‹ Traité des fièvres palustres, avec la description des microbes du paludismeChapitre 44 sur 103 · FIÊ\'RES CONTINUES PALUSTRES · texte numérisé non relu

FIÊ\'RES CONTINUES PALUSTRES

La fièvre continue palustre, presque inconnue dans le nord et dans le centre de l'Europe, devient plus commune ù mesure qu'on s'avance vers le midi; en Italie, en Corse, en Grèce on a

assez fréquemment l*occasion de rencontrer des fièvres continues palustres pendant la période endémo-épîdémique.

£n Algérie le nombre des fièvres continues palustres est encore peu considérable relativement à celui des fièvres intermittentes, mais aux Indes le type continu devient le type prédominant. (Raynald Martiu^ The influence of tropical climat. ^ Morehead Clinical Researcheson diaeasea in India, 1860.)

En trois années (1880, 1881, 1882), j*ai reçu dans mon service, à

ThôpitaLmilitaire de Constantine, mille cinquante-neuf malades atteints de fièvres palustres intermittentes ou continues ; le

tableau suivant indique la répartition par années et par mois

des fièvres intermittentes et continues.

Janvier . . .

Février . . .

Mars

Avril . . . . •

Mai

Juin

Juillet . . . .

Août

Septembre Octobre...

Novembre.

Décembre.

UlTimi.

CONTUfOn

uraiRM.

CONTIHCU

urmui.

coirrniirci

FIÈVRES CONTINDES 235

Ce tableau montre : 1*" que le nombre des Ûëvres continues palustres est à Constantine encore très faible quand on le compare à celui des fièvres intermittentes, puisqu'on compte neuf cent quatre-vingt-cinq cas de fièvre intermittente, contre soixante-quatorze cas de fièvre continue.

^ Que la presque totalité des fièvres continues palustres a été observée pendant les mois de juillet, août, septembr'e et octobre, c'est-à-dire pendant les mois les plus chauds et ceux qui correspondent à Tendémo-épidémie annuelle.

Les principales causes de la continuité des fièvres palustres paraissent être: la chaleur extérieure, la réaction vive que produit surtout chez les individus vigoureux et sanguins une première atteinte du paludisme, enfin l'intensité m^me de l'infection palustre. J'ai déjà eu l'occasion de signaler Taction qu'exercent les deux prt^mlères de ces causes sur le type de la fièvre intermittente ; nous avons vu plus haut que les tvpes à longues intermittences dominaient dans les pays tempérés et chez les anciens fébricitants, tandis que la fièvre quotidienne était dans les pays chauds la plus commune des intermittentes et celle qu'on observe presque exclusivement comme fièvre de première invasion ; leamêmes causes, en agissant d'une manière plus énei^que encore, paraissent pouvoir produire les continues palustres.

La chaleur extérieure, lorsqu'elle atteint 40» ou 45» à l'ombre, ce qui n'est pas rare en Algérie pendant les mois de juin à octobre, exerce une action manifeste sur tous les fébricitants. L'individu sain se défend avec peine contre ces hautes températures, à plus forte raison la lutte est-elle difficile pour le fébricitant qui produit lui-même une quantité exagérée de calorique. On a constaté depuis longtemps que la fièvre typhoïde était plus

grave en Algérie qu'en France; quand le siroco souffle, tous les tracés lliermomclriques s'en ressentent et Tclat de tous les fcbricitanis s'aggrave.

Annesley, Griesiiiger et M. L. Colin ont insisté avec raison sur ce fuit que les fièvres continues palustres s'observent presque exclusivement comme fièvres de première invasion chez des individus nouvellement arrivés dans les localités palustres et jusqu'alors indemnes. (L. Colin., Traité des fléores intermittentes, p. 143.) En Algérie la fièvre continue n'atteint presque jamais les indigènes* ni les anciens fébricitants, elle peut cependant se produire chez des individus qui ont déjà eu une ou plusieurs atteintes de fièvre intermittente comme le prouve rob.scrvation XXXIII.

