée.

Parmi les malades atteints de fièvre palustre, les uns ont des paroxysmes fébriles qui sont séparés par des intervalles d'apyrexie plus ou moins longs -, chez les autres au contraire la température reste constamment au-dessus de la normale pendant un certain nombre de jours ; on dit des premiers qu'ils ont une fièvre intermittente, il me semble rationnel de dire des autres qu'ils ont une fièore continu^. Dans la fièvre continue palustre on observe souvent, il est vrai, des rémissions plus ou moins marquées; mais ces rémissions existent également, à un degré variable, dans la fièvre continue par excellence, dans la fièvre typhoïde. L'expression de fièvre rémittente palustre a suivant moi le tort

de faire croire que ia fièvre prend parfois un caractère particulier, d*éveiiler dans l'esprit de l'observateur qui arrive dans les pays chauds l'idée de quelque chose de nouveau, de quelque courbe thermométrique inobservée par lui Jusqu'alors et de lui faire croire que la fièvre palustre qui n'est pas intermittente diflfère par sa marche journalière, et non pas seulement par sa durée et son mode d'ascension et de défervescence, de la fièvre typhoïde, ce qui est inexact.

. L'expression de fièvre aubeontinue a les mêmes inconvénients que celle de fièvre rémittente.

La dénomination de Jlèvre pernicieuse ne me semble pas devoir être conservée davantage : il n'y a pas de fièvres pernicieuses distinctes des fièvres intermittentes ou des continues palustres, il y a seulement des fièvres palustres intermittentes ou continues qui se compliquent d'accidents graves : c'est à ces fièvres compliquées que s'applique l'expression d'aeeidenU ou aeeès pernicieux.

Il est indispensable, pour apporter un peu d'ordre dans la description des formes cliniques du paludisme, d'adopter une division de ces formes, c'est pourquoi je m'occuperai dans des chapitres difierenls de la fièvre intermittente, de la continue palustre, des accidents pernicieux et de la cachexie palustre Mais il faut bien se rappeler qu'il n'y a aucune limite naturelle entre ces manifestations du paludisme, qui peuvent se combiner entre elles de bien des manières; et que entre les types bien caractérisés, rentrant exactement dans l'une de ces classes, il existe des formes intermédiaires très nombreuses. Les accès prolongés et subintrants établissent une transition naturelle de l'intermittente bien caractérisée à la continue palustre; de même entre les fièvres intermittentes ou continues simples et

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les accès peraicieux, on trouve des fièvres graves que l'on petit arbitrairement classer dans l'un ou l'autre groupe; il est très difficile de dire où commence la cachexie palustre, à quel de^cré d'afiaiblissement et d'anémie les malades doivent être arrivas pour prendre place dans celle classe, enfin la cachexie palostre s'dccompagne presque toujours de rechutes de lièvre inti^rmittente, parfois même elle se complique d'accès pernicieux. Je consacrerai en dernier lieu un chapitre aux complications qui ne rentrent pas dans le cadre des accidents pernicieux ci aux maladies intercurrentes du paludisme, en particulier à la dysenterie, à la pneumonie et à la fltivre typhoïde, dont les rapports éliologiques avec les fièvres palustres ont été l'objet di' noinbreuses discussions.

nèvREs intbrmitteutes

Toutes les fièvres intermittentes que j'ai observées en Algérie se rapportaient aux trois types classiques :

Type quotidien, caractérisé par dès accès revenant tous les jours;

Type lierce, caractérisé par des accès revenant tous les deux jours;

Type quarte caractérisé par des accès revenant tous les trois Joure.

La fièvre intermittente quotidienne est de beaucoup In manifestation clinique la plus commune du paludisme, en Algérie du moins; tes fièvres tierces se renconlrenl surfont chez des individus qui oui déjà eu une ou plusieurs atteintes de fièvre, quant aux fièvres quartes, eties soni relativement très rares.

Tous les auteurs qui ont étudié le paludisme en Algérie

ont signalé la prédomiDance du type quotidien sur les types tierce et quarte.

Antonini et Monard Ti-ères comptent k Alger, sur sept cent soiiante-seize cas delîèvreinterniitteate:cinqceRtquatre-vingtdiX'nMfquolidiennes, cent soixante-onze tierces et six quartes.

Maillol, à Bône, sur deux mille trois cent Ireiite-liuit cas : mille cinq cent quaire-vingt-deux qnotidictmes, sept cent trente tierces et vingt-six quartes.

Finot, à Blidah, sur quatre mille deux cent onze cas : deux mille neuf cent quatre-vingt-quatre quotidiennes, mille deux cent six tierces, vingt el une quartes.

