‹ Traité des fièvres palustres, avec la description des microbes du paludismeChapitre 89 sur 103 · DOSES TOXIQUES · texte numérisé non relu

DOSES TOXIQUES

d*uQ homme adulte (1). Ces doses ont été bien soavent dépassées dans le traitement des accidents pernicieux et souvent avec succès.

Maillot, dans un cas de fièvre pernicieuse, a administré 9 gr. de sulfate de quinine dans les vingt-quatre heures et a guéri son malade. Monneret a fait prendre jusqu^à 8 grammes de sulfate de quinine par Jour dans des névralgies rebelles (Éléments de pathoL médicale, Paris, 185S, t. III, p. 104).

Giacomini a pris sans inconvénient pendant quarante-sept jours, dc3 à 4 grammes de sulfate de quinine par jour ; Favier a pris également Jusqu'à 3 grammes par jour de sulfate de quinine, dans le seul but d^expérimenter Taction de ce sel.

Giacomini donne Inobservation d*un homme qui, par erreur, avala en une seule fois 12 grammes de sulfate de quinine : il y eut des phénomènes d'hyposthénisation du cœur et du système nerveux, mais ces symptômes furent combattus avec succès, à Taide des excitants.

Guersent, a cité le fait d'une dame à laquelle son mari, médecin et monomaniaque, avait fait prendre en quelques jours 41 grammes de sulfate de quinine; cette dame perdit momen* tanément la vue, Touîe et la parole ; elle se refroidit comme un cadavre, mais tous ces accidents se dissipèrent rapidement. Briquet, auquel j'emprunte la plupart des faits précédents, ajoute : « il n'existe à ma connaissance de fait avéré d'intoxication suivie de mort que celui de ce médecin aliéné (dont il est fait mention plus haut), qui, pour se guérîr d*une petite fièvre, s'administra lui-même l'énorme dose de 2â0 grammes de sal-

(l)Boachardat)ilfaitu«< de matière mêdicaU, Paris, 1866, 4* édit., t. II« p. 392.

SOO TRAITEMENT

fate de quinine en dix à douze jours et i\ai finit par succomber & la prostration dans laquelle il était tombé. » (Briquet, Traité thérapeutique du quinquina, p. 585 et suivantes.)

Il est très rare qu'il Taille donner plus de 3 grammes de sulfate de quinine par jour, même dans le traitement des accidents pernicieuï ; les exemples qui précèdent prouvent qu'on peut sans dangerdépasser cette dose ; néanmoins el sauf le eau d'ui^ence, on ne prescrira pas à un malade qui n'a jamais pris de sulfate de quinine de dose supérieure à 1 ou 9 grammes.

II importe queleclîniciensoit prévenu que le sulfate de quinine peut provoquer des symplAmes inquiétants, tels que délire, ivresse quinique, vomissements, hyposlbénisation du système nerveux, afin qu'il ne confonde pas ces symptAmes avec ceux de la fièvre, ce qui le conduirait à augmenter encore tes doses de sulfate de quinine. *

Cbez les jeunes enfants la quinine est très active, on peut la prescrire à l'intérieur à ladose de 5 & 90 centigrammes. (Griesinger, op. cit., p. lU.)

Le sulfate de quinine introduit dans l'économie est éliminé en grande partie par les urines, il est facile d'y constatf^r sa présence & l'aide de l'iodureioduréde potassium qui.ens'unissaot à la quinine, donne lieu à 'in précipité jaune-marron (Boucbardal) (1) ; on observe parfois un peu de cystite.

Quelques observateurs ont attribué, sans preuves suffisantes

(])U fornula dur6ictitde Bouehirdit eilla luiotole : Iode 19 gnuBom, lodura de pDlassium A grammes, eau 300 grammei.

Brltjuel a modifié bidsI qu'il ault eetis furmulc : Iode S gnmmPi, iodurr ili' piilaMlum, S grammes, eau, 250 grammes.

