‹ Traité des fièvres palustres, avec la description des microbes du paludismeChapitre 84 sur 103 · DE L'INTERMITTENCE · texte numérisé non relu

DE L'INTERMITTENCE

sont en général peu considérables et très difficiles à apprécier par millimètres, voire même par centimètres, à cause de la mobilité de la rate et de ses changements de rapports avec la paroi abdominale. La théorie de Durand de Lunel est d'ailleurs pleine d'obscurités : pourquoi le miasme s'accumule-t-il dans la rate pendant la nuit, pourquoi en sort-il le matin ? Pourquoi chez certains malades n'en sort-il que tous les deux ou trois jours ?

La connaissance que nous avons aujourd'hui des véritables agents du paludisme peut-elle nous aider à comprendre l'intermittence ?

La première idée qui se présente à l'esprit, est que les microbes du paludisme ont eux-mêmes une activité intermittente, qu'ils ne se répandent dans la circulation générale qu'à certains moments, qui correspondent aux paroxysmes fébriles, ou bien qu'ils sont en partie détruits après chaque paroxysme et que l'intervalle d'apyrexie correspond au temps nécessaire à la repullulation des parasites. « La puUulation de ces corps doit être extrêmement active, écrit M. le D' Richard : par exemple, dans les accès tierces, on ne les retrouve pas les jours d'apyrexie ; à mesure que l'accès s'approche, ils se montrent en nombre croissant et leur maximum correspond au début de l'ascension thermique : à partir de ce moment, leurs instants sont comptés, la chaleur fébrile leur est fatale et enraye net leur développement ; telle est l'explication de l'intermittence ; ils produisent la fièvre, la fièvre les tue et tombe à son tour ; à la faveur de l'apyrexie, ils repullulent, rallument la flèvre et ainsi de suite. » (Op. cit,, p. 117.)

Il est ccrlain que c'est d'ordinaire un peu avant les paroxysmes fébriles et au début de ces paroxysmes que les microbes

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^1fi PATHOGÉME

semonlrciil en l'Ins gnind nombre dans le sang des paiudiques. c'est il ce moment qu'on a le plus de chances de les rencontrer et de pouvoir les observer sous leurs formes les plus caractéristiques

On a pu voir ,cliapili-e ni. p. 19:)que sur ce point spt'cial, mes obsenations concordaient parfaitement avec celles de M. le D'Kichard. J'ai insisté sur ce fait que lorsqu^on trouve dans le sang d'un malade qui n'a pas eu de fiOvre depuis quelque temps. des corps kystiques n-* et dos lilaments mobiles, on peut prédire le retour h bref délai des accès de fièvre : j'ai dit aussi qu'après les parosysmes fébriles le nombre des microbes vivants diminuait en pénéral beaucoup dans le sang, tandis que celui des corps n" 3 et des leucocytes mélanifères, cadavres et débris de ces corps, augmentait notablement.

A côté de ces faits favorables à la théorie de l'intermittence émise par M. le D' Richard, on en peut nialheureusemenlcitcr d'autres qui lui sont contraires.

1] s'en faut de beaucoup que les microbes du paludisme disparaissent toujours à la fin des accès, il m'est arrivé souvent de rencontrer ces parasites en grand nombre et avec leurs formes les plus caractéristiques, les plus animées (corps n- 2 munis de filaments mobiles, filaments mobiles libres;, dans le sanjî de malades qui se trouvaient Ji la fin d'un accès ou pendant les périodes d'apyresie.

Autre objection : si les microbes du paludisme étaient détruits en grande partie h la fin de chaque accès et si l'intervalle dapyrexle qui sépare deux accès successifs représentait le temps nécessaire à la repullulalion des microbes, les accès de fièvre devraient toujours se reproduire h des intervalles à peu près égaux ; comment expliquer, si on ndople la théorie

DE L'INTEHUITTBNCE «TD

de M. le [c Richard, la fièvre lierceet la fièvre quarte? Ces lypes s'Dbsen-eat chez les individus afTatblis, anémiés, dans le sang desquels la pullulation des parasites se foit très ra<:ilement, et il faudrait admettre cependant que les microbes meiienl deux et trois fois plus de temps à se reproduire chez ces malades que chez ceux qui ont des fièvres quotidiennes.

Comment expliquer encore les accès prolongés et subintraiit», les lièvres continues palustres 7 M. le D' Richard en est rijiluii à invoquer un miasme différent du miasme palustre, qui s'ii- □iratl à ce dernier pour produire la continuité des fii'vrcs. hypothèse qui me paraît dinicile h défendre.

Pourquoi le nombre des microbes dlminue-t-il en gva<.-v:i\ dans le sang des paludiques après les accès de fièvre ?

Faut-il croire que c'est là seulement une question de lpni]>érature et que les microbes du paludisme qui prospèrent dans le sang & 37*, meurent quand la température de ce sang monte ïi 40ou41*?Une si grande sensibilité à la chaleur parait peu probable ; j'ai du reste trouvé fréquemment dans le sang de malades qui avaient ou qui venaient d'avoir des températmcs supérieures à *0°, des microbes animés de mouvements très vi fs ; on pourrait trancher la question en soumettant directement iirin préparation histologique renfermant des microbes du paludisme àdestempératuresde 40 â 41-, je n'avais pas à Constantinr di^ platine chaufTanle et je n'ai pas pu faire cette expérience.

Il me paraît probable que la chaleur n'agit que d'une manirrr indirecte sur les microbes du paludisme. On sait que sous 1 influence de la chaleur artificielle, les leucocytes acquièrent une activité très grande ; les mouvements araibol'des s'exagèrent, et si on met au contact des leucocytes des grains pigmentés, im constate qu'ils s'en emparent et les englobent très rapidement

<K0 PATHf)(iÉS!E

La chaleur fébrili^ ajfit certainenoeiit comme la chaleur arliiicîplle dans celle expérience; chez le fi'bncilanl l'activil.' îles Icucocylea s'e\af,'ère. el les éléments parasitaires deviennent plus facilement leur praie iiue cliez l'individu dont la température est normale.

Mais revenons à l'intermittence et à la rechercbe de ses

Il est probable, ainsi i^ne je l'i-crivais déjà en IS)*\ (Sature Dara.ti taire des aeeiilRnts de l'impaludi-tme, p. 97), que Tirrilabilité de la moelle épinière est épuiSf'-e après cha-iue paroxysme fébrile, et 'jue Tintervalle iiui sépare les accès représente le temps nécessaire pour que cet épuisement se dissipe.

S'ajïit-il d'nn homme vigoureux qui a la lièvre palustre poar la première fois ; les accès se succèdent à de courts intervailes. ils peuvent mi'-me être siibinlrants.

Le malade esl-il au contraire anémié, affaibli déjà par plusieurs atteintes de lièvre ; l'épuisement nerveux (jui suit chaque paroxysme se dissipe lentement et les accès ne se succèdent qu'à de longs intervalles. Certains cachectiques palustres ont très rarement des accès de lièvre, c'est le cas des individus qui habitent d^'puis leur enfance des localités marécageuses.

H L'habitude, dit Maillot, émousse l'activilé des émanations m^récîijîriuses, en ce sens du moins que les indigènes n"ont tK'S souvent que des fièvres peu graves, alors que les étrangers placés accidentellement dans le foyer des miasmes, éprouvent les accidents les plus formidables : c'est une remanjue qui n'a échappé à aucun des auteurs qui ont écrit sur les lièvres inlermitienteseldonljai eu souvent loccasion de vérilier la justesse en Corse et en Afrique. Pendant que, dans ce dernier piys.nos

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