‹ Traité des fièvres palustres, avec la description des microbes du paludismeChapitre 85 sur 103 · ACCOUTUMANCE · texte numérisé non relu

ACCOUTUMANCE

soldats étaient horriblement décimés par les Qèvres pernicieuses, les Arabes à notre solde, exposés également aux fatigues du camp, ne contractaient que des fièvres bénignes. » (Maillot, op. ciï.,p. 265.)

Le système nerveux s'accoutume à l'irritation produite par la présence des microbes du paludisme dans le sang, de môme qu'il s'accoutume à certains irritants externes qui finissent par ne plus l'impressionner. Chacun sait que les femmes de Ja campagne, qui ont l'habitude de manier des orties, peuvent le faire sans éprouver la moindre douleur, sans que leurs mains soient le siège d'aucune éruption T les piqûres des moustiques sont moins douloureuses et donnent lieu à une éruption bien moins apparente chez les personnes qui habitent depuis longtemps les localités où ces insectes abondent, que chez les personnes qui y arrivent. Il serait facile de multiplier les exemples qui démontrent que l'irritabilité du système nerveux diminue par l'accoutumance.

Nous avons vu que la grande majorité des accès de. fièvre intermittente s'observaient de minuit à midi; beaucoup de parasites ont une activité plus grande la nuit que le jour : tel est, par exemple, le cas des filaires, dont il est souvent impossible de constater la présence dans le sang pendant le jour; il est probable qu'il en est ainsi des microbes du paludisme ; le sommeil, en diminuant Tirritabilité du système nerveux, retarde un peu rheure des accès, et c'est le matin, au réveil ou peu de temps après, que la fièvre éclate. 11 n'y a là du reste rien d'absolu, les microbes du paludisme circulent souvent en très grand nombre dans le sang pendant le jour et ils peuvent provoquer des accès de fièvre à toute heure.

Au nombre des phénomènes d'irritaiion produits par les

LAVEHAN, FIÈVRES PALUSTRES. 31

tët PATHOGÉNIE

parasites, il faut citer encore la céphalalgie, la rachialgie, les douleurs névralgiques, le délire, les convulsions. La palhogi'nie de ces accidents est trop simple ici pour qu'il soit nécessaire d'y insister.

On comprend sans peine que des parasite^ du sang, dont le volume est quelquerois supérieur à celui des hématies, puissent déterminer des obstructions vascutaires ; il y aurait môme lieu de s'étonner de la rareté assez grande de ces accidents cliez les paindiques, si nous ne savions : 1* que le volume des ëliments parasitaires les plus gros diffère peu de celui des ht'oiaties ; 3° que les filaments mobiles sont d'une finesse qui leur permet probablement de franchir tous les réseaus capillaires et que l'élaslicité des corps kystiques est comparable à celle des leucocytes ou des hématies ; 3» que les leucocytes s'emparent des cadavres des parasites et du pigment mis en liberté, et se chni'gcnt de transporter ces corps étrangers en dehors des vaisseaux.

Les oblitérations vasculaires produites par les parasites du paludisme se traduisent natui-ellement par des symptAmes très variables, suivant l'oigne intéressé.

Les accès pernicieux comateux s'expliquent 1res bien par l'accumulation des éléments parasitaires dans les capillaires cêi-ébraux ; ce n'est pas là une hypothèse; chez les sujets morts d'accès pernicieux comateux, il est facile de constater, suiiKs .•oii|irs hislologiques du cerveau, que les capillaires sont obstrués l'ii hi>aucoup de points par des éléments pigmentés, (lui ne sont ((ue les cadavres des parasites.

Frerichs atlribuait déjîi h l'accumulation du pigment dans les «isseaiix cirréliraux un rôle important dans la pathogénie de certdlna accès pprnicieux; si celte théorie a fait peu de parti-

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ACCIDENTS CÉRÉBRAUX i83

sans, c*est qu'il était difficile de comprendre comment des thromboses produites par du pigment pouvaient se dissiper en quelques heures. On a toujours objecté à Frerichs la rapidité avec la quelle les symptômes cérébraux et le coma lui-même disparaissaient chez certains malades atteints d'accès pernicieux, pour reparaître parfois au bout d*un ou deux jours et se dissiper encore ; on ne s'expliquait pas non plus comment le sulfate de quinine pouvait agir sur des thromboses pigmentaires, et personne ne songeait à nier l'efficacité merveilleuse de ce médicament chez les malades atteints d'accès pernicieux comateux.

Le fait que l'obstruction des vaisseaux cérébraux est produite, non par des poussières inertes, mais par des éléments parasitaires, répond à toutes ces objections; il est facile en effet de comprendre que les microbes qui ont obstrué pendant quelques heures les petits vaisseaux cérébraux puissent être entraînés de nouveau dans le torrent circulatoire, surtout si le sulfate de quinine, administré à forte dose, vient les engourdir ou les tuer.

Les thromboses vasculaire.^ d'origine parasitaire, expliquent les paralysies et les aphasies transitoires qui ont été observées quelquefois dans le cours des accès de fièvre.

Dans certains cas, heureusement rares, les thromboses ne se dissipent pas avec les accès de fièvre; elles donnent alors naissance à des foyers de ramollissement, et, si elles intéressent ia zone motrice, à des paralysies plus ou moins persistantes.