KiToer ■ utillfélea proprlélésauorcscenlesdcaiulsdc quinine pour con- •IniLT dan* les urines la présence des plus minimes proporUona dace* sels. {nuinrdtn BeaumeU J«c. cil.)

MODE D'ADMISISTRATIOX 501

îi ce qu'il me semble, au sulfate de quinine les liémaluries qui se produisent quelquefois dans le cours des fièvres palustres. lUglielli, Intossieaxione ehiniea e lafebbrebîliosa ematuriea. La Sperim. I8T8. — Karamilzas, Sur Vhémaiurie provoquée par la quinine. Bull, de thérap., 1879.) La fièvre palustre hémalurique esl rare en Algérie, où cependant on donne le sulfate de quinine à aussi forte dose qu'au Sénégal et à Madagascar; d'autre part, comme le fait remarquer M. Dujardin Beaumetz [op. cit., p. 736}, les médecins qui traitent la fièvre typhoïde par le sulfate de quinine n'ont pas vu survenir d'hématuries chez leurs malades.

Le meilleur mode d'administration du sulfate de quinine et le plus pratique, au moins dans les hôpitaux, consiste à faire prendre ce sel en solution. Dans les hôpitaux militaires de l'Al- (;éric, on se sert avec avantage d'une solution de sulfate de quinine au cinquantième, qui est engénéral très bien supportée; le médecin fait avaler la solution devant lui, et s'assure qu'elle n'est pas rejetée volontairement ou à la suite de vomissements.

Aui malades qui supportent mal la solution de sulfate de quinine, on peut prescrire les pilules de sullate de quinine ou la poudre de sulfate de quinine dans des cachets faits avec du pain ù chanter; l'absorption de ces préparations est moins rapide et moins sûre quecelle de la solution.

Si les malades vomissent, si leur état est grave et peut faire craindre un accès pernicieux, à plus forte raison si les accidet:Is pernicieux se sont déjà produits: délire, sopor, coma, algidité, etc..., il faut recourir immédiatement à la métbode hypodermique.

Les lavements de sulfate de quinine ne seront prescrits que

dans les cas où il serait impossible, faute de seringue à iiùeclions hypodermiques par exemple, oa d'une solution convenable, d'employer la vole hypodermique.

Les lavements sont souvent rejetés au bout de quelques minutes et en admettant même qu'ils soient conservés, l'absorption par la muquense du gros intestin est beaucoup moins rapide et moins sûre que par le tissu conjonctif sous-cntané.

Les sels de quinine qui ont été plus spécialement utilisés pour les injections hypodermiques, sont : le chlorhydrate, le EUlfoyinate, le brombydrate et le sulfate de quinine.

Le chlorhydrale de quinine se dissout dans dix fols son poids d'eau, mais difficilement, le sel cristallise en partie à froid, il faut toujours faire chauffer la solution avant de s'en servir, et on a souvent de la peine à faire dissoudre tous les cristaux ; les injections hypodermiques de chlorhydrate de quinine donnent du reste de très bons résultats; je les ai employées souvent et j'ai très rarement observé des abcès ou des escbares aux points d'injection.

Le sulfovinate de quinine est beaucoup plus soluble dans l'eau que le chlorhydrate; un gramme de sulfovinate de quinine se dissout en effet à la température ordinaire dans 2 grammes d'eau; mais il m'a paru que le sulfovinate de quinine donnait lieu, beaucoup plus souvent que le chlorhydrate,à des accidents locaux; peut-être emploie-t-on d'ordinaira une solution trop concentrée de ce sel, il y aurait avantage, je crois, k se servir (Tune solution au cinquième, ou même au dixième.

Le brombydrate de quinine ne se dissout que dans 60 parties d'eau, maïs on peut obtenir une solution au dixième de ce sel, en substituant k l'eau distillée pure, l'eau distillée addihopniË d'alcool d'après la formule suivante :

nUECTlONS HVPODEBUIOl'ES

BroiDhjdrale ds quinine..

Alcool

On peut encore utiliser pour les ii^ectiaiis hypodermiques

le sulfate de quiniae rendu soluble à l'aide de l'eau de Rabel

ou de l'acide tartrique.

