‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 21 sur 98 · TRAITEMENT DES FRACTURES COMPLIQUÉES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES FRACTURES COMPLIQUÉES

pression, et même de le laisser à découvert, et continuellement soumis à l’inspection du chirurgien. J. Hunter, à l’emplâtre agglutinatif, substituait volontiers un peu de charpie trempée dans le sang, pratique imitée par A. Cooper, et dont Amesbury fait un très-grand éloge. J’ai réussi plusieurs fois à l’aide de ce moyen 5 mais j’ai réussi tout aussi bien avec le diachylon; et J. Hunter lui-même conseille à peu près indifféremment l’un ou l’autre.

Le cas est plus difficile lorsque la plaie est large, irrégulière, taillée en lambeau , avec des bords plus ou moins contus. Hugues de Lucques le premier a réuni ces plaies par suture, comprenant dans sa suture la peau et le tissu adipeux, mais évitantes muscles, et laissant ensuite passer dix jours sans y toucher. Théodoric, qui nous a conservé cette méthode, déclare qu’il en a essayé d’autres, qui toutes lui ont paru moins favorables; Guillaume de Salicet et Guy de Chauliac l’adoptèrent après lui ; plus tard, elles ont encore eu pour partisans Fabrice d’Aquapendente et Wiseman : seulement ce dernier établit une différence entre les fractures compliquées ordinaires, sans trop de contusion des téguments , et les fractures par coups de feu , auxquelles la suture lui paraît inapplicable. De nos jours, elle est à peu près généralement abandonnée, et il n’en est pas même fait mention dans les traités classiques. Un tel oubli ne me paraît en aucune façon justifié, et j’ai eu à m’applaudir, dans le cas suivant, d’avoir eu recours à la suture.

Un charpentier, âgé de 40 ans, faisait agir un cric pour soulever une énorme pièce de bois ; le cric ayant glissé, la poutre tomba sur la face interne de la jambe droite, déchira les téguments en lambeau dans l’étendue de 10 centimètres, les décolla du tibia sur une hauteur de 3 centimètres, et enfin fractura les deux os à la base du décollement, à 5 centimètres et demi environ au-dessus de l’articulation tibio-tarsienne. Malgré l’attrition de la peau, je tentai la réunion à l’aide de cinq points de suture entortillée, et d’un point de suture entrecoupée. Les épingles furent retirées le quatrième jour; la réunion paraissait entière , lorsque les jours suivants une légère inflammation développée autour de la plaie en sépara les bords qui jetèrent un peu de pus. Mais la réunion était solide à la

DES FRACTDRES.

base du lambeau et mettait la fracture à Tabri du contact de l’air; et, au bout de deux mois, la consolidation était parfaite.

Ici le bénéfice a été immense , et véritablement acheté à peu de frais. Supposez, en elBfet, que la suture eût échoué ; les choses seraient revenues à leur état primitif, sans aucun autre danger pour le malade. Je pense donc que la suture présente en pareil cas une ressource précieuse pour ceux qui sauront en user avec discernement.

Lorsque enfin la plaie ne sera de nature à être réunie ni par l’emplâtre agglutinatif, ni à l’aide de la suture, il faudra s’attendre à une suppuration longue, pleine d’ennui et de péril; et la nécessité d’accorder le soin d’une pareille plaie avec la contention de la fracture a fait imaginer un assez bon nombre de procédés et d’appareils. Nous étudierons ces derniers dans l’ordre suivi pour les fractures simples.

Nous avons dit déjà que pour certaines fractures avec plaie, Hippocrate avait recours au bandage à bandelettes séparées, en appliquant la première la bandelette qui devait recouvrir la plaie ; il voulait avant tout, en effet, que la plaie fût recouverte ; mais une autre école contemporaine avait imaginé déjà d’envelopper de compresses et de bandes le reste du membre, en laissant la plaie à nu, afin de la panser commodément sans défaire tout le bandage. Quant aux attelles, Galien recommande de les placer de chaque côté delà plaie, pour éviter une trop dure pression.

Ce système d’une ouverture laissée au bandage persista dans la haute Asie malgré l’opposition des plus grands maîtres; Rhazès le retrouva en vigueur, et lutta vainement pour le renverser ; et nous le voyons enfin adopté par Avicenne et Aîbucasis. Avicenne disposait son bandage de manière à laisser la plaie libre, et faisait même une ouverture à l’attelle correspondante pour n’avoir rien à déranger à l’appareil ; Albucasis paraît être le premier qui ait songé à appliquer le bandage comme à l’ordinaire, et à y tailler ensuite avec des ciseaux une ouverture de la grandeur nécessaire. Plus tard, J.-L. Petit, revenant au bandage à bandelettes séparées , l’appliqua toutefois au rebours d’Hippocrate, réservant la dernière bandelette pour recouvrir la plaie, afin de pouvoir remplacer les bandelettes salies sans déranger les autres ni remuer le membre.

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