‹ Traité des fractures et des luxations (volume 2)Chapitre 16 sur 21 · LUXATIONS DE L’HDMÉRDS ET DU COUDE · texte numérisé non relu

LUXATIONS DE L’HDMÉRDS ET DU COUDE

Fis. 1 et 2. — Luxation intea-goeacoïdienne ancienne, avec ascension co.nségotive de la tête hdsiérale.

Vincenot, vieillard de 74 ans, mourut dans mon service, le 3 janvier 1842, d’une affection de la prostate. Vers Tâge de 35 à 40 ans, dans une attaque d’épilepsie, il était tombé de son siège, et dit avoir eu le bras droit luxé, n n’en continua pas moins à travailler, ét prétend qu’on ne sentait aucune grosseur.dansl’aisselle, ce qui laisse quelque doute sur la nature de la première lésion. Maisà 70 ans, nouvelle chute, dans laquelle l’épaule droite heurta le marchepied d’un cabriolet ; et, cette fois, on constata dans le creux de l’aisselle la saillie de la tête humérale ; mais les médecins jugèrent la luxation ancienne et Défirent rien pour la réduire. Cependant, à la suite, l’épaule étant devenue le siège de douleurs persistantes, pour les faire cesser, il faisait exécuter au bras lès mouvements de circumduetion les plus étendus qu’il pouvait. Il racontait que, dans le principe, ces mouvements faisaient saillir plus fortement la tête luxée dans l’aisselle, et que plus tard cette saillie disparut entièrement. A force de mouvoir ainsi le bras, il fut bientôt en état de bêcher, dè scier du bois, etc. ; il élevait le bras en dehors , horizontalement, le portait en arrière, arrivait même en avant à embrasser de la main Tépauleopposée.; seulement le coude ne se rapprochait du tronc qu’à la distance de 6 centimètres. Les muscles étaient aussi développés sur ce bras que sur l’autre.

La fig. 1 montre les os luxés, la tête humérale remontée presque au contact de la clavicule, l’apophyse eoronolde appuyant sur cette tête en dehors de la gouttière bicipitale, dans laquelle le long tendon du biceps a contracté des adhérences. La moitié supérieure de la cavité glénolde apparaît videj mais elle était recouverte par une membrane fibreuse d’un blanc nacré adhérant à la cavité même, dont la synoviale avait disparu. Enfin, la moitié inférieure de cette cavité est cachée par un noyau osseux considérable, mobile, auquel se rendaient les tendons du sous-épineux et du petit rond, et qui, en conséquence, n’est autre que le trocbiter séparé de Los.

La fig. 2 montre la tête défprmée, privée de son cartilage; la nonvelle cavité creusée sur le col de l’omoplate et la fosse sous-scapulaire, complétée toutefois par un plateau osseux à sa partie inférieure et interne. En haut cette cavité remontegüsqu’à Ta racine de l’apophyse coracoïde, qui a même été aplatie par la pression ; en bas elle descend notablement au-dessous de la cavité glénolde; lorsqu’on levait le bras, la tête descendait sur sa nouvelle cavité jusqu’à 3 centimètres au-dessous de la clavicule. Du reste, il faut ajouter que ce mouvement n’amenait pas Tbumérus à la position horizontale; le surplus de l’élévation était opéré par l’omoplate ét la clavicule. Voir pour d’autres détails, t. 0, p. 46, 47 et 515.

Fig. 3, 4 et 5. — Luxation incoüitlête du coude en aeeiéee. —Pièce, recueillie sur le cadavre, sans renseignements antérieurs.

La fig. 3 montre le coude vu par son côté externe, Tolécranè saillant en arrière, mais sa pointe demeurant au niveau du condyle externe ; celui-ci creusé par la tête du radius, dont là position atteste clairement une luxation incomplète ; et en avant une stalactite énorme qui s’élève de la partie antérieure du cubitus, et que Ton voit mieux encore par sa face interne,/îp. 5.

