‹ Traité des fractures et des luxations (volume 2)Chapitre 2 sur 21 · FRACTURES RE L’OMOPLATE ET DU COL DE L'HUMÉRUS · texte numérisé non relu

FRACTURES RE L’OMOPLATE ET DU COL DE L'HUMÉRUS

Fi6. 1 et 2. — Feactdres moltipi.es de l’oléckane et fkactose du col de l’hi«éeds. — Pièce communiquée par M. Voil-

lemier.L’omoplate est fracturée à la fois dans son corps, dans son col, en travers de la cavité glénoïde, à l’aeromion

et à l’apophyse coracoïde.

1“ La fracture du corps de l’omoplate occupe à peu près le tiers inférieur de la fosse sous-scapulaire. Elle décrit en travers un arc de cercle à convexité supérieure, de sorte que le fragment inférieur présente un rebord convexe dans ■ le même sens. (Voyez ftg. 2. ) Le fragment supérieur est divisé en deux par une autre fracture, qui a détaché du reste toute la côte de l’omoplate et la cavité glénoïde, en suivant la gouttière du col de l’os: puis, un fragment assez volumineux, composant la moitié supérieure du col et le sommet de la cavité glénoïde, a été détaché à la fois et du précédent, et de la base de l’apophyse coracoïde; et cette base elle-même a été séparée du corps de l’os, avec une petite portion du bord supérieur. Total, quatre grands fragments séparés du corps de Tos, sans compter les fractures de la pointe de l’apophyse coracoïde et de l’acromion, dont il sera question plus tard. Voyons d’abord les déplacements de ces quatre fragments.

D’une part, les deux premiers fragments ont été portés en dehors, laissant entre eux et le corps de l’os un assez grand intervalle ; c’est un déplacement par écartement, qui n’avait pas été signalé pour cette région, et qui ne laisse pas l’ombre d’un doute. On pourrait croire, au premier abord, que l’écartement est accru par la chute de quelques esquilles trop minces pour avoir pu tenir en place, et dont on voit encore une cependant bien consolidée. Mais un examen attentif de la pièce fait voir que les angles saillants de chaque fragment correspondent exactement aux angles rentrants des autres, et que si l’écartement n’était maintenu par diverses jetées du cal osseux, on pourrait les accoler bord contre bord, .sans aucune perte de substance apparente. Ces deux fragments sont donc écartés en dehors, et le corps de Tos parait avoir basculé un peu en haut et en dedans, dé manière à favoriser cet écartement.

Le fragment inférieur s’est ensuite porté assez fortement en dedans et en avant du fragment externe constitué par la côte de l’omoplate (fig. i et 2), et en même temps il a chevauché de bas en haut de près de 2 centimètres. Outre ce triple déplacement dont on retrouve la marque sur le dessin, il y en a un quatrième que le crayon n’a pu indiquer. Le fragment externe est incliné en arrière par sa partie inférieure, de telle sorte qu’en le prolongeant idéalement jusqu’au niveau de l’angle inférieur, il en serait éloigné de près de 6 centimètres. Cet angle et le fragment auquel il appartient demeurent, au contraire, à peu près dans la même direction verticale que le reste du corps de Tos.

D’un autre côté, le fragment externe, comprenant la plus grande partie de la cavité glénoïde, fait à sa partie supérieure une saillie de 1 à 2 centimètres en avant (fig. 2). Il en est de même du fragment coracoïdien, qui paraît renversé en arrière, de manière à laisser un notable intervalle entre leurs bords correspondants. Cet écartement est maintenu par un fragment intermédiaire, qui semble s’interposer entre eux en arrière (fig. 1), et qui contribue aussi à tenir le fragment glénoïdien écarté du corps de Tos.

Telle est cette fracture multiple, à déplacements nombreux et tellement variés que ni la plume ni le crayon ne suffisent à rendre exactement foutes leurs nuances et toutes leurs directions. Mais ce qui en a été dit suffira pour en donner une idée générale.

On voit des traces du cal partout où Tos avait une certaine épaisseur, entre le fragment inférieur et la côte de Tos, et vis-à-vis la triple fracture du col. Il y en a quelques traces au bord interne ou postérieur de l’os, là où cependant les fragments ne se touchaient point; et, euhn, la consolidation de la petite esquille qui se voit au centre montre bien que la minceur de Tos n’y fait point obstacle, tant que le périoste subsiste entre les fragments.

2“ La fracture de l’acromkm est transversale, située immédiatement derrière l’articulation claviculaire (fig. 1). Le fragment acromial a subi un singulier déplacement ; il déborde l’autre de 5 à 6 millimètres en arrière, où il s’en écarte aussi un peu plus qu’en avant. Il s’est en même temps abaissé de 1 millimètre environ, mais sans inclinaison marquée de sa pointe. Les bords supérieurs de la fracture offrent des crêtes osseuses attestant un commencement de cal qui, cependant, n’avait pu prendre place entre les fragments, lesquels étaient joints encore par un tissu fibreux.

