CŒUR
nuleux (au sommet daiis la tuberculose; en arrière et en bas dans la dilatation des bronches), la nature de Texpectoration, son odeur et la manière dont elle se fait, la marche lente de la maladie, peuvent cependant mettre sur la voie du diagnostic.
Les complications du côté du cœur me paraissent devoir être rangées parmi les plus rares.
Duroziez à réuni vingt observations d*affections organiques du cœur chez des paludiques {Gazette des hôpitaux, 1870, p. 47), et M. Lancereaux a admis Texistence d'une endocardite végétante et ulcéreuse, commune, dit-il, chez les individus atteints de fièvres intermittentes (Arehioes gén. de médecine, 1873, t. XXI, p. 672).
Les fièvres palustres sont trop communes, trop répandues, pour qu'il faille s'étonner de les rencontrer quelquefois dans les antécédents des malades atteints d'affections cardiaques, et à Topinion défendue par MM. Duroziez et Lancereaux, on peut opposer celle de tous les auteurs qui ont étudié les fièvres palustres dans les pays chauds et qui, ou bien ne mentionnent même pas la possibilité de lésions cardiaques, ou
bien signalent expressément, comme Dutroulau, l'absence de ces lésions.
Je n'ai rencontré qu'une fois sur le cadavre une altération
de l'endocarde coïncidant avec les lésions capactéristiques
du paludisme; encore s'agissait-il d'une altération ancienne,
avec dépôts calcaires au niveau des valvules sigmoides de
Taorle, altération qui était évidemment antérieure k l'invasion
du paludisme. L'examen du cœur fait sur les malades atteints
des différentes formes du paludisme ne m'a jamais révélé
les signes d'une péricardile ni d'une endocardite.
LWERAN, FIÈVBE8 PALUSTRB8. 23
On peutadmeltre la cachexie palustre parmi lot causes prédisposantes de Tendocardite ulcéreuse, mais seulement au mémo titre que toutes les autres maladies débilitantes.
M. Lancereaux signale au niveau des ulcérations de Tendocarde, dans rendocardile ulcéreuse des paludiques, des granu» lations et des bflionnels q4ii, dit-ii, ont une grande analogie avec des vibrions {op. cit., p. 685). Les bâtonnets observés par M. Lancereaux ne me paraissent avoir aucun rapport avec les microbes du paludisme.
La parotidite suppurée a été observée quelquefois à la suite d'accès graves de lièvre intermittente ou dans la fièvre continue palustre. J'en ai recueilli un exemple, la parotidite suppurée n*empécha pas dans rc cas la guérison.
Les principales complications que le paludisme peut pro* duire du cété du système nerveux sont: des névralgies, des paralysies, Taphasle, enfin le syndrome clinique qui a été décrit par Raynaud sous le nom d*asphyxic locale et de gangrène symétrique des extrémités. Les troubles du système nerveux qu'on observe dans le cours des accès pernicieux: délire, coma, etc., ont été décrils précédemment, et je n'ai pas à y revenir.
Les névralgies qui surviennent chez les paludiques et qu affectent quelquefois la forme intermittente ont été décrites par la plupart des auteurs sous le nom de Jlèorea laroées. Les névralgies de la cinquième paire, surtout celles des branches sus et sous-orbitaires, sont les plus fréquentes; viennent ensuite celles du nerf occipital j des nerfs intercostaux et du sciatique. Sur quatre cent quatorze cas de fièvre intermittente traités k Tubingue, Griesinger a observé treize fois la névralgie
SYSTÈlfB MBRVBUX 3K5
(ta la cinquième paire, sept fois des douleurs névralglqueg diiféminéea dans la tôte, une fols la névralgie pharyngée, uni fols la névralgie intercostale (o/>. eit,, p. 7i).
La névralgie sus-orbitaire s'accompagne d'une injection plus ou moins forte de la conjonctive, de photophobie, de larmoiement, et o^est probablement à la névralgie sus-orbitaire qu'il faut rapporter rophthalmie intermittente décrite par quelques auteurs.
M. le professeur VerneuU, qui a tait une étude très complète des névralgies palustres {Rêcue de Chirurgie, 4881, p. 906, et I88f , p. 16), se demande avec raison quel est, dans la pathogénie de la névralgie des paludiques, le rôle du paludisme luimême et quel le rôle des prédispositions individuelles?
D'après ce qu'il m'a été donné d'observer en Algérie, Je suis très porté à croire que le paludisme ne Joue loi que le rôle d'une cause prédisposante en déterminant une anémie rapide et souvent très profonde. Dans les cas très rares d'ailleurs ob J'ai observé des névralgies chez des paludiques, il s'agissait de malades qui avaient souffert de névralgies avant de venir en Algérie et chez lesquels la lièvre paraissait seulement* avoir rappelé les douleurs névralgiques en leur imprimant un caractère intermittent plus ou moins net.