ViDson a donné la formule suivante, qui est très bonne :

Sulhis ds qulnloe i i^"

Eau diilillée 1 0»-

Eau de Rabel V

Ou:

Acide Urtrlque O'^O

Les injections hypodermiques des sels de quiniae rendent de très grands services dans le traitement des fièvres palustres, on peut dire que, grâce h elles, le pronostic des accidents pernicieux est devenu moins grave qu'il n'était autrefois ; mais la méthode hypodermique doit £tre réservée pour les casspéciaui, qui sont mentionnés plus haut; on ne peut pas songer à la généraliser ; les injections hypodermiques des sels de quinine peuvent en effet donner lieu à des accidents locaux : douleurs, phlegmons, eschares, qui n'entrent pas en ligne de compte, quand il s'agit d'un acc<''s pernicieux, mais qui dans un cas de Bf'vre intermittente simple, sont une complication toujours g<}nante et parfois assez grave.

Quand on fait des injections hypodermiques d'un sel quinique, il faut avoir grand soin de pousser la pointe de la canule au milieu du tissu conjonctif sous-cutané, les injections faites dans l'épaisseur du derme donnant lieu presque & coup sûr à des accidents locaux (1).

[I] Arnould, ButUtin de thirapautiqu*, 1816. — Borlu», Arelu de mi-

^im

SOI TR\lTiniENT

La solution doit ëlre très claire cl ne tenir en suspension ni cristaux, ni spores. L'aiguille de la seringue doit f^Ere lavée dans l'alcool avant et après chaijue opération.

Il est bon do ne pas injecter au mdoie endroit tout 1'^ sel de quinine que l'on veut faire absorber. Si, par exemple, on emploie une solution de clilorliydrate de quinine au dixirme et que l'on veuille injecter un gramme de ce sol, on fera l'injeclion par cinq ou six piqûres en des poinis différeiils; en prévision des abcès, des liangrènes, ou des phlegmons qui peuvent se produire, on fera ces injections aux membres et non sur le Irunc.

L'injection sous-cutanée d'un sel de quinine est suivie en général dune douleur assez vive; il se forme souvent, au point d'injection, un petit noyau d'induration. TanlOl ce noyau se résorbe, lanlûl on voit se produire un abcès ou bien une eschare sèche de la grandeur d'une pièce de cinquante centimes ou d'un fi-anc, qui ne se détache que lentement. Il se forme quelquefois des eschares beaucoup plus étendues, vuire même des plile^mons diiTus^mais ces graves accidents sont tout h fait exceptionnels et ne se produisent que quand on néglige de prendre les précautions indi(iuées plus baul.

Faut-il prescrire des évacnanis avant te sulfate de quinine? Est-il nécessaire de faire prendre le sulfate de quinine pendant l'apyrexie? Ces questions ont été ngitées bien souvent, et la plupart des auteurs les ont résolues autrefois par l'affirmative.

Une réaction s'est produite dans ces dernières années, et je

dtcintnaBale,n6i. — V\u»an,Gaitlle hebdvmadairt, iO uclobre \S'i. ~ Oubler, férêol, SociéU de Ihèraptulique, M j^aviet tB7G. — Diicv^aïkl. b'Uide etiniqua turltê injecUont hypodermique* debrombydrale tt de mifovinatt dt qwtmn«, Tliùse, Parii, iS'â. — JDllIard, Du tulfûcinale de quinine au point de vue dt la mclluide hypodermique. Hec. mim. mid. militaire, 1818, p. 607. - Dujonlin-BfaTiTnelr, vp. eil.

ÉVACDANTS 505

crois que les médecins ayant la pratique des pays cliauds sont aujourd'hui d'accord pour admettre : 1' que les évacuants sont inutiles au début du traitement des fièvres palustres alors même qu'il existe un embarras gastrique très prononcé, et qu'ils soDtmémenuisibles.s'ilsretardent l'emploi du sulfate de quinine ; on prescrira donc immédiatement les sels de quinine, quille à revenir aux évacuants si l'embarras gastrique persiste après la disparition de la lièvre; 3* qu'il n'y a pas d'inconvénient h faire prendre le sulfate de quinine pendant le cours des paroxysmes fébriles.

