‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 29 sur 98 · DES OPÉRATIONS POUR LA CURE DES PSEUD ARTHROSES · texte numérisé non relu

DES OPÉRATIONS POUR LA CURE DES PSEUD ARTHROSES

marquable. Une fracture du fémur restait mobile depuis plusieurs mois ; le malade fut renversé de son cabriolet, et la roue lui passa sur la cuisse, à l’endroit de la pseudarthrose. Il s’ensuivit une forte inflammation qui l’obligea à garder le lit et qui amena la réunion de la fracture.

L’autre procédé est une inflammation spontanée du membre. Ainsi , l’érysipèle , qui peut détruire le cal commencé , paraît quelquefois ranimer le travail languissant. Seerig en rapporte une observation fort curieuse. Une fracture compliquée de l’humérus, située immédiatement au-dessus des condyles , ne s’était point réunie ; et le malade ne voulait se soumettre à aucun traitement. 11 fut pris tout à coup, sans cause appréciable, d’un érysipèle du membre ; et cet érysipèle détermina la consolidation.

Dans ce petit nombre de cas, on voit que c’est une irritation des parties molles, et non des fragments osseux, qui suscite un travail favorable. Dans le cal ordinaire et régulier, qui fournit également les matériaux? Ce senties parties molles. Pourquoi donc s’attaquer aux fragments, les réséquer, les ruginer, les cautériser? A part la résection, qui peut trouver des indications spéciales que je signalerai tout à l’heure , de telles opérations ne sont véritablement pas rationnelles ; elles ont réussi quelquefois, cela est vrai, et parce qu’on ne peut opérer un tel dégât sur les os sans amener une inflammation violente des parties molles; mais c’est acheter trop cher un résultat qu’on peut obtenir à bien moindre prix.

Je pense donc que c’est sur les parties molles qu’il faut agir essentiellement ; et, en suivant l’exemple de la nature, il convient avant tout de chercher à y exciter une inflammation . adhésive. Les lotions stimulantes sont trop insignifiantes ; les vésicatoires ont plus d’action; mais les sinapismes qui déterminent une irritation tout à la fois plus prompte, plus intense et plus profonde , sans l’inconvénient de la suppuration , me sembleraient mériter la préférence. Le frottement des fragments n’agit pas autrement qu’en irritant les parties molles ; et l’on pourrait y joindre , dans le même but , des flexions brusques et violentes des fragments entre eux , afin de rompre lo tissu fibreux qui les unit; ou une compression directe et subite, assez forte pour contondre les chairs ambiantes. Enfin, l’acu-

DES ERACTUEES.

puncture offre une ressource sans péril, dont reflTicacité serait encore accrue en communiquant aux aiguilles des secousses électriques.

Ainsi, d’abord l’inflammation adhésive; et quand tous les moyens de la produire auront échoué, alors seulement la suppuration. Ici s’élève une première question : faut-il , comme font certains partisans du séton, l’entretenir des mois entiers ; ou bien, à l’exemple’de Liston, retirera-t-on le séton au bout dé huit ou dix jours? Cette longue permanence du séton, établie en règle générale, est un véritable contre-sens. Qu’est-çe donc qui entrave , qui retarde, qui empêche la consolidation dans les fractures compliquées , sinon la suppuration prolongée ? Mais, d’un autre côté, le terme fixé par Liston est trop arbi' traire ; la véritable règle est d’entretenir le séton ou la suppuration jusqu’à ce que l’on ait produit un engorgement suffisant des parties molles. Huit jours suffiront dans certains cas ; dans d’autres , il en faudra quinze ou vingt , et mêine davantage. L’étude des faits nous a déjà conduit aux mêmes résultats, et nous avons vu échouer également le séton trop vite enlevé et trop longtemps conservé.

Une deuxième question tout aussi importante est de savoir s’il est nécessaire d’établir la suppuration entre les fragments, au foyer mêrne de la fracture, En théorie, je ne vois là ni nécessité ni utilité. La pratique a déjà jugé dans lè même sens ; tes essais d’Oppenheim le prouvent. Ajoutons que le séton passé entre les fragments, ramènant la lésion à l’état d’une fracture compliquée des plus graves, entraîné presque autant de danger que la résection, et expose aux mêmes àccidènts. J’irai plus loin ; c’est un moyen bien rigoureux, pour exciter la suppuration autour d’une pseudarthrose , de traverser deux fois le membre de part en part avec un séton ; la cautérisation de M. Mayor , qui n’attaque la pseudarthrose que par un côté, devra suffire souvent, et a déjà reçu la sanction de l’expérience. Je crois seulenaent que ce procédé serait simplifié avec avantage, et que l’on pourrait se borner à faire unè incision jusqu’à l’os et à cautériser le fond de cette incision avec la potasse caustique pour empêcher une trop prompte réunion.