L'accumulation des éléments parasitaires dans les petits vaisseaux explique encore la fréquence des hémorrhagies capillaires dans les formes graves du paludisme. M. le D** Marchiafava a observé souvent des hémorrhagies ponctiformes dans les centres nerveux et les méninges.

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4SA PATHOGÉNIB

J'ai noté, cbez plusieurs individus morts de lièvre perni* cieuse, des hëmorrhagies capillaires très nombreuses dans la peau et dans les séreuses, notamment dans le mésentère. Sur un sujet mort de Hèvre pernicieuse pendant Tété 1882, dans le service d'un de mes collègues de l'hôpital militaire de Constan- Une, le mésentère et le grand épiploon étaient criblés d'hémorrhagies ponctiformes, produites évidemment par Taccumulation des éléments pigmentés dans les petits vaisseaux.

Les épistaxis sont très communes dans le paludisme, mais Thémorrhagie nasale est un phénomène trop banal pour qu*il soit nécessaire d'invoquer ici la présence des microbes.

L'hémoptysie, la gastrorrhagie et Thématurie ne sont pas très rares chez les paludiques. Dans les reins les ëlémenls parasitaires sont retenus par les glomérules de Malpighi comme par un filtre, et dans le cas où ces éléments sont nombreux, on «onçoit que la circulation rénale et, par suite, Texcrétion de l'urine' puissent être arrêtées complètement, comme chez ce malade dont j'ai déjà parlé qui, pendant plusieurs jours, présenta une anurie complète et dont les deux reins étaient infiltrés de sang.

L'albuminurie transitoire qui s'observe assez souvent pendant les accès de fièvre intermittente, s'explique par le même mécanisme que l'hématurie. L'oblitération d'un certain nombre de glomérules par les éléments parasitaires a naturellement pour effet d'augmenter beaucoup la tension du sang dans ceux qui sont restés perméables.

L'accumulation des éléments parasitaires dans certains déparements vasculaires de la rate paraît pouvoir donner naissance à des infarctus qui sont suivis ou non de suppuration.

D'après MM. Tommasi Crudcli, Marchiafava et Fcrraresi, les

PHLEGUAS1E6 SECONDAIRES JKS

embolies pigmentaires des capillaires du poumon peuvent devenir le point de dépari d'une tuberculose miliaire (v. chapitre VI, p. 382).

L'amblyopie palustre s'explique très bien par les embolieque les parasites formeat dans les artères de la rétine.

Dans le paludisme aigu, la présence des éléments parasitaires détermine des hypérëmies, des congestions passat;^res de dill'érents organes sans inOammation proprement dite, auss les orgues congestionnés (rate, foie] reprennent vile leur volume normal dès que la fièvre a disparu. Quand les malades succombent rapidement, on ne trouve à l'autopsie aucune lésion inflammatoire des viscères.

A la longue, l'irritation produite par la présence des microbes du paludisme et par les congestions répétées qui en résultent donne naissance à des phlegmasies chroniques qui ont naturellement leur siège d'élection dans les viscères q«i servent plus spécialement d'habitat aux parasites du paludisme.

La rate présente constamment chez les individus qui ont eu plusieurs atteintes de fièvre intermittente, des altérations inflammaloires : splénite interstitielle, périsplénite ; et dans la cachexie palustre on ohserve une véritable cirrhose hypertrophique de la rate.

La cirrhose du foie vient, par ordre de fréquence, après celle de la rate, on peut citer ensuite la néphrite et la pneumonie chronique ; dans tous ces cas, le point de départ ordinaire des lésions inflammatoires est dans le système vascuiaire : il s'agil le plus souvent de cirrhoses vasculaires.

Les lésions de l'inflammation chronique une fois conslituées dans un viscère peuvent persister et s'aggraver après guérison du paludisme,

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m milailp lui » été atteiot de gale peot coDsenrer longtemps ariKvj la disparition di?3 sarcoptes un eczéma qui, provoqué p-ii" l;i tcal 1 ! e parasitaire, lui sunil el prend une marché

Etli-OIliildf.

Iir* nn'tii'' ■:-n observe des t-irrhoses du foie et des népliriles ElVirifTiBe [liilustre chez des malades qui n'ont plus depuis t"riJteaips 'l 'air'-és de fièvre inlermittenle el dans le sang des- ^m"ls lin tii' [r-ouve plus trace des parasites du paludisme.

La drrti iS'" liyperlrophinur' de la rite persiste longtemps aprt'S la (Hj-i i.-uq du paludisme.

Les ml'T'-''" s du paludisme p;ir)issent pouvoir vivre longtemps u h lui l'i s->-ié dans les siiuis dr- la rate ; c'est ainsi qu'on S'-xpIll'l- II-" la m;!ladie, apn's plusieurs mois <Je silence, puif.SHri'p;ir.ii[retoutacoup,alorsqae les paluJiques on) quitté les loyer- lians lesquels ils ont i-outracté la fièiTC et qu'il est impossible il invoquer une nouvelle infection.

Tonie* !•'> «.luses sus^yptibles d'activer la circulation peuvent remplir*' en mouvement les germes i|ui sommeillent dans des vaii'p.iut |i' Il fiviiuentês d'ordinaire et o<casionner, par suite, 'me ri'iliMt'' de fièvre; tels sont les excès de tout genre, les fuligues, ks grands IraumatisiUt'S, les émotions vives.

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