DES FRACTCRES COMPLETES SIMPLES
qu’un cadavre est déjà quelque peu téméraire ; mais avec la nouvelle articulation que l’auteur a décrite, une pareille assertion dépasse toutes les limites de la vraisemblance.
On conçoit que ces premiers essais aient laissé quelque doute dans l’esprit des chirurgiens , et que Delpech, en 1816, ait cru pouvoir nier la réalité de ces disjonctions épiphysaires. Plus récemment, M. Rognelta et M. Guérétin ont repris ce sujet dans deux mémoires fort intéressants, mais où l’on regrette tout à la fois de trouver un certain nombre de faits mal interprétés, qui ne se rattachent point à la qiiestion , et d’en voir omis plusieurs autres qui l’auraient éclairée d’une vive lumière Le décollement des épiphyses a été constaté par la dissection : 1° à l’une et à l’autre extrémité de l’humérus ; 2° à l’extrémité inférieure du radius ; 3“ sur l’une et l’autre extrémité du fémur; 4° sur l’une et l’autre extrémité du tibia. M. Guérétin dit aussi être parvenu à décoller l’épiphyse olécrânienne sur des cadavres d’enfant ^ voilà jusqu’à présent tout ce que possède la science. On a bien cité des exemples d’autres épiphyses décollées , mais uniquement sur le vivant, et il est prudent d’attendre que la réalité en ait été confirmée par l’autopsie. Je rappellerai, à l’occasion de chaque fracture en particulier, les faits de décollements épiphysaires qui s’y rattachent -, mais il ne sera pas inutile d’en tracer d’abord l’histoire générale.
Ces décollements ont surtout été observés dans la première et la seconde enfance, depuis la naissance jusqu’à l’âge delôaris, A la naissance, ce sont généralement des tractions inconsidérées sur les membres qui les produisent. M. Champion a vu, en 1810, le décollement de l’épiphyse inférieure du tibia gauche sur un enfant à terme, par des tractions violentes exercées sur le pied. Lachapelle cite un fait du même genre, arrivé par une cause toute semblable ; et un autre cas , dans lequel les tractions sur le pied décollèrent à la fois l’épiphyse inférieure du fémur et la supérieure du tibia. Dans ces trois cas les enfants étaient morts-nés ; et il en était de même pour le sujet cité par Bertrandi en exemple d’un décollement de l’humérus. Un décollement semblable a été constaté par Chapelain Duro-
* Voir la Thèse de Reichel dans le Thésaurus dîssertationum de Sandifort, lome I; — le Mémoire de M. Rognetta dans la Gaz. médicale, 1834; — et celui de M. Guérétin dans la Presse tnéÆeale.
DES FILiCTUKES.
cher, sur un enfant qui survécut 14 mois ; la sage-femme l’avait produit en engageant son doigt sous l’aisselle pour opérer l’extraction du fœtus Après la naissance , il faut de même ou des tractions violentes ou des chutes pour déterminer des décollements ; il n’y a pas d’exemples de pareil résultat dû à une cause directe. M. J. Cloquet a disséqué un décollement de l’épiphyse inférieure du radius sur un garçon de 12 ans, tombé du haut d’un arbre 5 M. Rognetta cite un cas tout pareil sur un sujet de 15 ans. M. Coural a eu à faire l’amputation de la cuisse à un sujet de 1 1 ans pour un décollement de l’épiphyse inférieure du fémur , arrivée de cette manière ; l’enfant avait enfoncé sa jambe dans un trou jusqu’aux condyles du fémur,' et l’impulsion avait renversé le reste du corps en avant®. Quant aux tractions, M. Champion en a cité deux remarquables exemples, également chez des garçons de 11 à 13 ans; l’un ayant eu le bras engagé entre les rais d’une roue, l’autre l’avant-bras saisi par une machine à carder , il en résulta pour le premier un décollement de l’épiphyse supérieure, pour l’autre de l’épiphyse inférieure de l’humérus.
Une cause traumatique peut également décoller les épiphyses d’un fœtus encore dans la matrice ; mais ce cas est très-rare, car je n’en connais pas d’autre exemple que celui de Garus déjà cité plus haut 30). Reste une'dernière question , savoir si de semblables décollements peuvent avoir lieu au delà de 15 ans, et jusqu’à quelle époque de la vie. On a vu des sujets de 25 ans conserver encore leurs épiphyses non soudées; conséquemment la disjonction en serait possible à cet âge, bien que l’on n’en possède pas d’observation au delà de 15 ans. En revanche, M. Devilliers a publié le cas bien autrement extraordinaire d’un décollement de l’épiphyse supérieure du fémur chez un homme de 58 ans ; mais je crains qu’il n’y ait eu quelque erreur. Un vétéran avait été ramassé ivre dans les fossés de la Bastille. Douleurs de la hanche droite jusqu’au pied ; pas de contusion apparente, pas de raccour-
1 Champion, /owmat complémentaire^ tomel, p. 317; — Lachapelle, Pratique des accouch. , tome II, p. 225, et tome III, p. 180; — Chapelain Dnrocher, Thèse inaugurale, in-S», Paris, 8 Mmaire an XII.
2 J. Cloquet , art. Fractures du Dict. en 30 volumes ; — Rognetta, Mém. cité; — Coural, Archiv. de médecine-, tome XI, p. 267.