3“ Quant à la fracture de l’apophyse coracoïde, elle avait lieu à 2 centimètres et demi de sa pointe, irrégulière; le fragment de la pointe qu’on voit dessiné à part au-dessus de la fig. 2 est divisé en deux autres qui semblaient réunis au moins d’un côté par un cal solide; à peine si Ton aperçoit sur les surfaces fracturées quelques vestiges de productions ligamenteuses.

4-® Fracture du col de l’humérus. —Notons d’abord que la tête humérale présentait sur son cartilage une fissure transversale (fig. 2), et une autre verticale qu’on ne voit pas sur la planche. Cette dernière allait à peine au delà du cartilage; mais l’autre pénétrait à plus de 2 centimètres de profondeur.

L’humérus avait été en outre fracturé dans son col dans une direclion oblique de dedans en dehors, de telle sorte que la fracture, remontant en dedans à 3 centimètres de la tête de Tos, descendait en dehors à 7 centimètres du sommet du troehiter. La fracture s’était faite avec des dentelures et de petites esquilles encore visibles sur la pièce, confondues dans le dessin avec les commencements du cal ; le déplacement avait eu lieu un peu en dedans, la paroi interne du fragment supérieur étant reçue dans le canal du fragment inférieur. Le canal ne présentait aucune trace de cal sur ce dernier fragment ; il y avait de petites stalactites osseuses dans le supérieur. On voit assez bien, du reste, les débris du cal dont la partie fibreuse a été rongée par les insectes ; il y a une production osseuse assez notable et de même apparence que le

EXPLICATION DES PLANCHES

cal au sommet de l’empreinte deltoïdienne, à 13 centimètres au-dessous du niveau de la fracture et dans une hauteur de près de 5 centimètres; et de petites traces de cal remontent de là le long du bord extérieur de l’os. En résuméj les tiaces du cal descendaient seulement à 6 centimètres au-dessous de la fracture.

Fig. 3. — FiLiCTDiŒS teaîîsvers.ixes du coeps de l’omoplate et de l’angle inpéeieiie. — Cette pièce provenait d’un jeune épileptique de Bicêtre qui, longtemps avant sa mort, avait eu l’omoplate fracturée par suite d’une chute sur le dos. Elle a été

Fig. i. — Feactebe de l’aceomion (mdsée dopuytees, n” 67). — Pièce provenant du cabinet de Desault. La fracture est rectiligne; elle commence en arrière, presque immédiatement derrière l’articulation scapulo-claviculaire,. à 3 centimètres de l’extrémité de l’aeromion, et aboutit en avant à égale distance de cette extrémité. Le fragment externe s’est incliné en bas, abandonnant l’autre seulement par le bord supérieur de la fracture ; les bords inférieurs demeurent en contact, comme si le périoste supérieur avait été rompu et que l’inférieur eût résisté. La fracture était de vieille date, car le bord supérieur paraît exhaussé par une crête osseuse anormale, qui est surtout remarquable sur le fragment scapulaire. La consolidation ne s’était point faite, et il ne parait pas même qu’il y ait en réunion fibreuse; les surfaces fracturées semblent usées comme si elles avaient frotté l’une contre l’autre. La clavicule, suivant l’inclinaison du fragment auquel elle s’insère, semblait donc avoir subi un mouvement de rotation en bas et en avant.

Il y a au même Musée, sous le n° 68, une autre fracture de l’acromion, donnée par M. Cruveilhier. La pièce précédente était assurément d’un homme robuste; celle-ci semble avoir appartenu à une femme. Hors de là, presque tout est semblable ; la fracture, dans les deux cas, siège sur l’omoplate droite; elle a la même direction ; elle est ancienne, non réunie, et ses bords supérieurs présentent des crêtes osseuses, toujours plus marquées sur le fragment scapulaire ; mais il y a ici un phénomène tout particulier. Tandis que les deux fragments sont au même niveau à la face supérieure, le fragment claviculaire descend à 3 ou 4 millimètres au-dessous de l’autre, à la face inférieure ; ce qui a fait penser au rédacteur du Musée Dupuytren, que les deux, surfaces fracturées avaient chevauché de toute leur épaisseur. Ceci était fort important, puisqu’il s’agissait de constater un déplacement tout différent de ce qu’il est sur l’antre pièce. Or, ayant mesuré les surfaces fracturées avec tout le soin possible, j’ai trouvé, en arrière.

Et en avant, là où leur épaisseur n’est pas encore diminuée par le biseau du bord externe de l’acromion.

En conséquence, il n’y a donc pas eu chevauchement des de niveau à leur fece supérieure, et la saillie extraordinaire du fragment claviculaire à la face hypertrophie qui a presque doublé l’épaisseur de ce fragment, phénomène fort curieux dont on pies, notamment dans les fractures non consolidées du coude. Je n’ai point fait de la difficulté de faire ressortir par le dessin les caractères qu’une simple description

suffisamment en relief.

Page 1