Dans les accès graves, dans les conlinues palustres, on donne aujourd'hui le sulfate de quinine, sans se préoccuper, comme autrefois, d'attendre un intervalle d'apyrexie ou de rémission, et on se trouve très bien de cette pratique -, dans le cas de nèvre inlei-miltenle, on peut de môme faire prendre le sull'ate de quinine pendant les paroxysmes, mais ici il y a avantage fi attendre fapyrexie : on ne doit pas songer à faire avorter un accès commencé; l'absorption du sulfate de quinine se fait peut-élre plus difficilement pendant les accès que dans les intervalles d'apyrexie ; enfin l'accès de lièvre donne lieu souvent h un malaise très considérable, et la solution de (juinlne administrée à ce moment peut provoquerdes vomissements.

L'examenhislologiquedusangmontre que c'est dans la période prodromique des accès et au début de ceux-ci que les microbes se trouvent en plus grand nombre dans le sang, de là une nouvelle indication de faire prendre le sulfate de quinine pendant les intervalles d'apyrexie qui séparent les accès.

A quelle dose et pendant combien de temps faut-Il prescrire le sulfate de quinine aux malades atteints de fièvre palustre ?

506 TK.\nEllKNT

La prescription sainnte est applicable dans rîmmense majorité des cas :

l-Preadrf. les deux premit'rs jours, 1 gramme ilifiSOdesnl- Tate de quinine;

J" Du troisième au huitième jour, prendre chaque jour 0",80i> Qf-M de sulfate de quinine:

3* Se reposer du neuvi.''me au quinzième jour, et ne prendre que du vin de quinquina ;

i* Du quinzième au vingtième jour, prendre de nouveau, et sans attendre le retour do la tièvre, 0",tiO à Ofi'fiù de sulfate de quinine par jour. Continuer le vin de quinquina;

5' Du vingtième au vinpl-ciiiquième jour, interrompre le sulfflle de quinine, en continuant le vin de quinquina;

*>• Du vingt-cinquième au Irenlième jour, reprendre encore diisulfate do quinine. 0<',t>0 h i>",80 par jour. Vin de quinquina.

r.oniinuer ensuite le vin de quinquina pendant un mois an moins.

Si pendant le cours du tr.iitemenl, Jlya une rechute de fièvre, faire de nouveau un traitement complet.

Cette méthode, que l'on peut appeler méthode des traite' ments sucressifs, a pour avantai;e de rendre beaucoup plus rares les rechutes, qui sont presque constantes chez les malades atteints de lièvre inlermiltente et qui se produisent k courte échéance quand on se contente de couper la flèvrek l'aide de quelques doses de sulfate de quinine: la quantité de sulfate de quinine nécessaire pour un cas de flëvre intermittente simple est de 12 à 15 grammes.

Il y a tout avantage, lorsqu'un malade est atteînl de palu- 'isme, à le traiter énergiquement dès le début : plus on attend,

lus l'anémie se prononce, plus les parasites sont difficiles k

FIÈVRE INTEIIMITTENTK 507

détruire, plus on a de cliances aussi de voir survenir des altéralioDS viscérales, qui ne sont plus jusliciabies du quinquina. La dépense que nécessile la mélliode des Irailements successifs ne peut pas être mise en balance avec les avantages qu'elle procure.

L'examen tiisloloftique du sang fournit des données très utiles sur leftlcacité du traitement ; c'est en m'appuyant sur ces données que je suis arrivé à établir les règles précédentes pour l'administration du sulfate de quinine. D'une façon générale, on peut dire qu'on ne trouve plus aucun élément parasitaire dans le sang des malades qui prennent depuis buît jours du sulfate de quinine, à la dose de 0",80 à0",60 par jour; cette règle comporte cependant quelques ejLceplions -, il m'est arrivé quelquefois de trouver encore des corps en croissant (corps n> i) ctiez des paludiques en traitement depuis buit jours et plus, mais il s'agissait toujours de malades dont le sang, lors de leur entrée à i'Iidpttal, s'était montré tout particulièrement riche en éléments parasitaires.