Le paludisme peut-il se manifester uniquement, indépendamment de toute fièvre, par une névralgie intermittente? Le doute me semble encore permis à cet égard malgré les faits qui ont été publiés par dliTérenis observateurs; il ne suffit pas qu'une névralgie ait le caractère intermitlent, ni môme qu'elle disparaisse après l'administration plus ou moins prolongée du sulfate de quinine, pour qu'on soit autorisé à dire qu'il s'agit d'une manifestation du paludisme. On sait que les névralgies
35S COUPUCATIONS
el même les névrites traumatiques présentent soureut, en dehors de toute influence palustre, le caractère inlemiittetit et peuvent être améliorées ou guéries par le sulfale de quinine, sans compter qu'on n'est jamais certain si la disparition des douleurs survenue à la suite de l'administratioa de ce médicament n'est pas la conséquence de la marche naturelle de la maladie.
Pour résoudre dèltnitîvement la question, il faudrait constater la présence des microbes du paludisme dans le sang d'un malade atteint de névralgie intermittente sans flèvre ;je n'ai pas eu jusqu'ici l'occasion de faire l'examen du sang dans cei conditions.
Les paralysies qui se produisent dans le cours du paludisme peuvent &tre divisées en /tamfysies transitoires.qui sun'iennent d'ordinaire pendant un accès de fièvre et qui disparaissent l'accès terminé ou peu après, et en paralysies penisfanles, qui ne disparaissent pas avec la fièvre et qui ne sont pas jusli* ciables du sulfate de quinine. La même division est applicable à Vapkasîe qui a été observée plusieurs fois chez des pain* diques.
Un malade est atteint de fièvre intermittente tierce: on constate à plusieurs reprises ique pendant les accès il se produit une paralysie partielle ou de l'aphasie, qui se dissipe après l'accès, on constate en outre que sous l'inQuence du sulfate de i[uisine les troubles nerveux disparaissent rapidement en même temps que la lièvre; la relation étiologique entre le paludisme et les accidents neneux ne parait pas discutable dans ciïcas.
M. k' ])' E. Boisseau a publié une obse^^'alion très iolères- 63iite i?l lira probante d'apbasie transitoire liée à des acct's de
SYSTÈME NEHVEUX 357
'fièvre intermiltente, (.Gazette hebdom. de méd. et de ehir.^ 1871 .) La thèse de M. Vincent (Des paralysies dans la fièvre intermittente et de leur patkogénie^ Thèse, Montpellier, 1878) ren- •arme également plusieurs exemples très curieux de paralysifi$ transitoires palustres : aphasie et paralysie des fléchisseurs de 4a main droite, aphasie, troubles de la vision et de Touïe, paraplégie et anesthésie partielle, etc.
Les paralysies persistantes sont plus communes que les paralysies temporaires, mais leur relation étiologique avec le paludisme est aussi moins nette, plus difficile à établir dans beaucoup de cas. Les formes de ces paralysies sont très variées, rhémiplégie est la plus commune ; Griesinger en cite un exemple: « L'homme qui (ait le sujet de cette observation avait été traité peu de temps auparavant pour une fièvre tierce, il s'était rétabli à la suite de quelques doses de sulfate de quinine et avait quitté l'hôpital ; les jours suivants il éprouva du frisson, des tremblements et des maux de tête ; le huitième jour il cb^it^ cela an milieu d'une promenade ; quelques heures après il était paralysé de tout le côté droit. » (Op.eit , p. 69.) On peut objecter qu'il y aeudans ce cas simple coïncidence entre l'atteinte de paludisme et les accidents cérébraux, qui s'expliquent très bien par une hémorrhagie cérébrale sans relation directe avec le paludisme (1).
Deux fois seulement j'ai rencontré des paralysies cbez des paludiqnes, encore ne me parait-il pas certain que le paludisme
(1] Go consultara avec intérêt au sujet des paralysies d^origine palustre les ouvrages suivants: Ouradou, Des paralysies dans la fièvre intermil' tente. Thèse. Paris, lS31. — Grassat, Éludi c'inigue sur les diverses mantfeiialions hémiplégiques de IHnloxication paludéenne. Montpellier médical^ 1876. — Laudouzy, Des paralysies dans les maladies aiguës. Thèse d'agrégalfon, Paris, 1880, p. 1 59.
368 coypucATiom
ait Joué dflM ces deux cm un rAle exclutii al même prépon-
dérnnt.
Dam le premier cis 11 s'agit d'un militaire qui euirait à lliOpilal de Conilantine lu moll de février 18S1 pour une panlyale incomplète de It }ambe droite avec anastliéflle ; le malade avait au plusieurs atteintes de Devra intenniltente bien caractérisée, mais la paralysie n'était pas aurvenue pendant le court d'une de ces atteintes ; elle s'était produite b la suite des ftttlgoes d'une roule nite par étapes. Il y avait probablement ebei ce malade une myélite partielle ; à sa sortie de l'bdpiial, le malade était eh bonne voie de guérison.
