DES RETARDS DANS LA CONSOLIDATION
médiatement au-dessous de l’insertioii du grand pectoral, ün grand nombre d’esquilles se firent jour au dehors , et les fistules se refermèrent ; mais après cinq mois de l’usage non interrompu d’un appareil à attelles , les fragments étaient demeurés tout à fait mobiles. Le bandage amidonné , appliqué durant un mois et demi, ne réussit pas mieux. Alors M. Bonnet eut recours à sa cuirasse, qui fut maintenue environ trois mois, et qui enfin procura la consolidation’ .
Dans un de ces cas , il fallut recourir à un certain degré de compression , mais seulement en vue d’assurer l’immobilité des fragments. C’est dans un tout autre but qu’Âmesbury a préconisé la pression locale ; dans sa théorie , l’immobilité est une condition indispensable sans doute ; mais une autre condition non moins essentielle est une excitation suffisante des parties, et par la pression il se propose surtout de déterminer cette excitation, et de procurer l’absorption de la substance fibreuse développée entre les fragments.
Amesbury pratique cette pression de plusieurs manières. Le plus ordinairement, il comprime les fragments dans le sens transversal , soit en serrant seulement un peu plus son appareil ordinaire, composé d’attelles maintenues par des courroies et des boucles ; soit en y joignant un appareil accessoire, sorte de tourniquet dans lequel la pression s’exerce à l’aide d’une vis. Quelquefois aussi il jüge nécessaire de presser les fragments l’un contre l’autre dans le sens longitudinal ; par exemple , pour l’humérus, en soulevant le coude à l’aide d’une écharpe courte ; pour la jambe , à l’aide d’une courroie qui embrasse la semelle et va se boucler à un bracelet fixé audessus du genou. Wright, de Baltimore, a réussi en se servant tantôt de simples compresses, tantôt de courtes attelles de carton disposées autour de la fracture et fixées par un bandage roulé®. Le succès le plus marquant de Wright a trait à une fracture du tibia datant de quatorze semaines. Mais Amesbury rapporte seize observations concernant des fractures de l’avant-bras, de la jambe , de l’humérus, du fémur, ayant de-
1 Bonnet, Mim. cité; Gaz. médicale, sept. 1839.
* Wright, Remarques sur la réunion des os fracU; Journal des progrès,
PES FEACTüaES.
puis deux mois jusqu’à seize mois de date , et consolidées à l’aide de la pression dans l’espace de trois à dix semaines.
II a toutefois rencontré deux cas dans lesquels il a échoué ; une fracture de l’humérus et une fracture du fémur. Chez les deux sujets, la mobilité était extrême; ainsi , le bras se pliait à l’endroit de la fracture avec presque autant de facilité qu’à l’articulation du coude , et les fragments du fémur pouvaient être écartés librement dans toutes les directions. L’auteur pense que , dans les cas de ce genre, il y a entre les fragments une capsule artificielle contenant de la synovie, ce qui aurait besoin d’être démontré. Mais quoi qu’il en soit, la résistance de ces fractures douées d’une mobilité excessive est un fait important à connaître, sous le double rapport du traitement et du pronostic. ,
Comme on voit, Amesbury avait bien en vue de tenir les fragments rapprochés, et môme d’obtenir l’absorption du tissu fibreux intermédiaire ; mais il songeait surtout à produire une surexcitation nouvelle, et c’est pourquoi il poussait la pression jusqu’à la douleur. Cette dernière indication est celle qui a presque toujours prévalu parmi les praticiens, et par exemple, c’est elle qui a provoqué toutes les opérations dont nous aurons plus tard à rendre compte. C’est elle aussi qui a fait tenter l’application des moyens locaux plus innocents, et qui ne sont pas toujours sans efficacité : tels sont les lotions excitantes, les vésicatoires, les cautères, et enfin l’électricité.
M, Jobert, frappé comme beaucoup de chirurgiens du retard qu’apportaient à la consolidation des bandages trop serrés et qui dérobaient entièrement le membre au contact de l’air, a cherché à combattre leur fâcheuse influence en réduisant l’appareil à une attelle lâchement maintenue par quelques circulaires de bande à ses extrémités seulement, et en arrosant le membre avec i’eau-de-vie camphrée ou une décoction vineuse de roses de Provins ; et il a ainsi obtenu la réunion solide de fractures datant de plus de quatre mois*. Ce n’est pas autre chose que le traitement recommandé par M. J. Cloquet contre le scorbut local. Buchanan, en 1828, avait essayé , non sans succès, la teinture d’iode étalée chaque jour sur le lieu de
* Fleury, Quelques consid. sur les causes gai peuvent retarder ou empêcher la consoKd. des fractures', ^rchiv. de médecine, août 1837,
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la fracture avec uu petit pinceau ; et d’autres , après lui , ont eu également lieu de s’en louer.