La nature des foyers palustres a aussi son importance. On a dit avec raison qu'il n y avait pas plusieurs espèces d'agents pouvant expliquer les différentes formes cliniques du paludisme, mais ne sait-on pas qu'une même espèce animale ou végétale présente des caractères et souvent des propriétés différents suivant le milieu dans lequel elle vit? Les plantes des tropiques, lorsqu'elles s'acclimatent dans nos pays, ne perdent-elles pas souvent une grande partie de leur vigueur? leurs fleurs n'ont-clles pas moins d'éclat et de parfum? leurs propriétés toxiques, quand elles en ont, ne peuvent-elles pas disparaître ? Il n'est donc pas difficile de comprendre que l'agent du paludisme, bien qu'il soit le même dans toutes les contrées où régnent les fièvres, jouisse cependant dans certains milieux très favorables à son développement, de propriétés plus énergi* ques que dans d'autres localités, qui lui conviennent moins bien. Il est certain que dans les pays palustres on connaît les localités qui donnent les fièvres les plus graves et

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que la provenance des malades est importante à connaître.

Parmi les causes propres à favoriser la transformation d'une tièvre intermittente en fièvre continue, il faut citer encore les fatigues, les excès alcooliques, Texposition en plein soleil, 'absence de tout traitement. Les sujets jeunes, sanguins, vigoureux sont particulièrement atteints ; on conçoit facilement que chez eux la réaction fébrile soit très vive ; c'est môme probablement pour ce motif que la continue palustre est si souvent une fièvre de première invasion, les individus qui arrivent dans les pays chauds étant en général dans les conditions dont nous parions.

Il n'existe pas de frontière naturelle entre les fièvres intermittentes et les fièvres continues palustres, les fièvres intermittentes avec accès prolongés ou subintrants forment en quelque sorte un terrain neutre entre ces deux départements, aussi est-on obligé de tracer une limite artificielle et de dire par exemple, que la fièvre est continue quand elle persiste plus de quarante-huit heures, et quand la continuité ne résulte pas d*une façon évidente de la subintrance d'accès quotidiens. Je pense, du reste, avec Dutroulau et Griesinger, que la continue palustre dérive en droite ligne de la fièvre intermittente quotidienne; supposez des accès de fièvre prolongés subintrants sans frisson initial, et vous aurez une fièvre continue.

De fait entre la fièvre intermittente quotidienne et la continue palustre on trouve toute une série de cas intermédiaires qui permettent de suivre les difierentes phases de la transformation d'une fièvre quotidienne en fièvre continue, et il arrive fréquemment de voir ces types se transformer Tun dans Tautre.

(c Pour mon compte, écrit Dutroulau {op. eit, p. âl9), je

n'hésite pas à dire que tant qu'on verra dans les seules modifications de l'intermittence par la rémittonce et la continuité, des caractères suffisants pour constituer des différences de nature et d'espèce, on n'aura, pas de notion exacte de la pathologie générale des fièvres paludéennes dans les pays chauds. Il faut en tenir compte comme influence du climat sur la gravité et sur les formes symptomatiques de ces fièvres, et comme indications importantes sur le choix des moyens de traitement; mais il faut toujours les rapporter au type intermittent et à la nature palustre dont ce type est le caractère. La dénomination de fièvre intermittente sous laquelle on a désigné de tout temps la fièvre paludéenne, prouve Timportance que Ton a toujours attachée à ce type, et si elle ne paraît pas convenir aussi généralement que celle qui indique la cause et la nature, et paratt même impropre dans les cas très nombreux où Tintermittence ne se reconnaît plus, elle n'en doit pas moins être considérée comme exprimant un caractère essentiel des fièvres palustres. C'est un caractère originaire et non pas seulement une modalité de marche qu*elle exprime. »

« Les fièvres rémittentes et continues se développent, écrit Griesinger, lorsque les accès d'une fièvre intermittente grave se prolongent, rentrent l'un dans l'autre, et que, dans cette chaîne morbide les paroxysmes subintrants ou anticipants sont à peine séparés ps^r un intervalle apyrétique. » {Traité des maladies infectieuses, traduct française, 2* édition, p. 90.)

La fièvre continue palustre débute d'ordinaire assez brusque* ment, mais sans frisson initial, au moins sans frisson violent La céphalalgie est le symptôme le plus constant, c'est aussi celui qui attire le plus l'attention des malades; la céphalalgie, généralement frontale, est très intense ; quelques malades accu-

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