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les plus communes de toutes , il reste à expliquer comment elles ont échappé jusqu’ici aux observateurs. L’expérimentation trop négligée , les autopsies faites avec trop peu de soin, et, pour tout dire, une foi trop aveugle dans la parole des maîtres, telles sont sans doute les causes de cet étrange oubli. Sur le vivant, malgré leurs signes si caractéristiques, on les confondait avec d’autres variétés, et il faut bien dire un mot de ces erreurs dans le diagnostic différentiel.
Quand les fragments ne s’abandonnent point, on ne peut reconnaître la fracture dentelée qu’à l’un de ces phénomènes : ou la possibilité de plier l’os dans le lieu fracturé , ou la flexion angulaire déjà opérée soit par la cause vulnérante, soit par le poids du membre. Or, ces deux caractères se montrent également dans les fractures incomplètes proprement dites; et de là une confusion qui n’est pas toujours facile à éviter. Sanson a vu , par exemple, une fracture de la clavicule dans laquelle l’os faisait une saillie anguleuse considérable à la partie moyenne ; les fragments , écartés par en haut , avaient conservé leur niveau par en bas ; il était impossible de produire la crépitation : cela suffit à Sanson pour diagnostiquer une fracture incomplète. J’ai vu le même cas deux fois ; et Tun des malades ayant succombé, la dissection me permit de constater une fracture dentelée bien complète. Raleigh, d’un autre côté, appelé près d’un enfant qui avait fait une chute, trouve le bras gonflé, sans autre signe de fracture que la possibilité de le plier à sa partie moyenne-, et il conclut à une fracture incomplète L J’ai vu ce cas trois fois sur le vivant; je l’ai reproduit à satiété sur le cadavre; et la dissection montrait alors quelquefois une fracture incomplète, le plus souvent une fracture dentelée et complète.
Autant qu’il m’est permis de juger une question si nouvelle encore, la flexion angulaire d’un os que l’on ramène sans effort à la direction normale appartiendrait essentiellement à la fracture complète; la diûlculté de redresser l’os serait l’indice de la fracture incomplète. Dans les cas où l’os garde sa direc-
' Sauson, art. Fractures, etc.; — Raleigh, Gaz. médicale . 1836, p. 282. Voyez dans le même volume, p. 50, mon autopsie d’une fracture dentelée de la clavicule.
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tion et se plie seulement sous un effort prémédité, la flexion dans un seul sens et encore à un très-faible degré caractériserait la fracture incomplète; la flexion plus étendue et en divers sens serait propre à la fracture complète. Mais , outre que le périoste peut opposer une résistance à la flexion en certains sens, même quand Fos est entièrement divisé, il reste les cas où les rapports de Fos ne permettent de Finfléchir que dans un sens unique et à un degré très-modéré ; ainsi, le radius ne peut guère être plié que du côté du cubitus, le péroné du côté du tibia , etc. En résumé , une exploration attentive parviendra, sans doute, à préciser fréquemment le diagnostic différentiel ; mais je n’oserais dire que celui-ci pourra être obtenu dans tous les cas.
Lorsque les fragments ont subi un déplacement incomplet en travers , on en accuse généralement une fracture en rave , sans réfléchir qu’alors la réduction n’offrirait aucune difficulté. Avant de discuter le diagnostic différentiel , il sera bon d’attendre la démonstration de l’existence de ces fractures en rave, j’entends pour les diaphyses p mais cependant je ne veux pas omettre une circonstance capable d’induire en erreur. Il n’est pas rare, en explorant la face interne d’un tibia fracturé, de reconnaître en effet une solution de continuité nette, transversale , sans dentelures ; et de là sans doute l’assertion de Boyer au sujet de cet os. L’expérimentation rectifie toutes choses; j’ai en effet obtenu plus d’une fois de ces fractures purement transversales sur la face interne du tibia^ au point que dans le commencement je crus tenir enfin un exemple de cette fracture introuvable ; mais , en isolant Fos de toutes parts et séparant les fragments , j’ai toujours trouvé des dentelures multipliées sur les autres faces et dans l’épaisseur de Fos : la prétendue fracture en rave n’existait qu’à la surface ; et je note ceci comme d’autant plus remarquable , que je n’ai jamais pu obtenir de semblables apparences sur aucune autre diaphyse', ni même sur les deux autres faces du tibia.
Quand enfin le déplacement complet en travers a produit le chevauchement et qu’il s’agit de déterminer si la fracture est dentelée ou oblique, l’unique ressource est d’explorer la forme des fragments à l’aide des doigts. C’est dire assez que l’on ne saurait arriver sûrement au diagnostic différentiel que dans les
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fractures des os superficiels, et que les fractures profondément cachées ne révèlent leur forme qu’à la dissection.