La deuxU>me observation est relative k un militaire qui entrait à l'hôpital de Constanline le 39 novembre 1883 pour parapliçle. Les deux membres inCérieura élaiont très faible*. le malade pouvait b peine se tenir debout, il y avait en outre des vertiges et des troubles cérébraux; la parësle des membres Inférieurs ne s'accompagnait d'aucune altération de ti sensibilité ni de la nutrition , d'aucun trouble de la miction ni de la défécation. Le malade avait eu plusieurs alleinlea de fièvre palustre, 11 eut même à l'hâpltal de Constantine une rechute, et Je pus constater la présence des microbes du paludisme dans le sang. Mallieureusement ce malade avait eaia syphilis, et il était difficile de faire la part du paludisme et celle de la syphilis dans la pathogénie des troubles oervaai. i,p mercure et l'Iodure de potassium furent prescrits saas résultats appréciables; quant au sulfate de quinine, il fit disparaître la fièvre Intermittente sans modifier la parapl^gin.
D'après Griesinger, des maladies mentales se développent quelquefois k la suite de la fièvre intermittente et en sont, dll-il.
SYBTfSMI NERVEtX 3S9
la conséquence {op. eitt p. 69, et Traité des mnladies tHênialest traduction française du D' Doumie, Paris» 1865).
Sydenham et Frerichs avaient mentionné déjà des troubles cérébraux consécutifs à la flëvre intermittente.
La Maladie de Raynaud (asphyxie locale et gangrène symétrique des extrémités) a été observée un assez grand nombre de fois chez des paludiques. Maurice Raynaud ne semble pas avoir attaché une grande importance à cette coïncidence pathologique, dont il cite cependant plusieurs exemples. (DtffiMpA^âffia locale et de la gangrène êymétrique deê extrémités^ Thèse, Paris, 1869. — Du même : Nouvelles recherches sur ta nature et le traitement de Vasphyxie locale des extrémités. Areh. gén. de méd., 1874, 1. 1, p. 5 et 189.)
Ces exemples se sont multipliés depuis lors; MM. Rey, Marroin, Galmette, Moursou ont publié des faits qui tendent à démontrer Texistence d^une relation étiologique entre la maladie de Raynaud et le paludisme. (Rey, Archives de méd. navale, 1869, t. XII, p. SU. -> Marroin, même recueil, 1870, t. XIII, p. 844. ^ Galmette, Des rapports de Vasphyxie locale des extrémités avec la ftèvre intermittente paludéenne. Rec. de mém. de méd. militaire, 1877, p. 24. '- Moursou, Étude clinique sur Vasphyxie locale des extrémités. Arch. de méde» cine navale, \9^,)
Tantôt l'asphyxie locale se montre seulement au moment des accès de fièvre et disparaît avec eux, tantét elle persiste après la guérison des accès et elle prend une forme plus grave, qui peut aboutir à la gangrène symétrique.
Je n'ai pas k décrire Ici la maladie de Raynaud, qui se présente chez les paludiques avec ses caractères ordinaires; la seule question qui doive nous arrêter est celle de la nature des rela-
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lions qui existent enlre cette maludie et le paiiidisine. U maladie de Raynaud peut-elle se développer sous l'aclioD directe des microbes du paludisme et faut-il la considùrrr dans certains cas du moins, comme une fièvre intennitteote jnrvée? ou bien faut-il admettre que le paludisme ne joue ici, comme dans beaucoup d'autres cas, que le râle d'une cause prédisposante?
MM. Verneuil el Petit, qui ont fait une étude très complète et très remarquable de l'asphyxie locale et de la gangi-èoe pa- Justre (iîeoue rfe cA(>arj;(e, 1883, p. 1), font remarquer avec niison que l'asphyxie locale est très rare relativement à rexlrëmc fréquence des fièvres palustres; c'est, comme ils le disent fort bien, une des manifestations les pLia contingentes du paludisme.
Je n'ai, pour ma part, observé aucun exemple de cette complication des lièvres pendant mon séjour en Algérie.
U faut noter d'autre partque desmaladicsqui,commela dia^ rbêe de Cochinchine, n'ont aucun rapport avec le paludisni'', mais qui sont, au m^me litre que lui, des causes d'épuisement et d'anémie, prédisposent également les malades qui en sont atteints à l'asphyxie locale desextrémités.(Moursou, op. ci(.)Lr froid paraît jouer le principal rôle dans l'éliologie rie l'aspliy^ii' locale des extrémilcs avec l'irritabilité plus ou moins grande di* \s moelle épinière : le paludisme ne favorise probablement in pi-odnction de la maladie de Raynaud qu'en augmentant In sen- Bîbilité au froid et en exagérant l'action réllexe de la moelle sur les vaso-inoleurs.
' Il existe dans la science un certain nombre d'exemples de ganuréiies survenues chez des malades atteints de lièvnt palliai !'<:' ou de cachexie palustre. MM- Verneuil et Petit, dans le