Casimir Broussais, ii Al^er, sur six cent quatre-vingtneufcas : quKre cent treize quotidiennes, deux cent cinquante-neuf tierces et dix-sept quartes.

Durand de Lunel, à Tenès, sur six cent vingt-cinq cas : quatre cent dix-buil quotidiennes, deux cent une tierceset six quartes, [Durand de Lunel, Traité dogmatique et pratique detjtévrea intermittente», Paris, 1862.)

Encore existe-t-il dans ces slalistiqnes une cause d'erreur et peut-on dire que les cliiiTrcs attribués aux fièvres lierces et aux quartes sont certainement supérieurs aux chiffres vrais. Les fièvres intermit(eute« tierces et quartes sont essentiellement des Sèvres de récidive; aussi arrive-t-il souvent qu'un même malade entre trois ou quatre fois k l'Iidpital pour Hi'vre tierce, et figure un même nombre de Tois sur la statistique alors que régulièrement il ne devrait y Bgurer qu'une fois et pour la maladie qui a été la première manifcslation du paludisme. Dans une siaiistique dressée de cette manière, le nombre des Aèvres lierces et des fièvres quartes tomberait encore bien au-dessous des cliitTres donmSi plus baut.

Dans d'antres pays les fièvres tierces sont au contraire benucoup plus communes que les quotidiennes ; c'est ainsi qu'Ii Tubingue, Griesinger a compIé,sur quatre cent quatorze malades atteints de fièvre inlei-mitleiile: deux cent soixante-huit Uerces (M.R pour 100), cent vincl-dcux quotidiennes (39,? pour 100), trois quartes et vingt et une inégulières. [Griesinger, o;). cit. p.Sl.i

D'une rafjon générale on peut dire que les types à longues intermittences dominent dans les pays froids et tempérés, tandis que la tendance à la continuité s'accuse de plus en plus .'i mesure qu'on se rapproche davantage de l'équateur. Aux Indis les lièvres continues palustres presque inconnues dans nos climats, deviennent plus communes même que les tièvns quotidiennes.

Il parait évident que la chaleur exerce une grand [^ influence sur les modillcations que subit le type des fièvres.

L'action des saisons sur les fièvres d'une même localité <ii fournit une nouvelle preuve.

En Algérie, par exemple, et en Italie on n'observe les fièvres continues palustres que pendant la saison chaude. A cette époque cesont aussiles lièvres quotidiennes qui sont de beaucflU|> les plus communes des intermillenles ; pendant la saison froide les fièvres continues disparaissent et les tierces se multiplient.

H ne faudrait pas croire cependant que la chaleur soit la seule cause de ces modifications dans les fièvre.'^ suivant les saisons : nous avons vu que le paludisme avaii pour ainsi dire, une morle-saison correspondant à la siiison froide, pendant laquelle on n'observait que des flèvrts de récidive, et aucun cas de tlèvre de première invasion ; or il est démontré que les lièvres de récidive sont souvent du typi'

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tierce, tandis que les fièvres de première invasion prenoent volontiers le type continu ou intermittent quotidien ; il est donc naturel que, pendant la saisonfroide, alors que toutes les fièvres observées sont des fièvres de récidive, le type tierce soit le type dominant.

Il est rare que les accès reviennent exactement k la même heure tous les Jours (quotidienne), tous les deui jours (tierce) ou tous les trois jours (quarte), le plus souvent chaque accès retarde ou avance sur l'heure de l'accès précédent (fièvres retardantes ou anticipantes).

Les différents types de la fièvre intermittente se transforment souvent l'un dans l'autre ; tel malade qui a eu d'abord des accès quotidiens, présente au bout de quelques jours ou bieD an bout de quelques semaines, lorsd'une rechute de fièvre, des accès du type tierce. Cette transformation se produit en général brusquement et non d'une façon progressive, par suite du retard de chaque accès sur l'accès précédent. Un malade qui a eu d'abord une fièvre tierce, peut aussi avoir ensuite des accès quotidiens.

II résulte des recherches de Maillot que dans les deux tiers des cas, les fièvres intermittentes, quetquesoitleurtype.oat leurs accès de minuit à midi, que le maximum de fréquence des accès pour les fièvres quotidiennes et pour les fièvres tierces est à dix heures du matin et le minimum de neuf heures du soir k minuit. (Maillot, op. cit., p. 11.)

Ces faits très intéressants ont été confirmés par tous les auteurs qui ont entrepris df les vérifier, notamment par MM. Finot et Durand di? l.iuiel Nixis aurons l'occasion d'y revenir et nous tûclierons de donner une explication de la prédilection des accès pour les tieuresmatiaales. (V. chapitre viii, Pathogénit.)

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