Les vésicatoires ont été proposés par Walker d’Osford , en 1815. Il faisait usage de vésicatoires de peu d’étendue, répétés jusqu’à cinq ou six fois , et Brodie affirme en avoir retiré de bons résultats pour des fractures de date encore peu ancienne* . Hartshorne, de Philadelphie, avait essayé la cautérisation avec la potasse caustique dès 1805, et il en a obtenu deux succès complets , plus un demi-succès. Birch, de Londres , a tenté réleclricité, et paraît avoir réussi deux fois ; toutefois Mott, qui l’a essayée après lui sur deux sujets , a épuisé inutilement les plus puissantes décharges.
Enfin l’on a pensé, et sagement sans doute, que l’état général de l’économie pouvait avoir quelque influence sur la consolidation , et on a volontiers recours aux tisanes amères, au vin de quinquina, et même, sans apparence de scorbut, au vin antiscorbutique. Saucerotte raconte riiistoire d’une consolidation tardive obtenue enfin , dit-il , par l’usage de la tisane de garance Fabrice de Hilden recommande fortement Tusage de la pierre ostéocolle , soit en poudre , soit dans du vin ou de la tisane. A. Paré s’était déjà moqué des vertus de cette pierre, et l’on s’étonnera sans doute de la voir ici mentionnée sérieusement. Il faut bien reconnaître cependant que les faits rapportés par Fabrice ne portent l’empreinte ni d’un trop vif enthousiasme ni d’une aveugle crédulité. Je ne sais pas au juste quelle e.st la nature de cette pierre ; Fabrice remarque seulement qu’elle est molle, friable, bitumineuse, soluble dans l’eau, et que l’exposition à l’air la durcit et lui fait perdre toutes ses propriétés. Il est assez remarquable que déjà du temps de Rhazès, Albugérig, pour calmer les douleurs et hâter la consolidation , recommandait l’usage intérieur d’une sorte de bitume naturel appelé mwmte, et qu’ Avicenne le vante encore comme un remède admirable. Sans y chercher de vertu spécifique, peut-être les médicaments de cette nature ont-ils une action stimulante qui ne serait pas à dédaigner. J’ai administré une fois l’infusion de goudron à une femme qui
* Journal général de médecine, tome II, page 340. — Voyez aussi pour toutes ces tentatives anglaises ou américaines, le mémoire de Norris.
- Saucerotte, Mél. de chirurgie, 1801 , page 418.
DES FHACTÜRES,
portait une fracture de jambe en retard de consolidation. Le cal a fini par se former ; je ne saurais dire quelle a été dans ce résultat la part de l’eau de goudron , mais je lui crois au moins autant d’efficacité qu’à la tisane de garance ou à toute autre tisane amère.
Mais il nous reste à parler d’une autre médication interne dont l’efficacité est quelquefois des plus remarquables, le mercure administré jusqu’à salivation. Je n’entends point parler des cas où une syphilis antécédente appelle en quelque sorte un traitement antisyphilitique, comme on en trouve des exemples dans Ravaton et dans Swédiaur, Après avoir obtenu quelques succès analogues , Fleury, chirurgien-major et l’un de mes maîtres au Val-de-Grâce, en était venu à recommander, dans tous les cas de consolidation retardée, la salivation mercurielle qui opérait alors, disait-il, par métasyncrise. Il paraît que depuis quelques années , le mercure , en dehors de tout soupçon de syphilis , a aussi trouvé des partisans eu Angleterre. En 1830, suivant Norris, Stephen Hammick le préconisait à doses faibles ou fortes, selon le besoin ; Collis lui a dû deux succès ; B. Cooper a rapporté l’histoire d’une femme de vingt-huit ans, portant depuis six mois une fracture de l’humérus inutilement traitée par la compression, le séton, l’appareil albuminé, l’appareil en plâtre, et qui se consolida en un mois sous l’influencé de la salivation mercurielle*. Il faut bien ajouter cependant que cette médication n’est pas plus sûre que touteautre; Arnott et Ch. Hawkins l’ont essayée infructueusement.
§ XIV. — S>es opérations pratiquées pour la cure des pseudarthroses.
Pendant longtemps la chirurgie n’a eu à opposer aux pseudarthroses qu’un seul procédé opératoire, le frottement des fragments, préconisé par Celse; et ce n’est qu’à partir de 1760 qu’elle s’est enrichie d’autres méthodes et d’autres procédés. Nous les étudierons dans l’ordre suivant : 1° le frottement; 2“ les aiguilles; 3° le séton; 4° la ligature ; 5° la résection; 6® Va-
* Guy' s hospital Reports, 1837, page 399,