DE QÜELQOES MALADIES DU CAL
sur une femme, qui, à la suite d’une fracture comrainutive du quart inférieur de l’humérus, avait gardé une saillie de l’iin des fragments <ous la peau en forme de crête aiguë et longue, au-dessus de l’épicondyle. Comme cette crête causait delà dou-^ leur et gênait les mouvements de l’avant-hras, la malade désira en être débarrassée. Une incision de deux pouces le long du bord extérieur de l’humérus mit à nu la languette osseuse, qu’on excisa avec des tenailles incisives. La réunion delaplaiese fit par première intention.
Fréquemment, après les fractures obliques de la jambe traitées par les appareils ordinaires, il reste une pointe aiguë de l’un des fragments sous la peau. M. Velpeau cite le cas de Meyranx, qui porta jusqu’à sa mort une saillie semblable qui entretenait une ulcération et des douleurs presque continuelles.
La résection eût été le seul remède ; et l’opération est à la fois si simple et si peu dangereuse, qu’il y a lieu de s’étonner, avec M. Velpeau, du peu d’exemples que la science en possède Avant définir cet article, je rappellerai que j’ai proposé, pour les cas où la section d’un cal vicieux paraîtrait indispensable, d’introduire par une plaie étroite un ciseau d’acier sur lequel on frapperait avec un marteau de plomb, pour rompre le cal sans l’exposer au contact de l’air; lors même que ce dernier objet serait manqué, la rupture aurait lieu avec moins de dégât, et en se rapprochant davantage des conditions d’une frac-: ture récente , qu’en faisant agir la scie à travers une large incision.
§ XYII. — Be quelques maladies du cal.
Mon dessein n’est pas de revenir ici sur ces ramollissements du cal produits par le scorbut, l’érysipèle, etc. , et dont il a été question à propos des fausses articulations ; mais il convient d’examiner à part certaines affections propres au cal lui-même, soit avant, soit après sa complète consolidation : sujet qui ne manque pas d’importance, et qui a été beaucoup trop négligé par les chirurgiens. Je traiterai successivement de la douleur du cal , de son exubérance, et des végétations charnues auxquelles il peut donner naissance.
Velpeau, Méd. opératoire, deuxième édition, tome II, page 599,
DES FEACTHRES.
1° Des douleurs persistantes dans le cal. — Il y a un grand nombre de fractures, surtout parmi celles qui se sont réunies par un cal difforme ou volumineux, qui font re’ssentir au malade des douleurs tantôt sourdes, tantôt aiguës, revenant à chaque changement de temps. Théden s’était cassé l’humérus droit à trois pouces au-dessus du coude. La fracture, bien qu’accompagnée de vives souffrances, fut consolidée én sept semaines. Mais, pendant toute l’année qui suivit, les moindres changements de temps étaient annoncés vingt-quatre heures à l’avance par des douleurs assez vives tant au dedans qu’au dehors du cal. Théden appliqua son bandage compressif qui apaisa les douleurs externes ; avec le temps les douleurs internes devinrent aussi plus supportables ; mais, au bout de dix ans, il les ressentait encore quelquefois.
J’ai vu ces douleurs subsister après plusieurs années chez une jeune personne de vingt ans, qui avait eu la clavicule fracturée ; je les ai vues de même chez des adultes et des vieillards, auxquels, suivant leur^expression , elles servaient en quelque sorte de baromètre.
Quelle en est la nature ? Théden les attribue à la pression exercée sur les parties voisines par la matière du cal épanchée et par la gêne que sa présence apporte à la circulation des liqueurs dans le périoste et dans la moelle. « Je sentois parfaitement, dit-il, l’impulsion des liqueurs sur le cal ; je pouvois distinguer celle qui se faisoit intérieurement*. » Cette théorie est trop hypothétique pour qu’il soit nécessaire de s’y arrêter; tout ce que l’on peut dire à cet égard, c’est qu’il en est du cal comme des cicatrices des parties molles , qui ramènent aussi de temps à autre leurs douleurs barométriques; et de même que les cicatrices qui ont été les plus lentes à se faire sont aussi en général les plus douloureuses , j’ai trouvé que le cal vicieux y était plus exposé que le cal régulier.
Il ne faudrait pas confondre ces douleurs revenant dans un cal ancien et solide avec celles qui proviennent d’un défaut ou d’un retard dans la consolidation. J’en ai vu de nombreux exemples ; le remède le plus simple et le plus sûr est alors de remettre le membre dans un appareil tout le temps nécessaire. Une jeune fille
* Théden, Progrès ult. de la chirurgie, trad. franç. , Paris, 1777, p. 42 et 139.