SYSTÈME NERVEUX
mémoire citô plus haut, ont réuni tous les cas connus de gangrène palustre, et ils ont proposé de les diviser en deux groupes : gangrènes associées ou secondaires et gangrènes palustres proprement dites; cette division me parait excellente.
Les gangrènes associées ou secondaires sont de beaucoup les plus nombreuses. Les malades affaiblis par les fièvres sont naturellement prédisposés aux inflammations gangreneuses, et il n'y a pas lieu de s'étonner si chez des cachectiques palustres on observe des angines ou des stomatites gangreneuses, des escbares de décubitus, des gangrènes du poumon, ou si chez ces malades les traumatismes accidentels et les opérations chirurgicales se compliquent souvent de gangrène. C'est évidemment rétat général qui Joue dans ces cas le principal rôle, et on peut dire que le paludisme n'intervient que très indirectement dans la pathogénie de ces accidents.
Les gangrènes palustres proprement dites sont très i*ares, mais très intéressantes: des faits très probants ont été publiés à ce sujet par MM. Ebrard, Larché, Duteuil, Verneuil, Moty. (Verneuil et Petit, op, cit. Reçue de chirurgie, 1883, p. 438.)
Les deux faits de gangrène cutanée par plaques disséminées dont M. le D' Moty a publié les observations, sont très curieux et méritent tout particulièrement d'attirer Tattention. Dans le premier cas, il s'agit d un zouave atteint de fièvre intermittente de récidive chez lequel on vil se développer d'abord une plaque gangreneuse au-dessous de rombilic,puis d'autres plaques gangreneuses dans raine et dans Taisselle du côté gauche. Le malade n'était pas diabétique, et l'autopsie ne révéla aucune altération du cœur capable d'avoir donné naissance à des embolies.
Dans le deuxième cas, il s'agit d'un cachectique palustre âgé
3fi3 COMPLICATIONS
de soixante ans qui présentait sur dlfTérenls points du corps, au momeni de son entrée à l'bâpilal, des ecchymoses cutanée* fi peu près circulaires, de S il S centlmMres de diam(tre, de con- Iciir vineuse et sans empâtement sous-jacent. Un mois apris l'enir^o à l'bApital, le malade M pris subitement d'atlaqnes épileptilorraes, suivies de stupeur.deparésie du membre supérieur droit pt de paralysie des lèvres.
■ Les ecchymoses cutanées se prononcent en certains points et les itccés deflévre reparaissent. Le 33 mars, à la suite d'un (nilemenl approprié, l'élat général .s'est relevé, les pbénomènei pnrfllytlques ont disparu et l'aspect des ecchymoses cutanées ses! notablement modilîc : les unes ont été résorbées, d'aotres se sont, pour ainsi dire, parcheminées; on trouve à leur nivean la penu épaissie et bleufltre, sans traces d'Inflammation : une de ri>s plaques parcheminées occupe le relier de la lèvre Inférifiirc ; pnfin au bras gauche, deux d'entre elles se sont (ransform'-cs en eschares gangreneuses sèches situées l'une an-dessus de l'autre, au-dessous de la région olécrônienne; la plai p-iinde a trois centimètres de diamètre ; elles sont sur le point de se di^lacher. » (Moty. />e la gangrène dans iea Jlèores intermitlpntea.Gatettede» hôpitaux, lSH,p. 3TÎ.) Le malade guérit.
M . Moty attribue ces {çangrèncs multiples à des Infarctos Tormr^spnrdes leucocytes mélanifères; les éléments parasitaires i|ui existent dans le sang des paludiques se prêtent encore minut à ce rdle. et s'il ya lieu de s'étonner de quelque chose, c'est qu'ils ne déterminent pas plus sonveitt des obltténUoni vasculaipes.
Je ne m'occupe pas Ici des gangrènesqui se rsllachent ta diabète,je dirai plus loin qiit;Iques mots des rapports do dllbète avec le paludisme.
DYSBNTBRII 968
On observe quelquefois chez les paludiques des troubles visuelê qui se rattachent à des lésions du fond de l'œil, dont M. le D' Poncet a donnô une très bonne description. L'ophihaU moscope révèle une névrite optique et une teinte grisfttre de la zone moyenne du nerf optique, il existe de l'œdème péripapil* laire et des hémorrhagies rétiniennes. Sur des coupes taistologiques de l'œil on constate ce qui suit : les vaisseaux de la choroïde et de la rétine renferment un très grand nombre d'éléments pigmentés et Tobstruction d'un certain nombre de eapillaires par ces éléments explique la fréquence des bémorrhagles rétiniennes; la présence de ces éléments dans les vaisseaux du nerf optique est aussi ht cause de la teinte grisâtre de la papille. « Les amauroses êine materia liées aux fièvres intermitten* tes dans lesquelles l'ophthal moscope n'avait pas trouvé de lésions, doivent être rangées^ écrit Poncet^dans les rétino-choroldites palustres avec embolies des leucocytes mélanlques dans les capillaires. » (Société de biologie^ 27 Juillet 1878, et Progrès médical^ 1878, p. 598.)
Il nous reste à étudier maintenant les relations qui existent entre le paludisme et quelques maladies générales : dysenterie, fièvre typhoïde, variole, tuberculose, diabète, scorbut. Les états morbides complexes qui résultent de la complication du paludisme par la dysenterie et la fièvre typhoïde, ont donné lieu à de nombreuses discussions et méritent surtout de nous arrêter.
Paludisme et DTSENTEaiB. — La dysenterie est en général très commune dans les pays chauds, où le paludisme règne avec intensité ; aussi arrive-t-il fréquemment que des malades atteints de fièvi*e intermittente prennent la dysenterie, ou Inversement que
ZSi COUPUCATIONS
des malades qui ont eu ou ont encore la dysenterie, sont nttcints de paludisme. La coïncidence fréquente de la dysenterie et de la lièvre palitsire dans les mêmes localilés et souvent chez les mt)raes individus, permet de comprendre comment quelques obsenateurs oui êlé amenés à regarder la dysenterie comme une manirestalion du paludisme et à décrire une dysenterie palusirp, une dysenterie intermittente et une fièvre pernicieuse dysenlérique.
Les auteurs les plus compétents sont d'accord pour nier l'existence de la dysenterie intermittente et de la lièvre pernicieuse dysentérique. « La fièvre pernicieuse dysentérique, dans ^quelle il n'y auiiît des selles que pendant la durée des accès, est, dit Maillot, un être de raison; pendant l'accès, les selles sont beaucoup plus fi'équentes qu'à tout autre moment de It journée, mais voilà touL TaalAtla colite précède la fièvre inler* miltetiie, laniûi elle lui est postérieure ; souvent on suspend les accès et la colite persiste, double fait qui démonti'e l'indépeDdance qui peut exister entre les deux maladies. » (Traité des ferres intermtllenten. p, 39.)
Si la dysenterie et le paludisme se compliquent souvent, plus souvent encore les deux maladies évoluent séparément. Le sul* fale de quinine, qui est le spécifique du paludisme, n'a pas d'action sur la dyscnlisrie ; de même l'ipéca et les purgatifs n'en ont aucune sur [a lièvre palustre. L'anatomie patUolo^^ique démontre aussi que le paludisme et la dysenterie sont deux maladies bien distinctes, ayant l'une et l'autre des lésions anatomiques triscaractéristiqueset sans rapports entre elles.
L'examen du sang des dysentériques ne révèle jamais l'existence (les microbes du paludisme, ni celle des leucocytes mélanifâres;à l'autopsie on constate des lésions profondes du