PROPHYLAXIE
La prophylaxie du paludisme comprend :
1* Les mesures ayant pour but de combattre fendémie palustre elle-même, et d'assainir les localités dans lesquelles règne cette endémie ;
2* Les mesures destinées à préserver des fièvres les personnes qui habitent des localités palustres ou qui sont obligées d'y séjourner quelque temps.
Assainissement des localités palustres. — Ëst-il possible d*assainir des localités, des contrées dans lesquelles l'endémie palustre règne avec intensité ?
La réponse à cette question n*est pas douteuse ; des faits en grand nombre montrent que des localités, des contrées entières, autrefois ravagées par les fièvres palustres, se trouvent au- Jourd'hui dans d'excellenles conditions de salubrité, j'ai déjà eu Toccasion de citer quelques-uns de ces faits (chapitre i, p. 3> et je crois inutile d'y revenir.
Les conditions favorables au développement du paludisme étant connues (chapitre i), il est facile d'en déduire les mesures qui doivent être conseillées pour assainir le sol.
Nous avons vu, par exemple, qu'un sol toujours humide, que des marécages et des eaux stagnantes fournissaient au paludisme son milieu de prédilection ; il pétait donc à prévoir qu'une des mesures prophylactiques les plus efficaces contre
SSS PROPHYLAXIE
Ip paludisme serait de dessécher le sol el d'empêcher la for-
niiitioi) (les marécages.
Faciliter l'écoulement des eaui pluviales, pratiquer des tnmclu'ps, drainer le sol, construire des digues qui empêchent le» rivi/res de déborder, et l'eau de mer d'envaliîr les côles dont le niveiiu est infoileurà celui de la mer, empêcher le mélange diiri'i \h-s marigots de l'eau douce et de l'eau salée, telles sont P!i pil'i'i les premières mesures k conseiller pour combattre reiidOiuie palustre.
I.i' dessèchement des marais a donné maintes fois d'excell(>iiU rt'sullats ; il faut bien savoir toutefois que cette opération, si t'iii' est mal faite ou faite incomplètement, peut aggraver l'iiuiiinie palustre, loin de la faire disparaître. liit étang ou ua miir;ii> est beaucoup moins dangereux, quand il est couvert i!'i>.iti <\ne lorsqu'on vient & le vider et que la vase qui en forme id reste exposée à t'air.
Cl' serait, par exemple, rendre un très mauvais service k une kiriLlilé palustre située près d'un étang, que de faire écouler l'i'iin de cPt étang surtout pendant l'été ; oii s'efforcera au cou* traire ;i l'aide de barrages de maintenir l'eau au même niveau. On siiil que Lancisi arrêta une grave épidémie de fièvres paliiï^ties igul sévissait sur la population de Rome, en faisant inonder les fossés du fort Saint-Ange ; le même moyen a été employé plusieurs fois avec succès en Hollandti.
t.e^ marais salants qui, lorsqu'ils sont bien entretenus et couvprls d'eau, n'engendrent jamais les fièvres palustres, deviennent an contraire une cause d'insalubrité notoire, lorsqu'ils sont abundoiinés et qu'ils se dessèchent en partie. (Mélïer, Rapport sur Ira marais salants. Bulletin de l'Acad. de mM., t, XIII, p. 21^1 — I.. Colin, Traité desjfèures intermittentes, p. 4<>S.)
ASSAIMS8BHENT DU SOL S93
Les travaux de dassichement des marais, de curage des élangï, des canaux ou des fossés devront élre menés rapîdemi'nt et ne seront jamais eflectiiés pendant la période endémoèpidémitîue des fitvres. Nous savons que les microbes du paludisme ont, comme la plupart des animaux inférieurs, une période d'Iiibernalion, qui, en Algérie, va de décembre b juin; il faut savoir profiterde ce sommeildu paludisme pour Is combattre sans danger.
Le drainage du sol donne d'excellents résultats : grdce h lui des contrées entières ravagées autrefois parle paludisme, jouissent aujourdhui d'une salubrité très grande.
" Les lièvres d'accès, dit Graves {Clinique médicale, Traduct- de Jaccoud, 3* édition, I. I, p. 109), étaient anciennement h-ès communes dans certains cantons marécageux voisins de Dublin : aussi à l'époque où je faisais mes études médicales, tl y avait constamment dans les hdpitaux des cas plus ou moins nombreux de fièvre intermittente ; mais aujourd'hui les basfonds du Eol ont été drainés, et les lièvres maremmatiques ont entièrement disparu. » El un peu plus loin (p. 113) Graves ajoute : " De toules les maladies que produisent les contrées marécageuses, la fièvre intermittente est la plus importante et Bdn extinction est la plus saisissante, la plus éloquente de toutes les modifications causées par te drainage. »
Voici, d'après H. Barrai, les principaux signes qui Indiquent qu'une terre a besoin d'être drainée : la terre forte et grasse s'attache aux souliers, les pieds des hommes et des cbevaux laissent des cavités dans lesquelles l'eau demeure comme dans de petites citernes, le soleil forme une croûte dure légèrement fendillée, un bâton enfoncé dans le sol à une profondeur de 40 à 50 centimètres forme un trou qui ressemble k anc sorte de
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puits au fond du([uel onaperçi>it de l'eau sla(;nanle. (Barrai, Drainage, irrigations, engrais, Paris, 1860, t. I, p. 109, cité par Duboué, Traité de l'impaludisme, Paris, 1867, p. 105.)
Le drainage n'a pas seiilemeul pour avantage d'assainir le sol, il augmente beaucoup sa fertilité et sa valeur, et il doit être regardé comme une des plus importantes améliorations foncières que l'on puisse exécuter. (Barrai.)
Les arbres et les plantes suffisent à drainer le sol quand il n'est pas trop humide, aussi la culture du sol est elle regardée ajuste titre comme un des meilleurs moyens d'assainir les localités palustres.
Les arbres et les plantes qui se développent le plus rapidement sont ceux qu'on devra préférer. L'eucalyptus globulus a été recommandé d'une manière toute spéciale dans ces dernières années, et il est certain que les plantations d'eucalyptus ont donné d'excellents résultats notamment en Corse (Regulus Carloiti, Du mauvais air en Corse, .^jaccio, IH69) en Algérie, aux environs de Bdne et de Philippeville, et dans la campagne Romaine.
M. le sénateur Torelli, dans un rapport présenté au Sénat italien, sur l'amélioration des régions où rf'gnela malaria (I), signale le lait suivant, qui montre bien l'beureuse influence exercée par les plantations d'eucalyptus :
Il existe, près de Rome, hors la porte d'Oslie. dans le lieu dit des Troia-Foniaines, un couvent qui, en 1868, était abandonné depuis longtemps è cause de son insalubrité, et qui portait le nom significatif de Tomba, lin 1868, le pape Pie IX donna ce
(1) ToralU, Rtpport au Sénat sur l'amttioraiion dn région» au Tt.jne la malaria. 11 jutn 1BS0. — Voir aussi i ce sujet : Orlsl, De ttucahjittxuglobului. Thèse, Pnris, 1871. — Giœberi (ds Cannes), Gatelle hebdomadaire, 1875. p. 340.