La fig. 4 représente la face postérieure de l’humérus; et, malgré la pression exercée sur Tosparle bec coronoidien, on voit que celui-ci ne remontait pas dans la cavité olécranienne. La fiij. 5 montre la nouvelle cavité sigmoïde creusée en avant de l’ancienne, ce qui pourrait faire croire que le cubitus avait été complètement luxé en arrière, si Ton ne remarquait que l’apophyse coronoïde n’est plus à sa place normale, mais a été fortement repoussée vers l’olécrane pat la pression. Je noterai que sur cette pièce la pointe, de l’olécrane était exactement à k même distance de l’épicondyle et deïépitrochlée; et j’ai pris soin de marquer cette pointe en .a, fig. 3, pour qu’on ne la confonde pas avec le bec de l’olécrane, situé beaucoup plus haut, h. 'Voye-i t. II, p. 583.

LUXATIONS Du COUDE ET DE L’EXTRÉ.MITÉ SDPÉRIEUBE DU RADIUS.

Le coude est vu par sa face externe,, sauf le radius qui manque. La fig. 1 montre les os dans la flexion la plus complète possÆle; Téxtension était libre et allait mêmé un peu plus loin qua l’état normal. L’olécrane, rejeté à-S centimètres en arriéré de sa position normale, regagne le'bord postérieur de l’os en faisant un coude anguleux d’environ t35”; mais si de la pointe de l’apophyse coronoïde on abaisse une ligne perpendiculaire sur l’axe de Tos, .on reeonpait. 'que le sommet de 1 olecrane est toujours à plus de 1 centimètre au-dessus, et qu’ainsi il a été jeté en arrière sans remonter ni des-

EXPLICATION DES PLANCHES

cendre. La fracture, autant qu’on peut en juger, à divisé la moitié externe de l’échancrure olécranienne par le milieu, séparant exactement ses deux surfaces articulaires; mais dans la moitié interne elle a divisé obliquement l’apophyse coronoîde, dont le fiers interne environ est resté avec l’olécrane et l’a suivi en bas et en arrière. Delà elle s’est dirigée obliquement en bas et en arrière jusqu’après de 1 centimètre au-dessous de la facette radiale du cubitus, et l’écartement de l’olécrane a creusé une'cavité sigmoïde nouvelle, placée à près de 2 centimètres plus bas que l’ancienne, d’ailleurs beaucoup plus profondeet plus large, eCtîàns laquelle se trouve en quelque sorte ensevelie la poulie humérale; Ce qui explique pourquoi les mouvements sont siltornés. Quant àla portion détachée de l’apophyse coronoîde, elle se trouve portée un peu plus en dedans que dans-l’état normal, dépassant et embrassant le bord interne de la poube humérale ; et la totabté de l’oléerane paraît par suite jetée à quelques millimètres plus eu dedans que dans l’état normaL L’humérus a donc reculé en arrière et en bas, et le cubitus est luxé en avant et en haut. Le radius manqué, mais évidèinment il avait participé.à. la luxation ; car, d’une part, le condyle huméral est en partie recouvert par le rebord externe de lanoüvellecavité iigmpïde; et de plus le condÿe a gardé sa forme etperdu son cartilage, tandis que’la facette radiale du cubitus a gardé le sien. Il semble même que le radius était porte un peu plus en avant que le cubitus, en sorte qu’avec la luxation en avâiit^i’àjrànt-bras avait subi ünçertajn degré-de rotation en dedans. Heste à étudier la dernière conséquence, La facette artidnlaire de l’oléerane, se troüvantén rapport-avecla poulie bumerale, a gardé sa forme et son cartilage. La facette antérieure de la cavité sigmoïde a’ek ici en rapport avec rien j et'cependant n’est nullement altérée; je présume qu’il ■ y avait entre elle et TËumérus quelque amas de matière cartilâgineuseq'u quelque os sésamoïde qui aiita été emporté par la macération ; et son bord postérieur même, en contact direct avec Ithumérus, a suscité la formation de deux petites facettes éburnées et saillantesi Quant à là tête du radius,-pour la rejoindre, il s’est élevé de la face antérieure de Tiumérus .une apophyse de formàtiott nouvelle, -d’unhonbentimètre de saillie, plus étroite même à son pédicule qu’à son sommet, lequel s’élar- ■ gît pour offrir line plus large éui'faceiàftiçulàire àlaAlie radiale. Voir t. Il, p. 683.; — c’est par erreur qu'en cet endroit , j’ai dit quê'qetté excroissance osseiisé répondait à l’apophyse çoronôîde, . '