3° Des fractures obliques. — Les fractures obliques varient beaucoup, selon le degré même de leur obliquité. A user rigoureusement des termes , il est bien' peu des fractures dites transversales de la rotule qui n’aient une certaine obliquité ; et cette obliquité est plus marquée encore dans les fractures de l’olécrâne. Sur les os longs , on laisse en général le nom générique de fractures obliques à celles qui ne s’éloignent pas beaucoup de l’angle de 45° ; si l’obliquité est plus forte , ôn les nomme fractures en bec de flûte; si elle se rapproche du parallélisme avec l’axe de l'os , elles sont dites fractures longitudinales. M. Campaignac a rapporté Thistoire d’un vieillard mort au 12° jour d’une fracture du fémur; à l’autopsie, on constata une fracture qui, du milieu de l’os, remontait de dehors en dedans jusqu’au-dessus du petit trochanter, dans une étendue d’environ 13 centimètres. Je possède une pièce analogue dans laquelle la fracture remonte de dedans en dehors dans une étendue presque égale. Mais le plus remarquable exemple que l’on puisse citer en ce genre est assurément celui que M. J. Cloquet a dessiné dans sa Thèse de concours : c’est le fémur d’un couvreur qui était tombé du haut d’un toit; la fracture, commençant entre les deux condyles, remontait en dedans jusqu’au niveau du petit trochanter , dans une étendue de 30 centimètres (onze pouces). Ce sont là, du reste, des cas assez rares, et il n’est peut-être pas hors de propos de noter qu’ils n’ont guère été rencontrés que sur le fémur.
Quant aux fractures obliques ordinaires , elles sont produites quelquefois par des causes directes, plus fréquemment par des causes indirectes ; et peut-être y a-t-ii dans leur aspect quelque chose de particulier, suivant la cause qui les a produites. Examinez, par exemple (pl. I, flg. 5), une fracture oblique de l’humérus produite directement sur le cadavre ; à ses deux extrémités elle offre des dentelures qui auraient dû être rompues pour lui donner une obliquité bien franche ; mettez en regard, au contraire , cette fracture indirecte de la clavicule (pL III, flg. 5) : c’est bien une fracture oblique, nette, vive, et méritant sans contestation le nom de fracture en bec de flûte. Dans la plupart des fractures de jambe déterminées
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par une chute sur les pieds, vous sentirez sous la peau cette pointe aiguë en bec de flûte, si même elle n’a percé les téguments; et je rappellerai ici que les trois fractures longitudinales du fémur, que j’ai mentionnées plus haut, reconnaissaient toutes une cause indirecte.
4° Disjonction des épiphyses. — Je range parmi les fractures cette sorte de lésion , que quelques modernes ont voulu en distinguer, parce qu’elle reconnaît les mêmes causes, présente les mêmes symptômes, réclame le même traitement , et enfin que la disjonction n’est pas toujours si exacte qu’elle ne se joigne à une fracture proprement dite.
En se fondant sur un mot équivoque , on a voulu faire remonter la connaissance de cette lésion jusqu’à Hippocrate. On peut , au contraire, regarder comme certain que Colombo fut le premier à en signaler la possibilité au seizième siècle; et le peu qu’en a dit Paré ne saurait passer pour quelque chose de bien positif. Au total , il n’existait sur ce point que des conjectures et des doutes, lorsqu’en 1759, Reichel fit une thèse fort prolixe avec trois pièces d’anatomie pathologique, sans nul détail commémoratif, et qui paraissent tout simplement des fractures survenues même chez des sujets fort avancés en âge. Il faut donc arriver jusqu’en 1787 pour trouver enfin, dans un chapitre de Bertrandi, quelques exemples de décollements épiphysaires constatés à l’autopsie,
« J’ai eu , dit-il , occasion d’ouvrir le cadavre d’un enfant mort dans l’ulérus par le fait de la sage-femme qui l’avait tiré par le bras pendant hors du vagin , et je trouvai la tête de l’humérus séparée du corps de l’os; et sur un autre enfant qui, après la naissance, se trouva avec une jambe plus courte, j’ai vu le fémur luxé et la tête de l’os restée dans la cavité cotyloïde. » Comme on le voit, Bertrandi ne se pique pas d’une grande rigueur dans les termes, et il n’en met pas même beaucoup plus dans les faits. Ainsi , on lit plus loin : « J’ai vu sur le cadavre d’un enfant, chez M. Sue, à Paris, la tête de l’humérus unie au col de l’omoplate , et la cavité glénoïde creusée sur l’humérus resté après'la séparation de l’épiphyse, qui était arrivée trois ans auparavant. Les mouvements n’étaient pas viciés ; mais on ne saurait toujours s’attendre à un pareil bonheur. » Affirmer l’intégrité des mouvements quand on n’a vu