L'examen bistologique du sang permet aussi de constater que si on se contente de donner trois ou quatre doses de sulfate de quinine et qu'on ne revienne pas k la médication quinique au bout de quelques jours, les microbes ne tardent pas à reparaître dans le sang et à provoquer une recbute.

Le lecteur ne perdra pas de vue que les doses de sulfate de quinine précédemment indiquées, sont formulées pour des lièvres palustres d'Algérie, c'est-à-dire pour des fièvres qui présentent toujours un certain caractère de gravité.

Avant ia découverte du quinquina, les fièvres intermittentes étaient très rebelles et aboutissaient le plus souvent h la cachexie, les accès pernicieux étaient presque toujours mortels,

mais 11 est incontestable que beaucoup de paludiquesfinissaieot par guérir. Aujourd'hui encore, dans les pays palustres, on voit des malades trop pauvres ou trop insouciants pour recourir aux soinsdumédecinGeciterai notamment les indigènesen Altiérie) qui luttent contre la liOvre, sans l'aide du sulfate de quinine, et qui finissent quelquefois par en triompher. Il est donc certain que la fièvre palustre peut guérir, indépendamment de tout traitement par la quinine ; ce qui, du reste, s'accorde bien avec les faits que révèle l'examen du sang.

Nous savons qu'après les paroxysmes fébriles, les microbes apparaissent moins nombreux dans le sang, qu'ils peuvent même disparaili'e complttement de la circulation générale. Je cilerai, comme exemple, l'observation X\I1I. L'examen du sang fait le 30 août 1881, permet de constater l'existence d'éléments parasi> taires en assez grand nombre: corps n*l,n' 3, filaments mobiles libre!; ou adhérents aux corps n' 2 ; je ne prescris que du vin de quinquina, et conire mon attente la fièvre ne reparaît pas: à l'examen fait le 9 septembre, je ne trouve plus dans le sang aucun élément parasitaire; il est bien probable toutefois qu'il y a eu une rechute de fièvre après la sortie de l'IiApital.

Le type de la fièvre intermittente me paraît avoir peu d'importance au point de vue du traitement, qui peut ^ire formulé de la même manière pour les lièvres quotidienne, tierce et quarte.

Le traitement des fièvres continues palustres dilTère peu de

celui quifconvient aux fièvres intermittentes ; on devra seule

-i insister davantage sur le sulfate de quinine au début ; on

Tira 1",50 ou 3 grammes par jour de sulfale de quinine,

l'à ce que la fièvre soit tombée; l'apyrexie se produit

lue toujours du deuxième au troisième jour après que le

ACCÈS PERMCIEUX B09

traitement a été institué. Lorsque la flËvre persiste le quatrième jour, on peut affirmer à coup sûr qu'il ne s'agit pas d'une lièvre palustre et suspendre ie traitement spécifique-

Quand la (iéfervescence s'est produite et que, du reste, on n'a pas de doutes sur la nature palustre des accidents, il faut continuer le Irailcment indiqué plus haut à propos de la fièvre intermittente.

Dès qu'un malade atteint de lièvre intermittente ou de continue palustre, présente des symptômes insolites : délire, stupeur, sopor, vomissements et douleurs gastralgiques, tendance à ral^idité, etc., la première chose à Taire estd'insisler sur la mèdicalion quiuiqu?. La dose de 2 grammes de sulfate de quinine dans les vingt-quatre heures est généralement suffisante ; mais il faut s'assurer par soi-même que le médicament est bien avalé et conservé ; si le malade se refuse à prendre la quinine ou bien s'il se produit des vomissements, il faut recourir sans retard au\ injections hypodermiques, qui devront être employées également toutes les fois que la gravité de l'état du malade sera manifeste et qu'on n'aura pas pu intervenir dès le début des accidents. On peut employer concurremment la méthode par ingestion et la niélliode hypodermique.

il suftil, en général, pour conjurer un accès pernicieux d'injecter 1 gramme de chlorhydrate de quinine ou de sulfovinate ; si au bout de six ou huit heures il n'y a pas d'améliorstion,>on peut renouveler l'injection.