Fié. S-'^ LuxATioît BfcoiapLÉiE DË l’avaî(t-éeas EN AEKiÉRE ËT EN nEDANS:(MBs^ ètrüvîiiEN,'u” TSLj.—^ Lâ pièce, réncoutrée sur le cadavre d’une femme de 30 à 40 ans, avait d’abord: été présentée jap M-. Banielin à h Société anatomique, et a été décrite dans les Bulletins de cette Société,, 1838, p. 268. V , '

SelonM. Hamelin, c’était une luxation en cCrrière de l’avant-bras, complété pour le.radius, incomplète pour le epbitus. Cela n’est pas suffisamment exact. Le cubitus est en effet luxé incomplètement en arrière, et son apophyse coronoîde s’aperçoit presque tout entière au-dessous de la poulie humérale. Elle est comme usée et émoussée, etsa surface antérieure est devenue articulaire, ce qui est fort opposé à ce que nous ont montré les figures 3 et 5 de là planche XYIII ; mais c’est qu’ici l’artieulation avait recouvré des mouvements étendus ; et la longue stalactite, soudée en avant du cubitus dans l’autre pièce, en était séparée ici et représentée par une plaque osseuse, isolée, large, aplatie, jouant librement sur la partie antérieure de la poulie humérale. La gorge de la poulie et la petite tête de l’humérus sont rugueuses ; et la cavité olécranienne est remplie par de la graisse et du tissu fibreux.

• Mais lè cubitus est en même temps luxé en dedans. La figure représente en d le rebord interne de la poulie ; le eubituslà dépasse en dedans de 8 millimètres environ, si bien qii’une sorte d’os sésamoïde s’est développée c, au défaut de l’humérus, pour fournir un nouveau point d’appui à la portion excédante de la cavité sigmoïde. L’oléerane est encore plus rapp.roché de l’épitrochlée b; en sorte que le cubitus a subi un léger mouvement de rotation et d’inclinaison qui. .devait porter en debçrs.son extrépàité inférieure ; et en effet, sur la pièce même, on reconnaît que le coude devait offrir, un angle saillant en -idê^âns plus prononcé qu’à l’élat normal.,.

Le noterai enfin, d’après M. Hamelin, que les deux plaques osseuses-antérieures donnaient attache à des fibres musculaires du brachial antérieur; en sorte que ce muscle était devenu trifide à son extrémité, ayant, outre .eette double insertion, son tendon normal qui allait s’insérer comme de coutume à la base del’apopbyse coronoîde.

Quant au radins, il est porté un peu plus en arrière que Iê:Cubitus,.mais,non.encore d’une-manière,complète; aiosi il s’est creusé une cavilé'à la faee postérieure du çondyle huméral, laquelle à. été complétée par un os sésamoïde situé en dehors et en arrière. La portion du condyle restée en avant de. la tête radiale-a une épaisseur de 11 millimètres, et est redécouverte par une plaque osseuse mobile qu’on voit sur la figure. De plus, le radius a suivi en dedans le cubitus; et la figure,

. très-exacte, montre bien qu’il a empiété sur la trochlée humérale.Noir t. U, p, 624.

