‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 23 sur 98 · DES BETARDS DANS LA CONSOLIDATION · texte numérisé non relu

DES BETARDS DANS LA CONSOLIDATION

de subir les cruelles douleurs d’un traitement dont je ne pouvais même lui garantir l’issue.

En conséquence , il faut que le chirurgien , aussitôt l’appareil enlevé , fasse mouvoir les articulations , force le mouvement de celles qui seraient raidies, et recommande ensuite au malade de s’exercer. Le lendemain et les jours suivants , on continue, jusqu’à ce que les jointures aient recouvré toute leur liberté.

Enfin, les malades accusent souvent de la douleur à l’endroit de la fracture, avec un sentiment de faiblesse ; il faut se garder alors et de forcer les mouvements et de confier le poids du corps au membre qui souffre : presque toujours cette douleur est l’indice d’un cal encore incomplet. Pour avoir négligé cet indice , on a vu plus d’une fois le cal se distendre , les fragments s’écarter ou chevaucher, et reprendre une mobilité inattendue. Mais alors, à proprement parler, la fracture n’est point encore arrivée à la période de convalescence, et ces retards dans la consolidation demandent à être étudiés à part.

§ XIII. — Bes retards dans la consolidation.

Entre un simple retard dans la consolidation du cal et l’établissement définitif d’une pseudarthrose, il y a , comme nous avons eu déjà occasion de le dire , une différence essentielle ; malheureusement le diagnostic entre ces deux cas est toujours difficile , quelquefois impossible ; et , pour le dire en deux mots , le chirurgien n’est véritablement guidé que par le long temps écoulé depuis la fracture et sa résistance aux moyens les plus rationnels.

On voit par là de quelle importance il est de connaître et d’appliquer ces moyens , puisque pour les avoir ignorés ou négligés , des chirurgiens habiles ont cru plus d’une fois avoir affaire à des pseudarthroses, et ont été conduits à pratiquer des opérations pour le moins inutiles. Je ne me dissimule point qu’il y a quelque arbitraire à admettre comme de simples fractures en retard , toutes celles qui ont pu guérir sans opérations, et à circonscrire ainsi les pseudarthroses par la nécessité de recourir à la médecine opératoire; et cela n’est point d’accord avec les idées généralement admises. Mais , je

DES FEACTDHES.

le répète, la difficulté du diagnostic dififérèntiel est telle qu’elle ne m’a point paru pouvoir être tranchée autrement ; et d’un autre côté, je crois que eetté fflanière d’envisager les choses offrira Une réelle Utilité pour la pratique.

Lors donc qu’une fracture ne s’est pas consolidée dans le temps Ordinaire, le chirurgien doit, avant tout, rechercher quelle en est la cause , afin d’y remédier directement. 11 recherchera donc, d’abord, si le blessé a reçu une alimentation suffisante. Il recommandera au besoin le changement d’air ; il veillera même aux affections morales. Marrigues rapporte le cas d’un paysan chez qui le chagrin de se voir dans un hôpital parut être Punique cause de retard. Le même auteur a vu, chez, un jeune homme de dix-huit ans, le cal empêché durant plus de huit mois par des masturbations réitérées, et il ne put guérir son malade qu’en le faisant observer de très-prés ; et M. A. Thierry a rapporté deux cas analogues*. On combattra au besoin le scorbut , la syphilis , et toute affection générale qui pourrait mettre obstacle au travail de réunion. L’état de grossesse ne veut ici que de la patience et l’alimentation la plus généreuse possible; mais s’il s’agit d’une nourrice, il faut faire cesser l’allaitement.

Il importe également d’écarter les affections locales, soit des parties molles, œdètnè , scorbut local, ulcère; soit des’ fragments même, éxostOse , carie, nécrose, hydatides, etc. Quelquefois sans doute le mal est sans remède et veut l’amputation ; mais il né faut pas .trop tôt déséspérér. Un jéüné homme de dix-huit à vingt ans portait uné carie à la partie^ moyenne du tibia ; une fracture survint én ce lieu même. J.-L. Petit emporta les chairs fongueuses , enleva une portion delà carie avec le trépan exfoliatif, appliqua sur le reste le cautère actuel, et finit par obtenir une bonne cicatrice. Les hydatides seraient peut-être une complication plus gravé, à én juger du moins par le cas unique dé Dupuytren. II s’agissait d’une fracture de l’humérus chez un sujet de vingt-trois ans ; au bout de onze mois, le cal ne se faisant point , Dupuytren voulut tenter la résection des fragments. Le fragment supé-

* Marrigues, Diss. sûr la formation et les différ. vices du cal; Paris, 1783;— A. Thierry, Expérience, 4 nov. 1841.

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