Faire prendre de la quinine à un malade atteint d'accès pernicieux, c'e.ïl remplir la première et la plus importante des indications, mais cela ne dispense pas le médecin de prescrire un traitement sympLoraatique, surtout s'il n'a pas été appelé à intervenir'dès le début des accidents.

510 TEiilTRMEST

L'accès pernicieux algidc ma paratl fitre de tous les accidents pernicieux celui qui ^L■clame la m^dicalion symplonialique la plus énergique en di-liors du trailement par le suifiilc de quinine. On pratiquera sur la peau des frictions saches ou bien des Trictions exilantes, à l'aide du liniment volalil camphré; on appliquera des sinapismpsauxexlrfmilês inférieurps; on prescrira des boissons ctiaudcs, excitantes, le thé alcoolisé par exemple, les stimulanls (liffusibles : i'élher, l'acélale d'ammoniaque sons forme de potions ; ou mieux encore on praUquera des Injcclions hypodermiques d'éllicr (3 à 1 grammes d'éther suUurique) ; ces Injeclions hypoderrai-iues d'éltier rendent aussi do grands ser\'iccs chez les malades atteints d'accidents cholérifonnes.

Dans les cas de fièvre pnluslre grave avec état typliolde et hyperthermie , les lotions froides ou les bains froids seront indiqués.

Chez les malades atteints d'accès comateux, lorsqu'il s'apit de sujets sanguins, vigoureux, et qu'on constate du reste les signes d'une forte congestion encéplmlique. il est indiqué d'appliquer des sangsues aux apophyses niasloîdes, dans le but do prévenir des pblegmasies conséculives, plutôt que dans celui d'arrêter la marche des accidents pi'rnicieux. Les applications froides sur la t?tc, les révulsifs aux exlréniiiés, les purgatifs drastiques remplissent la mfme indication. Tous les auteur» sonl aujourd'hui d'accord, pour condamner l'emploi des saignées Et'iiérales dans le Iraitement des accidents pernicieux.

L'hydrate de chloral f( grammes dans une polion pommeuse)

l très utile pour calmer les paludiques atteints d'accfs

llrants el les paludiques alcooliques.

t. le docteur \nlliti a omployè avec succès le bromure de

CACIIGXIB 311

potassium, qui, selon lui, diminue la Ki^vilè des accidents du

paludisme, en ngissanl siir la sen&iDilitè réilexc de la moelle. (E. Vallin, De l'emploi du bromure de potassium eommt adj'uoant dans le trailemenl des Jlécres intermittentes. Butietin de thérapeutique, 1373.)

Lorsqu'il exislo des vomissements, les boissons gazeuses, le vin de Cliampagiie, la glace sont indiijuès ; uno injection liypodermitiue de chlorhydrate de morphine (un centigramme) pratiquée h l'épigastre. réussit souvent à calhier les vomissements ; on prescrira l'opium à l'intérieur, s'il existe en même temps une diarrhée abondante : enfin si les vomissements persistent, on pourra appliquer à l'^pigastre un vésicatoire qui sera pansé ensuite ii l'aide de la morphine.

Dans la lièvre bilieuse palustre, l'ipéca et le calomel rendent de prands senlces, mais Ici encore la premit're indication est de laire prendre de la quinine. Dans la bilieuse hèmaturique, on a recommandé le tsnniti, le perchlomre de fer, les ventouses scarifiées à la région lombaire.