G. 4. — Luxation INCOMPLÈTE de l’avant-bras en deuoks (musée dupdîteen, n“ 735). — Pièce donnée par M. Poumey à la Société anatomique. Le cubitus, jeté tout à fait en dehors de la poulie-buméraie,alâissé libre la cavité oléèrâniennè, qui parait plus étendue en hauteur, parce qu’elle est rétrécie en largeiir. La poulie tfest pas absoluméüt libre ;.elle.était occupée par un os sésamoïde assez considérable, que l’on ne peut voir qù’en raccourci sur le dessin, et qui offre un dos d’âne articulaire pour s’accommoder à la gorge de la poulie. Celle-ci est cependant également rétrécie, et enfin l’épitrochlée presque atrophiée ladépasseà peine en dedans dé 1 Centimètre. L’oléerane, hypertrophié ét offrant au moins 3 centimètres dé largeur, est en rapport avec i " ’ ’’ ” ” ... - ..

pas sensiblement déformée ; seulement la cupule, au lieu d’offrir une dépression uniforme, présente à son centre une saillie osseuse arrondie, indice d’un accroissement de l’os en hauteur là où il n’était pas comprimé par l’humérus.

En résumé, le cubitus a été jeté en dehors sur la rainure qui sépare le condyle de la trochlée, et porté en même temps dans la rotation en dedans, de telle sorte que son bord externe regarde directement en haut. Le radius, suivant ce mouvement, a été jeté en dehors et en.haut, de telle sorte que sonbordinterneregarde presque directement en bas; ces deux os sont vus très-obliquement sur le dessin qui n’a pu retracer toutes ces circonstances, et qui cependant montre assez bien le radius superposé au cubitus, au lieu d’être à son côté externe. Le rapport des trois os est tel qu’en appuyant le radius et le cubitus ensemble sur un plan horizontal, l’humérus, au lieu d’être perpendiculaire, se porte horizontalement à gauche, et que si l’on met l’humérus vertical, le cubitus seul touche la table et le radius est placé presque directement au-dessus. Voir t. II, p.609.

Fig. 5. — Luxatio.v nu radius gauche en avant (musée dïïpuvtren, n° 733). — Pièce offerte par M. Prestat à la Société anatomique (SuHctins, 1837, p. 37). Le coude est vu par sa face externe. La tête du radius, portée en avantet en dedans, répond au bord interne de l’apophyse coronbïde, et sa partie la plus supérieure se trouve au niveau du bec çoronoïdien. Cette tête est d’ailleurs très-altéréedans sa forme, légèrement conique avec sa base refoulée en manière dé champignon ; dans la flexion elle allait heurter contre unedépression très-visible, creusée sur lafaee externe de l’humérus. La flexion était ainsi limitée, et l’apophyse eoronoïde n’arrivait plus à sa petite cavité antérieure. Le col du radius est entouré par Un ligament que -M. Cruveilhierayaif pris pour le ligament annulaire allongé, ce qui lui avait fait révoquer en doute l’origine traumatique de la luxation.. II n’y â plus de traces de la surface articulaire du condyle huméral. Enfin, le. cubitus avait subi un mouvement d’inclinaison en dehors, comme s’il eût été attiré dans ce sens par les muscles de l’épicondyle, de telle sorte que le bord . interne de l’apophyse eoronoïde déborde un peu en dedans le bord de la.poulie, et que l’avant-bras formait avec l’humérus un angle ouvert en dehors d’environ 135 degrés. C’est sans doute cette inclinaison du cubitus qui a favorisé l’ascension de la tête radiale'; car les rapports des deux os à leur extrémité earpienne ne paraissaient nullement altérés. Soiis l’épitroehlée, il y avait uhassez gros os sésamoïde qu’on ne saurait voir sur notre dessin. Voyez t. II, p. 658;

Fig. 6. — Luxation du radius en dehors. — Pièce communiquée par M. Nélaton, qui l’a décrite dans sa jPathologic chirwr-

giade, t. II, p. 400. La poulie a acquis une largeur extraordinaire aux dépens du condyle ; le radius luxé en dehors depuis l’enfance s’est allongé par en haut. Voir t. II, p. 669.

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