Enffn, dans certains cas de chevauchement des fragments, et surtout lorsqu’ils sont écartés et flottants dans les chairs, la

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fé^çtipn me paraît la seule ressource rationnelle, en y joignant la suture des fragments, que je considère comme un véritable progrès. J’ai vu trois fractures fort anciennes de riiumérus, non réunies, que je n’ai même pas eu l’idée de traiter, tant la {pobilïté des fragments était désespérante ; avec la suture, je n’hésiterais pas aujourd’hui. Du reste, il ne faut pas oublier que dans toutes les opérations où les fragments sont mis à nu, mais principalement après la résection , on a à craindre de pombreux érysipèles. Le premier opéré de White ep eut un j Kirkbride en a vu survenir chez tous les sujets dont il a rapporté rhistoire , sauf un seul qui n’eut pas le temps sans doute, car il succomtia le seizième jour ; et, pqur en citer qn des exemples les plus frappants, qn jeune homme de yingl" six ans, chez qui Harris réséqua le fémur avec succès, u’eut pas moins de huit ou neuf érysipèléa-

§ XV, — fractures sepopdaites pu récidive.

Lorsque l’immobilité des fragments, l’absence de douleurs dans la fracture, et enfin le retour 4P m.embre à ses fonctions témoignent irrévocablement de la consolidation, il faut éncore, et surtout dans les premiers temps, que le malade ménage soq membre; nous avons vu, en parlant des transformations dp cab que les diaphyses les plus compactes ne sont presque |amais réunies que par un tissu spongieux, lequel offre patufellement mmqs de solidité qup les autres parties de la diâphyse. Quelquefois il suffit d’qn effort violent oq même seulement du poids du corps dans les fractures dq membf e infériéür pour faire plier le cal , même a une époque assez avancée ; sous l’influence d’un choc direct oq d’qne chqte , il ne plif plus, il se brise.

M. Jacquemin a eu roçcasiQii de reproduire expér|raenta|êr ment çes deux accidents sur deux cals d’une date çoqnue; XJn homme de cinquaiite-un ans aYait été rapidement emporté pgp une double pleuropneumonie au quaranteTcinquième jourd’ung fracture de cuisse. Le fémur dégagé des ebairs et fixe hôri^ntalement sur une table de maniéré à laisser dépasser le cal et le fragment le plus long, au bout de celui-ci on suspendit un plateau de balance qui fut chargé de poids de plus en plug lourds.

DES FHACTrmES.

A 28 kilogrammes, le cal fléchit et se courba sans rupture apparente; à 30 kilogrammes les fragments se séparèrent, le cal restant presque tout entier attaché au fragment supérieur. Une fracture oblique de l’humérus , datant de cinquante -neuf jours et traitée de la même manière, plia d’abord et se rompit enfin sous un poids de moins de 28 kilogrammes

Du reste, il n’est pas extrêmement rare de rencontrer des courbures de ce genre sur le vivant. Wall a donné l’histoire d’un charpentier âgé de quarante-huit ansqui avait gardé l’appareil cinquante-quatre jours pour une fracture des plus simples de la jambe 5 huit jours après , malgré l’avis du chirurgien, le malade avait repris ses occupations; quinze jours plus tard, il y avait une courbure des os assez forte pour raccourcir la jambe de trois quarts de pouce. OEsterlen a vu un jeune homme de dix-neuf ans guéri en deux mois d’une fracture du fémur, et qui, à la fin du troisième mois, ayant glissé par accident sur une route couverte de glace, ressentit une vive douleur avec un bruit de crépitation au lieu de la fracture; il ne tomba point, put encore faire une vingtaine de pas avec le bras d’un aide ; le fémur était courbé en dehors, mais non entièrement rompu. J’ai en ce moment dans mon service un jeune homme de vingt-quatre ans qui, arrivé au cinquantième jour d’une fracture du tiers inférieur du fémur, en s’essayant à la marche, s’est plié le cal de telle sorte que les deux fragments font un angle très-marqué en avant. Mais le cas le plus remarquable en ce genre est celui de M. Guillon qui a vu le fémur, au cent trente-cinquième jour d’une fracture simple, chez une jeune fille de seize ans, se courber subitement à angle dans un effort pour éviter une chute; et c’était bien une simple courbure, puisque la malade put encore marcher deux jours sur le membre ainsi courbé.

Dans ces divers cas, on ne sait vraiment à quoi rapporter cette flexibilité insolite du cal; quelquefois la cause en est plus apparente. Un homme de qaurante-huit ans avait eu une fracture de jambe, consolidée en huit semaines, malgré un petit abcès ; il vaquait librement à ses affaires, lorsqu’au milieu de la onzième

1 Jacquemîii, Thès& inaug., Paris, 1822, page 14.

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