Lorsque les paludlques sont arrivés & la période de cachexie, le médecin a une double indication à remplir: I' il doit s'opposer, autant que possible, Ji l'aide de la médication spécifique, à larepullulation des microbes dans le sang; S'il doit s'efforcer de combattre l'anémie et la Taiblesse générale. J'ai insisté & plusieurs reprises sur la Tacilité avec laquelle les parasites se développent dans des organismes débilités, dont la force de résistance et la vitalité sont diminuées, il importe donc, pour chasser du sang les microbes du paludisme, de mettre l'organisme en état de lutter et de se défendre lui-même, si j'OH ainsi dire.

Le quinquina remplit très bien ces deux indications, aussi la plupart des auteurs sont-ils d'accord pour dire que dans le traitement de ta cachexie palustre, il doit être préféré au sulfate de quinine lui-même. Le quinquina, s'il a des propriétés fébrifuges moins énergiques que le sulfate dequininejouiteneffet de propriétés toniques que ne possède pas au même degré le sulfate de quinine.

On prescrira parexemplele vin dequinquina additionné d'extrait de quinquina.

Il est d'usage de taire prendre le vin de quinquina avant les repas, et en général cette méthode n'a pas d'inconvénients ; chez les sujets très atTaiblis, dyspeptiques ou chez lesquels le quinquina provoque des aigreurs d'estomac, on peut, comme l'a conseillé H. Vallin, faire prendre le quinquina au milieu des repas; le quinquina se mélange aux aliments et par suite il irrite moins la muqueuse, mais dans ces conditions l'absorption des principes actifs paraît être beaucoup moins compIMc que lorsque le quinquina est ingéré ù jeun, et puis le quinquina ne joue plus que très incomplètement son rôle d'apéritif, qui est important. (Grieslngcr, op. cit., p. 104. Note de M. Vallin.)

Le fer et l'arsenic sont très utiles dans le traitement de la cachexie palustre. L'acide arsènieux doit être présenta petite dose (K à 15 milligrammes par jour), et pendant longtemps; on peut utiliser les solutions de Fowler et de Pearson.

L'hydrothérapie rend ici de très grands services; la dooche froide peut, il est vrai, provoquer une rechute de fièvre; aussi faut-ilavoir soin de ne prescrire les douches qu'après avoir fait prendre quelques doses de sulfate de quinine.

On prescrira d'abord des douches générales en pluie et si

CACHEXEl: b\'i

le malade les supporte bien on y joindra des douches en jet sur la ra(e(l).

La douche froide en jet sur la région splénique ine paratt être h meilleure médication que l'on puisse opposer à l'hypersplénic palustre.

dossier a employé contre l'hypersplénie palustre l'application locale de la glace et les injections, dans le tissu même df, la rate à travers la paroi abdominale, de liqueur de Fowler (1 ) centimètre cube de celle liqueur au dixième), ou d'une solution phéniquée au àtu\ci:alièmeiDeu(sehesArehio., 1875, p. 409. Gricsingcr, op. cit., p. 116. Note de M. Vallin). Esl-il besoin d'^outer que cette médication, qui peut entraîner des accidents graves, doit fltre proscrite?

Botkin a recommandé l'emploi de l'électricité dans le trailement de l'hypersplénie (die Contraetilitàt der Mih, Berlin, 1874). Il paraît démontré que la rate normale ou simplemcn congestionnée peut diminuer rapidement de volume sous l'influence du courant électrique, ce qui est facile à comprendri> puisque la rate est un organe essentiellement vasculalre ^. que lesTaisseaui.cn se conlraclant diminuent son volume ; mais lorsque la rate des paludiques est simplement congestionnée, elle reprend assez facilement son volume sans qu'i soil nécessaire de recourir au courantèleclrique, et quand ellp est fibreuse, l'électricité ne paratt pas avoir beaucoup d'aclion sur elle.

Il est bon, comme le dit Griesinger, de continuer à donner de temps en temps dti sulfate de quinine, aux paludiques qtti

(t) Voir Fleury, Traité pratique raiionni d'kydrolhéraptt, Vailt, tSDu. — Fourcadc.Dii traittmtntdr» fièvre* intermiUenta par Chydrùlhirapit, Tliète, P«rli, 1872.

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